‹ Le Volga: notes sur la RussieChapitre 5 sur 13 · LK VOLGA A TVÈKE. II · texte numérisé non relu

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comprend d'après cela le nom de matouchkûy de petite mère, donné par le peuple au Volga, comme en général à tout ce qu'il affectionne ou vénère. Vainement a«t-on fait remarquer que Taxe du fleuve est oblique par rapport aux grandes routes commerciales de l'antiquité et des temps modernes. C'est précisément cette situation transversale, et exceptionnelle en effet, qui constitue l'utilité et l'originalité du Volga pour la Russie, puisque c'est elle qui rapproche ses possessions d'Asie de ses possessions d'Europe^ tout en resserrant de la manière la plus intime, du nord-ouest au sud-est» à Taide d'une diagonale admirablement tracée» presque d'une clef de voûte, les portions européennes de cet immense empire.

Des intérêts plutôt commerciaux que politiques attirèrent sur les bords du Volga les premiers voyageurs qui en aient répandu le nom en Europe. Les envoyés du duc de Holstein-Gottorp» dont le voyage nous a été raconté par le plus savant d'entre eux, Olearius, ou Œlschlaeger, avaient surtout pour mission de rechercher les moyens de faire venir» par terre ou par voie fluviale» jusque sur les bords de la mer Baltique ou de la mer du Nord» les produits de la Perse et du Levant, Dès 1634» l'ambassade holsteinoise faisait construire à Nijnii-Novgorode» au grand étonnement des indigènes, les navires qui» deux ans plus tard, devaient lui permettre de naviguer sur le Volga et la mer Caspienne. Le 16 juin i636, les ambassadeurs s'embarquèrent à Moscou sur la Moskva, qui les conduisit à l'Oka, laquelle à son tour les mena au

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Volga; le i5 septembre, ils étaient devant Astrakhan, non sans avoir eu à repousser mainte attaque des Kosaques et des semi-sauvages riverains. Pendant Tété de 1669, un intrépide Hollandais, Struys, qui avait déjà fait le voyage du Japon, via Madagascar, descendit TOka et le Volga, pour se rendre par la Perse à Batavia. Le désir de connaître de près et jusqu'au bout cette partie de leur empire, conquise par Ivan le Terrible au seizième siècle, attira à leur tour sur le Volga les deux plus grands autocrates russes du dix-huitième siècle, Pierre et Catherine. Dès 1695, le premier profitait de TOka et du Volga pour diriger contre les Turcs d*Azove deux corps d'armée commandés par Golovine et Lefort. En 1722, lui-même traversa deux fois Astrakhan. A l'Amirauté de cette ville, on conserve deux canots dont Tinfatigable tzar se servait pour ses grandes expéditions sur les fleuves de ses immenses Etats, oti le soleil, en été du moins, ne se couchait pas, puisqu'il était le maître à Arkhangel. Toutefois, c'était une ville du bassin du Don, Voronèje, oîi le souvenir de ses bienfaits a été consacré par une très-belle statue de bronze, qui lui avait semblé le plus propre à devenir l'arsenal de sa marine fluviale et le point de départ de sa stratégie navale contre ses irréconciliables ennemis du sud. En 1767, l'immortelle et toute-puissante correspondante de Voltaire tint elle-même à visiter ses provinces du centre, et descendit le Volga de Tvère à Kazane, « une bicoque d'Asie, » écrivait-elle à Ferney. On peut voir encore, sous un hangar dans un faubourg

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de Kazane, la magnifique galère, avec salons et chambres sous et sur le pont^ dans laquelle la cour de Catherine fit le voyage, tout en s'amusant à traduire le Bélisaire de Marmontel qui venait de paraître. En ce siècle même, la promenade du Volga, la prise de possession par les yeux des verdoyantes régions qu'il arrose, semble être devenue comme un devoir, tout au moins une tradition, pour les princes de la famille impériale. L'héritier actuel de la couronne des Romanove, pendant Tété de i863, s'est rendu, par eau, à l'aide du Ladoga et des canaux, de Saint-Pétersbourg jusqu'à Astrakhan. D'illustres écrivains français ont eux-mêmes risqué le commencement de l'aventure ou l'aventure tout entière. Sans remonter jusqu'à M. de Custine, ce grand seigneur homme d'esprit, parfois même de trop esprit, qui, en 1839, s'amusa à suivre le cours du Volga d'Iaroslave à Nijnii-Novgorode, je citerai au hasard Alexandre Dumas, celui qui n'a pas été de l'Académie, et Théophile Gautier, un autre titulaire du 41* fauteuil, voyageurs d'une tout autre école assurément que cet abbé Chappe, qui, s'il convient d'en croire un sarcasme de la grande tzarine, « courant la poste dans un traîneau bien fermé, avait tout vu en Russie. »

