Ernest Renan, Conférence sur : Qu'est-ce qu'une nalion
>. Esmein. Op. cit, p. 150.
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chaque nation ainsi formée, a vraiment une vie propre, distincte des vies additionnées des individus qui la composent à un moment donné, où se combinent l’activité et la pensée des générations passées, avec celle de la génération présente, où se prépare le sort des générations futures (1) ».
Renan considère aussi que les nations vivent d’une vie distincte de celle des individus : « Elles agissent, dit-il, à la manière des personnes, ayant un caractère, un esprit, des intérêts déterminés ; on peut raisonner d'elles comme on raisonne d’une personne ; elles ont comme l'être vivant un instinct secret, un sentiment de leur essence et de leur conservation (2) »..
En démontrant que la nation ne saurait être considérée comme étant seulement un ensemble d’individus, l’ensemble des individus qui actuellement existent dans son sein, nous avons par là mème démontré que la souveraineté nationale ne saurait être considérée comme la somme des fractions de souverainetée attribuées également à chaque individu.
« La souveraineté nationale, dit M. Esmein, n’ap-
2. Renan. Dialogues et Fragments philosophiques, p.80. Ilest vrai que Renan pousse trop loin son idée quand il nous dit : « La nation, l'Eglise, la cité, existent plus que l'individu, puisque l'individu se sacrifie pour ces entités qu’un réalisme grossier regarde comme de pures abstractions ». /d., p. 91.
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partient pas en propriété à la génération présente, qui nécessairement et légitimement en a le libre exercice, mais simplement l'exercice : elle appartient à la nation, incarnée dans l'Etat, c’est-à-dire à la série des générations successives ; elle appartient aux hommes d’aujourd’hui. C’est un dépôt sacré que les générations se transmettent l’une à l'autre (+). »
Et plus loin : « Les citoyens actuellement existant ont nécessairement l'exercice de la souveraineté, mais ils n’en ont que l'exercice : ils sont en quelque sorte les premiers et nécessaires représentants de la souveraineté nationale » (2).
L'examen des conséquences auxquelles aboutit nécessairement la théorie du fractionnement de la souveraineté, nous fournit aussi d'excellents arguments contre cette théorie.
Il est tout d’abord évident que, si l'individu est propriétaire d’une parcelle de la souveraineté, ce qui le rend propriétaire du droit de suffrage, — le suffrage politique n’étant que l'exercice même de la souveraineté, — il doit être maitre dé faire de ce droit l'usage qu'il lui plaît, et de même qu'il peut en jouir ou n’en pas jouir, il peut en disposer, l’aliéner, c’està-dire le donner, le vendre, il peut aussi le prêter, le louer, comme s’il s'agissait d’un droit privé.