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d'Azove. Cette école ne saurait donc nous contester la dénomination de fleuve pour le Volga. Remarquons aussi que la constitution, la nature chimique et minéralogique de son thalweg se trouve fixée d'une manière à peu près définitive dès son point de départ. Encaissé assez souvent à son origine entre d'étroites rives, le Volga traverse tantôt des couches mêlées de sable et d'argile^ tantôt aussi des amalgames stratifiés de grès et de chaux. Aux environs de la petite ville de Staritza, il court sur un fond de tuf blanchâtre. Ce n'est que beaucoup plus bas, vers Kamouichine, qu'il rencontrera çà et là quelques roches plus dures et plus anciennes faites de quartz, rencontre tout à fait accidentelle et qui ne modifie que d'une manière bien peu sensible l'homogénéité géologique de son lit. Le sable, la marne, la chaux, l'argile, tels sont en définitive les éléments essentiels qui constituent le fond et les bords du Volga depuis ses sources jusqu'à Astrakhan.
Après avoir traversé les deux chefs-lieux d'ouie^^de Rjève et Zubtzove, renommés pour leurs articles de lin et leurs chapeaux en laine de mouton, le Volga arrive à Tvère, le chef-lieu du gouvernement, où nous l'attendons au passage et d'où nous écrivons ces lignes. C'est aussi de cette agréable petite ville que Karamzine, l'illustre historien chez lequel la bonté et la noblesse du cœur dépassaient encore les mérites éclatants d'une intelligence d'élite, prenait d'un cœur ému congé de ses amis, avant de commencer ce tour d'Europe qui devait le rendre témoin
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à Lyon et à Paris de nos premiers orages révolutionnaires. Qu'il avait Tâme attristée et mélancolique en quittant sa modeste oasis de maisons et de jardins pour aller courir les aventures, à travers l'inconnu lointain du monde civilisé î Tvère inspirerait difficilement de pareils regrets à un Russe du dix-neuvième siècle.
Lorsqu'on débarque de la gare, on n'aperçoit autour de soi que la verte campagne. Au bout de deux ou trois verstes, apparaissent sur la gauche deux manufactures, dont Tune ressemble vaguement à une vaste église, et dont l'autre est desservie par une double pompe à feu. Ce n'est pas encore la ville. Vous y entrerez presque sans l'avoir vue. Une rue que vous couperez perpendiculairement dès votre arrivée, et qui est à peu près parallèle au fleuve, la Millionnaia^ forme Taxe de la cité. Sur une certaine place ronde, cette Millionnaia fait fourche ou trident, pour aind dire, et, laissant à droite et à gauche deux rues obliques, se prolonge elle-même jusqu'à une seconde place également circulaire, autour de laquelle sont postés à peu près tous les édifices gouvernementaux ou municipaux. Coupez ces trois longues et larges voies par un certain nombre d'autres rues transversales, comme celle qui vous a conduit en ville, et vous aurez tout le plan de Tvère dans la tête.
Pour en saisir le côté riant et pittoresque, il faut aller jusqu'au quai qui longe en le dominant le Volga. Devant vous, un de ses affluents, la Tvertza,
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vient se jeter dans le grand fleuve, en formant au confluent une langue de terre allongée, une sorte de cap interfluvial oti se remarque un beau monastère. Un pont de bateaux réunit vers la gauche les deux berges assez escarpées, et toutes fleuries en cette sai** son de capitules violacés ou ponceau d'innombrables bardanes. Ce pont sert aux voitures. Pour passer le Volga et la Tvertza, au delà de laquelle se trouve un faubourg considérable de maisons de bois, les piétons ont en outre la ressource d'une étroite passerelle de radeaux flottant au ras de Teau. Le long de ces radeaux bordés de troncs d'arbres grêles, le remous du courant fait mousser et accumule en pelotes de neige d'un gris sale je ne sais quel liquide gras provenant sans doute des poissons gros et petits qui, dès Tvère, peuplent déjà ou encombrent le Volga. Pour peu que vous vous arrêtiez un instant sur la passerelle, vous distinguerez, en effet, au fond de l'eau, trèsbasse en certains endroits, mais surtout plus transparente que celle de beaucoup d'aquarium^ des myriades frétillantes de petits sterlets, d'esturgeons en miniature, de saumons à peine au sortir de l'enfance, de brèmes qui n'ont pas atteint leur majorité, en un mot, de représentants fraîchement échappés du berceau ou de l'œuf de toutes les espèces ichthyologiques dont nous retrouverons d'autres échantillons grandis, mais captifs ou morts, de Kazane à Astrakhan. Sur les bords et au milieu de la rivière, de grands bateaux en bois non peint, amarrés ou ancrés, suivant leur proximité de la rive. Leur double banc de quart, fait
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de deux perches et d'une planche à l'usage du timonier et du capitaine, attira surtout mon attention. Un ponton élégant et chargé de constructions de bois en forme de maisonnette servait de bureau d'expédition et de port d'embarquement à la Compagnie Samolète, dont les comptoirs et magasins terrestres venaient de brûler, avec le pâté de maisons adjacent, la nuit même qui avait précédé mon arrivée et ma promenade. Le quai et le ponton avaient reçu dans un pêle-mêle absolument dépourvu d'art les meubles et effets qu'on avait réussi à déménager en toute hâte. Deux ou trois pompiers, endormis de lassitude sur le lieu même du sinistre, la tête appuyée sur un bout de tapis roulé, entre des pots de fleurs exotiques à demi calcinées, ronflaient encore sans se soucier de l'odeur nauséabonde de fumée qui empestait l'atmosphère.