A notre tour, modeste touriste, nous nous proposons, après ces grands princes et ces grands écrivains, de nous donner l'émerveillement de ce spectacle grandiose que la nature a mis si libéralement à notre disposition et dont nous songeons si peu à profiter, tous tant que nous sommes. Français trop épris du

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souvenir et de la morale casanière des Deux pigeons pour aimer à voyager autrement qu'en imagination et à la lueur d'une lampe éclairant un intéressant récit de voyage. Rien de plus aisé pourtant, de plus confortable même, s'il faut tout dire, que ce voyage de vacances, pourvu qu'on ait bien voulu apprendre à l'avance une quarantaine de mots russes. Mais la langue russe ! Voilà en réalité la muraille de Chine qui a séparé et sépare encore la Russie de tous ses voisins. Les trente-six lettres de son alphabet for* ment, même sans parler de Talphabet.slavon, qui n'est pourtant pas à l'usage exclusif du clergé, un total de deux cents caractères, ou peu s'en faut. A côté des minuscules, il faut en effet tenir compte des majuscules, de même qu'aux lettres manuscrites, qui souvent se tracent ad libitum de diverses façons, il convient d'ajouter les lettres imprimées qui varient aussi parfois suivant les imprimeries, et, en tout cas, se subdivisent elles-mêmes en lettres ordinaires et en lettres soulignées. Notez bien d'ailleurs que tous ces signes sont d'autant plus difficiles à retenir, que la plupart sont identiques pour la forme^ à certains de nos propres signes alphabétiques, tout en ayant une valeur phonétique absolument différente. Ce gros escadron d'hiéroglyphes noirs caracolant sur le papier blanc des livres et des journaux constitue comme un rideau mobile et très-peu pénétrable qui, pendant bien longtemps encore, dérobera aux Européens la Russie. Une fois, par exemple, cette première difficulté vaincue, on peut dire sans exagération que la

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grammaire et le dictionnaire russe lui-même ne pré» sentent pas plus d'obstacles à surmonter que U grammaire ou le dictionnaire allemand. L'extrême irrégularité de la prononciation provoque seule d'innombrables petits problèmes qu'on n'apprend à bien résoudre que dans le pays. Mais la peine que Ton peut se donner est largement compensée par le plaisir que Ton goûte à voir fonctionner un mécanisme grammatical tout nouveau, permettant à d'autres hommes d'exprimer leurs pensées à l'aide de procédés qu'on ne soupçonnait pas. Quoique faite essentiellement par le peuple et très-peu par les académies, la langue russe est en somme un instrument de précision k la fois très-simple et très-fin, qui fournit les moyens de déterminer les moindres nuances de l'idée avec une rigueur telle que les équivoques et les obscurités se trouvent presque infailliblement exclues de la phrase. Si l'étude de ces ingénieux artifices de langage ne vaut pas à elle seule un voyage en Russie, elle vaut bien du moins quelques heures de loisir consacrées à parcourir l'excellente grammaire d'Hamonière, œuvre fort soignée et fort réussie de notre ancienne Imprimerie Royale.

Mais revenons^n, ou plutôt venons-en, après ce court préambule, à notre héros lui-même, j'entends au Volga.

Le Volga, connu dans les temps les plus reculés sous le nom de fieuve Ra, appelé par les Tatares Aethel, appellation de laquelle, suivant Bergmann, Attila aurait lui-même tiré son propre nom, assez

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mal famé dans Thistoire, le Volga, dis-je, prend sa source au milieu des marécages situés à l'extrémité nord-ouest du gouvernement de Tvère, non loin du village de Volga. La Dvina occidentale sort, elle aussi, du même ouies^de ou arrondissement, de telle sorte que les deux fleuves semblent couchés tête contre tête en sens inverse dans le même berceau. Tel qu'on le rencontre ici, au pied de ces monts Valdaï qui forment le plateau central, le point culminant du territoire russe et par conséquent le point initial de ses principaux cours d'eau, le Volga n'est encore qu'un très-modeste ruisseau qui, tout d'abord, accroît sensiblement son volume en traversant une série de lacs dont le premier porte le nom de Verchite, et le dernier, celui de Peno. Après sa réunion à la rivière flottable Jukopoia, le Volga à son tour donne naissance au lac Volgo, d'oti il sort à l'état de fleuve ou de rivière véritable. A ce propos, disons, en passant, que nous abandonnerons aux puristes de la géographie l'embarras de savoir s'il convient de considérer le Volga comme un fleuve ou comme une rivière, c*està-dire si la mer Caspienne est oui ou non une mer en relation souterraine avec la Méditerranée, ou un simple lac, un pluviomètre immense recevant, pour les garder, les eaux d'une bonne partie de l'Asie et de l'Europe. D'après l'école nouvelle, M. Reclus enseigne que la dépression de l'écorce terrestre sillonnée aujourd'hui par la Kouma et la rivière Manuitche (y compris le lac allongé du même nom) réunisi^ait autrefois la mer Caspienne à la mer

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