Esmein. Of. cif., p
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nous apparaît comme autonome, il tire ses droits de sa propre existence; par le fait qu’il existe, il détient une part intangible de la souveraineté ; la société qui ne lui a pas concédé ces droits, ne peut pas les lui retirer.
Ainsi, le droit de suffrage est un droit individuel, absolu, attaché à la qualité d’être humain. Dès lors, il s'ensuit que le droit ne peut être enlevé à certaines personnes, qui en sont investies dès leur naissance au même titre que les autres individus.
La logique du système conduit donc à décider ,que les femmes comme les hommes doivent en conserver la jouissance et l’exercice. Or, jusqu'ici les partisans dela doctrineque nous combattons,ont reculé devant cette conséquence de leurs principes. Si le suffrage des femmes a ses partisans surtout en Angleterre, ce n'est pas sur lui que portent, en général, les revendications des féministes. I] n’est admis que par deux Etats de l’Union Américaine (1), le Wyoming et le Colorado, et par la Nouvelle-Zélande, colonie anglaise. Le parti socialiste l’a parfois réclamé ; mais en France, du moins, il n’a déposé, en faveur de son adoption, aucune proposition de loi.
1. Cf. 2nfrà. Voir dans Claudio-Jannet. Les Ætats-Unis contemporairs, 4° édit., tome IT, p. 321-323, un curieux arrêt de la Cour suprême de ce pays, refusant le droit électoral aux femmes, sous prétexte que c'est une importante fonction que la Constitution confère seulement aux hommes.
AU ee
« C'est là, dit M. Esmein, une innovation à laquelle est hostile le sentiment commun et instinctif du monde civilisé ; et la raison me paraît parler dans le mème sens. Depuis les origines même de l'humanité, une division naturelle du travail et des fonctions s’est établie, perpétuée et constamment accentuée entre les deux sexes. À l’homme sontéchues la vie publique et les fonctions qui s’y rapportent ; à la femme appartient la garde et le soin du foyer domestique, et la tâche capitale de la première éducation des enfants. L'éducation, les influences héréditaires ont par suite développé et fixé chez l’homme et chez la femme des aptitudes correspondantes à leur destination sociale ainsi différenciée. Faire entrer les femmes aujourd’hui dans la vie publique sans tenir compte de cette bifurcation tant de fois séculaire, ce serait introduire, sans aucune utilité, des élements de trouble dans l’organisation politique des sociétés modernes, dèjà compliquées par bien d’autres problèmes (1) ».
Nous verrons plus loin que la théorie que nous adoptons, en opposition avec la doctrine du droit entendue d’une façon absolue, et qui repose surtout sur l’idée de devoir, de fonction, nous permet au nom de la société de priver du suffrage politique, les femmes et d’autres catégories d'individus, considérés