Ce qui ne peut manquer de frapper un étranger, dès le premier coup d'œil jeté à Tvère sur le Volga, c'est le peu de rapidité de son cours. A ce point de vue, il pourrait rendre des points à la Saône ellemême, si justement illustrée ou affligée par César, depuis des siècles, d'une réputation méritée de paisible et prudente lenteur. Les poètes ou les philosophes pourraient être tentés de dire que le Volga ne va si lentement que parce qu'il sait qu'il va loin, et sent le besoin de ménager ses forces jusqu'à la mer Caspienne, laissant aux cascades alpestres le vain étalage de fureurs sans durée. Une gracieuse légende, récemment publiée par M. Ralston, explique aussi
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d'une façon poétique la ditférence d'allures des trois grands fleuves russes qui ont leurs sources sur le plateau des monts Valdaï. Le Dniépre, plus impétueux de beaucoup que la Dvina et le Volga (les Russes disent la Volga), et semé de rapides, serait un Jeune frère se précipitant à travers tous les obstacles pour retrouver deux sœurs d'un caractère trèstimide et très-doux. Plus précise dans son explication que Fallégorie enfantine racontée par M. Ralston, la science moderne rend compte fort simplement de la paresse et du peu de célérité des eaux du Volga par ce fait que cet immense cours d'eau qui recueille jusqu'à cinquante rivières navigables sur son chemin, et chemine pendant près de mille lieues, n'a qu'une pente des plus modestes, son point le plus élevé ne se trouvant qu'à mille pieds environ au-dessus de son point le plus bas. L'écoulement de cette énorme masse liquide ne profite donc que d'une manière relativement insensible des lois de la pesanteur et de l'attraction de son propre poids. On stimule un peu son apathie, laquelle se complique souvent de raréfactions locales produites par la sécheresse, au moyen d'un assez pauvre système de réservoirs et d'écluses situés à la partie supérieure de son cours, et oti l'on retient en grande abondance l'eau au printemps, afin de la lâcher en temps opportun et de relever ainsi artificiellement le niveau du fleuve. Mais il faut plusieurs semaines parfois pour que le secours arrive à l'endroit voulu, et que cet expédient produise son plein effet, en rouvrant la route momentanément
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obstruée ou desséchée et en prolongeant d'autant la période de la navigation.
Une autre particularité du Volga qu'on peut déjà étudier sur la carte à Tvère, et qui n'est certes pas dépourvue d'intérêt, c'est le réseau de canaux qui le relie à la mer Blanche comme à la mer Baltique^ et permet de dire qu'il est accessible sans tfansbordement, mais par correspondance, en quelque sorte, aux produits des deux tiers de la Russie d'Europe.
