Rousseau. Ze Contrat social, liv. IV, chap
étant la seule pacifique et acceptable pour tous. On ne voit, en effet, que deux autres solutions possibles, également simples et satisfaisantes : l’une serait d'exiger l’unanimitédes votants, et l'autredes’en rapporter au jugement des plussages. Mais la recherche de l’unanimité est une chimère, dans une collectivité d'hommes quelque peu étendue et disparate : on n'a jamais pu la prendre pour règle que dans les milieux très étroitset généralement primitifs, où elleest plus apparente que réelle, consistant simplement en ce que, dans la foule, aucune voix ne s’élève pour contredire l’avis proposé par un personnage influent. Ce serait, dans une société adulte, l’immobilisation du corps social. Quant aux plus sages, on ne saurait trouver de signes certains pour les distinguer, lorsqu'on s'éloigne des communautés primitives où la vieillesse est universellement acceptée comme lesigne dela sagesse. La loi de majorité est une de ces idées simples qui se font accepter d'emblée ; elle présente ce caractère que d’avance elle ne favorise personne et met tous les votants sur le même rang » (1).
La théorie du droit aboutit encore à cette conséquence grave, qu’elle accorde à tout individu le droit de suffrage. Ce droit, en effet, n'est pas une concession dela société ; l'individu, nousl’avons vu,