Contrat social, liv. II, ch. IV. Cf. saprà
2. Voir notamment : Beudant, Ze Droit individuel et l'Efat, p. 150, suiv. — Esmein, Æ/éments de droit constitutionnel, p. 156, suiv,
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ser. Les individus existant actuellement, et qui semblent à eux seuls constituer la nation, n’en sont en réalité que l'expression momentanée, fugitive. La nation est en dehors et au-dessus des individus, elle était quand ils n'étaient pas, elle sera quand ils ne seront plus, elle est autant dans le passé et dans l’avenir que dans le présent, elle consiste surtout dans la tradition.
Ce sont ces idées que Renan a exprimées en son magnifique langage : « Une nation est une âme, un principe spirituel. Deux choses qui, à vrai dire, n’en font qu'une, constituent cette âme, ce principe spirituel. L’une est dans le passé, l’autre dansle présent. L'une est la possession en commun d’un riche legs de souvenirs ; l’autre est le consentement actuel, le désir de vivre ensemble, la volonté de continuer à faire valoir l'héritage qu'on a reçu indivis. L'homme ne s’improvise point. La nation comme l'individu, est l’aboutissant d’un long passé d'efforts, de sacri-
fices et de dévouements. Le culte des ancêtres est de tous le plus légitime ; les ancêtres nous ont faits ce que nous sommes. Un passé héroïque, des grands hommes, de la gloire (j'entends de la véritable), voilà le capital social sur lequel on assied une idée nationale. Avoir des gloires communes dans le passé, une volonté commune dans le présent ; avoir fait de grandes choses ensemble, vouloir en faireencore, voi-
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là les conditions essentielles pour être un peuple (1) ». M. Esmein a exprimé les mêmes idées, en se plaçant à un autre point de vue : « La formation même
d’une nation est un phénomène successif, le produit
d’une très longue évolution naturelle, dont la socio-
logie et l’histoire s'efforcent de déterminer les lois, et où la volonté consciente des générations successives, et encore plus les conventions formelles entre les hommes, tiennent une place très petite. L'existence des nations civilisées et distinctes est un fait social qu'il faut accepter purement et simplement lorsqu'on recherche en droit chez qui doit résider la souveraineté dans une nation (2) ».
Et, plus loin, il montre bien que la nation est distincte des individus existant actuellement : « La sociologie et l’histoire montrent, je l'ai déjà dit, que la formation, et le développement d’une nation ne sont point une création artificielle, mais un phénomène naturel, dont les conditions sont la race, le milieu et les circonstances historiques. Chaque nation se développe ainsi par une évolution qui lui est propre, et se donne sa structure, son organisme politique et son génie particulier, comme un être animal crée successivement ses organes et son intelligence. De plus,