Trois routes différentes le rattachent à la Neva, et la première de ces routes articulées, moitié en canaux et moitié en rivières ou lacs, part précisément de Tvère. Elle remonte d'abord la Tvertza, la quitte à la hauteur de Vuichnii Volotchoke pour suivre le canal du même nom jusqu'au lac Mstino, d'oU sort la rivière Msta, qu'on descend jusqu'aux approches du lac Ilmen, où la Msta arrive très-près de l'embouchure de la rivière Volkhove, à laquelle deux canaux la réunissent avant son entrée dans le lac par une sorte de conjugation ou de jonction prématurée. Le Volkhove conduit tout droit au lac Ladoga, dans lequel il n'est pas plus nécessaire d'entrer que dans le lac Ilmen, les deux canaux de Pierre I«r et d'Alexandre Il le contournant jusqu'à la Neva. Le canal tracé par Pierre I*»" sur la rive méridionale du lac Ladoga avait occupé jusqu'à douze mille hommes à la fois sous la direction du général Munich : le succès de notre canal du Midi et du canal de la Sprée à l'Oder empêchait de dormir le Samoderjet^^e moscovite. Un simple paysan nommé Sartikove^ qui ne
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savait ni lire ni écrire, avait imaginé le premier de doter la Russie de ce débouché indispensable pour ses produits intérieurs. En 1785, au mois de juin^ Catherine II, si zélée pour le bon ordre et le perfec* tionnement de ce qu'elle appelait avec ses familiers f son petit ménage, > visita les écluses qui permettent le passage à travers la ligne de séparation des eaux et fit revêtir en pierre ce qui jusque-là n'était qu'en bois. Notre chargé d'affaires, le comte de Se* gur, l'accompagnait pendant cette tournée d'inspection, ainsi que les ambassadeurs des autres grandes puissances. Le jeune compagnon de La Fayette et le prince Potemkine, abandonnant leurs voitures sur la rive, s'amusèrent même à descendre quelques cataractes dans un léger bateau. Cette première voie, la plus anciennement ouverte des trois, a le double inconvénient d'être trés4ongue, et de faire affronter aux bateaux les rapides de la Msta et du Volkhove, qui ne sont pas un simple jeu pour la batellerie.
Les deux autres routes partent de Ruîbinske, ville. florissante située sur le Volga, à 335 verstes en aval de Tvère, très-peu au-dessous du confluent de la Mologa* L'une de ces deux nouvelles directions ne compte que 847 verstes, tandis que celle qui vient d'être décrite atteint le chiffre de i ,309 ; la réduction, on le voit, est notable. De la Mologa, on entre dans son propre af&uent, la Tchagodotcha, puis dans le eanal auquel la ville de Tikhvine a donné son nom et qui permet dç passer d'un versant ou d^un bassin
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dans Tautre. La rivière Tikhvinka, puis la rivière Siase conduisent à un canal, lequel achemine luimême aux bouches du Volkhove, c'est-à-dire à un point de la route précédente. Le troisième et dernier itinéraire dépasse un millier de verstes et se trouve de beaucoup le plus oriental des trois. Il consiste à remonter la Cheksna qui se jette dans le Volga en face de Ruibinske, puis à longer à Faide d'un canal le lac de Biélozerske, à suivre ensuite la Kovja, d'oîi l'on entre dans le canal Marie. Au sortir de ce trait d'union creusé à bras d'hommes, on trouve la rivière Vuitégra, par laquelle on arrive, non plus au lac Ilmen ou au lac Ladoga, mais bien au lac Onega, que contourne également un canal. Le passage de l'Onega au Ladoga s'opère avec le secours de la rivière Svire, laquelle amène les chalands aux canaux dont est comme ourlé ou enguirlandé au sud le dernier de ces deux lacs et dont nous avons déjà parlé. La Cheksna sert également de tête de ligne fluviale pour réunir les eaux du Volga avec celles de la Dvina septentrionale et la mer Blanche. Le canal du duc de Wurtemberg la relie en effet directement à un des affluents de la Dvina, et par cela seul rattache du même coup Arkhangel, non pas seulement à la mer Caspienne, mais aussi à Saint-Pétersbourg. Un grand travail de canalisation avait été projeté, et même commencé vers 1825, pour rapprocher aussi Moscou du Volga, au moyen de la Sestra et de l'Istra. Mais en 1875 ce raccourci manque encore à cet admirable régime de voies économiques, l'exécution du projet ayant été
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suspendue depuis Touverture de la voie ferrée entre les deux capitales.
Ruibinske, dont nous venons de décrire les tenants et aboutissants aquatiques, est le chef-lieu d'un ouie:{de du gouvernement d'iaroslave. Sa situation au centre de tant de a routes qui marchent, » pour me servir de l'expression de Pascal, ne pouvait manquer de valoir à Ruibinske une prospérité exceptionnelle. Depuis au moins i.5o7 jusqu'en janvier 1778, ce ne fut qu'une sloboda, un simple village s'occupant uniquement de la pèche et de la vente du poisson. Son nom même a pour racine le mot russe qui signifie poisson, et les vagons de son railway portent en guise d'écusson étymologique un poisson (ruiba)^ peint sur le côté. La grande Catherine, pendant son voyage sur le Volga, remarqua cette poissonnerie et en fit une ville en même temps qu'une capitale de district. Aujourd'hui, c'est là que se charge et se décharge tout ce qui va par eau du sud au nord, ou réciproquement. Les canaux sont loin en effet d'avoir les mêmes dimensions que le Volga, lequel atteint déjà ici une largeur de 23o sagènes. Un transbordement est donc nécessaire pour expédier les marchandises vers la Baltique ou en sens contraire. Aussi, au printemps et en été, des milliers de navires stationnent-ils devant Ruibinske, et cent mille travailleurs accourus des gouvernements voisins n'y chôment pas un instant. Une fois l'hiver de retour, on n'y compte plus que quinze mille habitants avec onze églises. On y voit, il est vrai, en outre, deux théâtres et deux clubs,
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une Bourse, une Banque particulière, une succursale de la Banque impériale, et un comptoir de la Banque Volga-Kama. Il est aussi question d'y créer d'ici à peu un grand port de commerce en même temps qu'un supplément de voie ferrée qui réunira la cité au chef-lieu du gouvernement, c'est-à-dire à laroslave.
Il fut un temps oti laroslave, de même que Tvère ou Kostroma, était la résidence de gi;^nds kniaf^es ou princes en rivalité constante et par conséquent en guerre perpétuelle avec ceux de Moscou. La féodalité a couvert aussi au moyen âge toute cette région de la Russie d'un nombre considérable de petits Etats dont l'un a fini par réduire et absorber tous les autres, absolument comme en Allemagne les HohenzoUern sont en train d'escamoter souveraineté sur souveraineté au profit exclusif delà leur. D'après la tradition^ laroslave dut sa fondation au caprice d'un prince de Vladimire, alors la capitale politique de la Grande Russie. Ce knia^e avait eu la bonne fortune de tuer à la chasse d'un coup de hache une ourse rencontrée sur les pentes ravinées du Volga et de la Kotorosta. La ville, puis la principauté durent leur origine au désir de perpétuer le souvenir de cet exploit cynégétique. Cette indépendance dura quatre siècles. En 147 1 le territoire d'Iaroslave vint accroître le patrimoine des futurs tzars de Moscou pour n'en plus sortir. Au seizième siècle, des marchands anglais obtinrent d'Ivan le Terrible l'autorisation d'y créer des comptoirs de commerce qui subsistèrent jusqu'à la fin du
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dix-septième et contribuèrent singulièrement au dé« veloppement de la cité. En 1 63 1 , on y signalait vingthuit établissements commerciaux dirigés par des Russes^ grande merveille pour une époque où ce peuple échappait à peine à l'invasion mongole et surtout aux Polonais. La ville en 1 742 servit de lieu d'internement au célèbre favori Biren tombé en disgrâce, et, en 1748, le marchand Volkove y créa le premier théâtre qu'on eût vu sur le territoire russe. La troupe alla donner des représentations jusqu'à Saint-Pétersbourg. Une société par actions y exploite encore aujourd'hui» non plus un théâtre, mais bien une grande fabrique de drap créée en 1722, et brûlée presque entièrement en 1844. Le recensement municipal y constate, outre 28 églises en pierre et 5 en bois, 366 mai* sons particulières en pierre et 2,249 ^^ ^^^^* ^^ brique, en Russie, compte aussi pour de la pierre, pierre artificielle, s'entend. La population elle-même se décompose en 686 personnes possédant la noblesse héréditaire et 954 la noblesse personnelle seulement, 125 bourgeois et bourgeoises notables, 671 marchands et 727 marchandes, 120 prêtres, 23 religieux et i63 religieuses, 8,195 roturiers et io,558 roturières. Il nous manquis le nombre des paysans et des militaires. Mais ces chiffres suffisent pour indiquer les éléments et la physionomie sociale de toute cité russe.
L'histoire de Kostroraa est un peu moins ancienne que celle d'Iaroslave, puisqu'elle ne remonte guère qu'au douzième siècle. Au treizième, les jeux du hasard
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et le hasard des héritages politiques rendirent six ans Kostroma la capitale de la Grande Russie. Toute cette splendeur est bien passée aujourd'hui. Pierre le Grand avait fait de l'ancienne capitale du monde moscovite un simple chef-lieu d'ouie:{de dans le gouvernement de Moscou. Paul h^, en T798, accorda à Kostroma la consolation de donner au moins son nom à un gouvernement et d'en recevoir les autorités à poste fixe. Ce gouvernement serait un des plus pauvres de l'empire, par suite de l'insuffisante fécondité du sol, si l'industrie et le commerce n'étaient venus au secours de la population, en lui permettant de tirer bon parti de son désir d'activité. Des manufactures et des ateliers s'y sont élevés de toutes parts. On y file, on y tisse partout à domicile. Le lin et le coton y sont dans toutes les mains. Souvent le village entier n'a qu'une seule et même occupation. Le principe de la division ou plutôt de la spécialisation du travail est très-goûté du peuple russe. Il aime à faire toujours la même chose, afin de la faire mieux et surtout plus vite. Les charpentiers, si nombreux en Russie, sont innombrables dans le gouvernement de Kostroma. Avec le bois des forêts, qui viennent mieux que les céréales, ils construisent mainte barque, mainte ra:[chiva, pour le Volga, tandis que leurs frères ou leurs camarades s'engagent comme matelots pendant la belle saison pour diriger ces mêmes barques jusqu'à Astrakhan. La confection des nattes simples ou doubles, des ustensiles de ménage en bois, est encore l'une des principales ressources de ce gouvernement
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sans agriculture. Il alimente presque exclusivement de ces objets en bois la foire spéciale qui se tient à Nijnii-Novgorode du 6 au 7 janvier de chaque année.
11 fournit surtout aux grandes villes quantité d'artisans de toute espèce^ des peintres, des maçons, des mouleurs, des menuisiers, des forgerons, des poéliers, renommés par leur habileté. On en rencontre même, paraît-il, jusqu'en Sibérie et en Géorgie.
Huit processions annuelles attirent au chef-lieu les orthodoxes fervents du voisinage. Les personnes qui estiment que s'instruire, c'est aussi prier, y trouvent à leur disposition une bibliothèque publique dite du
12 janvier, en souvenir du jour anniversaire de la fondation de l'Université de Moscou. Ce cabinet de lecture municipal ne reçoit pas moins de 40 Revues et journaux. Le monument le plus intéressant cependant et la vraie gloire de Kostroma pour tout ce qui a l'âme et le cœur russes, c'est la colonne, entourée de bas-reliefs et surmontée du buste de Sousanine, qui sous le dernier règne y a été élevée en l'honneur de ce héros des guerres de l'indépendance moscovite contre l'invasion polonaise. Sousanine, en 161 3, eut la bonne fortune de sauver le tzar Michel Féodorovitche en égarant dans une forêt la troupe ennemie qui poursuivait le nouveau prince, et qui se vengea du paysan en l'assassinant. Le compositeur Glinka avait déjà mis en musique cet épisode pathétique de l'histoire nationale dans son célèbre opéra La vie pour le T^ar, Nous avons vu cette année même l'épisode reproduit et matérialisé, en quelque sorte, à l'aide de
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tableaux vivants de marbre, c'est-à-dire exécutés par des figurants vêtus et poudrés de blanc, de manière à donner Tillusion de statues ou de spectres échappés d'un atelier de sculpture. J'ajoute que Sousanine, naturellement, était originaire du gouvernement de Kostroma^ ainsi que le fondateur de la maison des Romanove sauvé par lui et dont on montre encore en ville l'habitation héréditaire.
Le lecteur s'aperçoit sans doute que nous ne descendons pas le Volffa depuis Tvère sur quelque bateau à vapeur ou le long de quelque gracieux chemin de halage, en suivant à pied une berge ourlée de saules, entre fleuve et prairie. Nous n'avons voulu en effet qu'indiquer ici d'avance les principaux points de la vallée jusqu'à Nijnii-Novgorode. L'incomparable peintre de nature morte qui s'appelait Théophile Gautier, à la fin de son Voyage en Russie, a décrit cette partie de la vallée avec tous les enchantements de son style et le coloris flamboyant de sa riche palette. Nous ne saurions mieux faire que de renvoyer le lecteur à ces paysages lumineux tirés par une plume magique du sol presque vierge, au point de vue pittoresque, de la Moscovie, à ces magnifiques crépuscules d'été ou levers de soleil que cette plume d'artiste a su si bien évoquer ou prolonger sur les eaux du Volga. Pour nous, on voudra bien nous permettre, en ce petit livre d'études buissonnières, de prendre une route peut-être moins simple et moins attrayante au premier abord, puisqu'elle nous forcera de quitter le Volga pendant quelque temps^ mais
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plus curieuse encore assurément, puisqu'elle nous fera passer par Moscou, la ville sainte, là capitale historique et morale du peuple russe, appelée aussi f Bit lui tnatouchka, comme son fleuve national. Quittons donc Tvère par le chemin de fer Nicolas, le plus rectiligne des chemins de fer, qui nous transportera au Kremlin des bords de la Moskva. Notre visite terminée, nous rejoindrons le Volga à Nijnii-Novgorode à Taide de la voie ferrée o\xjéli€:{naia doroga qui, depuis 1862, y conduit de Moscou. La foire aura eu le temps de s'ouvrir pendant notre halte.