‹ Le Vote ObligatoireChapitre 2 sur 74 · LD ES · texte numérisé non relu

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Et, n'est-ce pas un sujet d’étonnement que l’exemple dece peuple qui, durant de longssiècles, attendit dans la misère et l'humiliation que l'heure fût venue de se soulever, dans un effort désespéré, vers la liberté et l'égalité, et qui les ayant conquises se refuse à en jouir ?

Il se dégage de l’examen des statistiques électorales l’idée que l’abstention, par les proportions qu’elle a prise, est un véritable danger social.

Le suffrage universel peut être pour les démocraties en marche vers le progrès, le plus sûr des guides, et la source la plus féconde de grandeur et de prospérité; mais, qu'on y prenne garde, le jour où il a perdu sa sincérité, le jour où il est faussé par l’abstention, le jour où il n’est plus le suffrage universel, il cesse d’être l'expression exacte dela volonté populaire, il ne peut assurer au pays que des représentations mensongères, des parlements qui ne sont plus le miroir de la nation, ou comme l’a dit Mirabeau : « une image reproduisant exactement les rapports du tout et des parties ». Et dès lors, le gouvernement représentatif perd toute sa supériorité sur les gouvernements autoritaires, absolus. Comme eux, il ignore les besoins du peuple, n’entendant plus monter jusqu’à lui les plaintes de la masse souffrante, n’étant plus en communication constante avec l'opinion; comme eux, il reste sourd aux protestations d’abord

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étouffées, et quand il les entend, il est trop tard ; un cri de révolte est sorti de cette foule silencieuse des abstentionnistes, l'inconnu a livré son secret, le silence cachait une révolution.

Et, c'est ainsi que se font toutes les révolutions ; elles se préparent dans le silence, lentement, elles ont leurs causes profondes et lointaines ; connaître ces causes en prévoir les effets, c’est prévoir la révolution, c'est l’éviter.

Si l’abstention n'offre pas toujours les mêmes dangers, ellene peut, en tout cas, qu’affaiblir un gouvernement, si elle ne le renverse pas; car elle lui cache une partie de l'opinion publique.

Ces dangers n’ont pas échappé aux esprits éclairés. Nous verrons qu'on s’est préoccupé dans différents pays d’y porter remède ; qu'en Belgique et dans certains cantons de la Suisse, par exemple, on a admis et sanctionné le vote obligatoire.

En France, un mouvement d'idées se dessine en sa faveur. Il a été l’objet de nombreuses propositions de lois, dont la plus récente a été prise en considération par la Chambre. |

Le Conseil municipal de Paris vientd’émettre un vœu favorable.

Dans tous les partis politiques il trouve des partisans décidés. C’est par exemple, M. Paul Descha-

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nel (1). « Dans ces assemblées, dit-il, qui ne représentent pas la moitié du corps électoral, vous prenez une majorité de quelques voix, d’une voix peutêtre ! — formée sous le coup d’un entrainement passager de séance, que sais-je ? — et vous dites : « Voilà la volonté du peuple ! Voilà le suffrage universel ! » Et il faut à l'instant même que tout cède, tout plie, tout s’efface devant cette majorité toute puissante, et si quelque influence entre un moment en balance avec celle-là, on s’irrite, on s’indigne, comme d’un attentat à la souveraineté nationale ! Quelle illusion! »

Et il conclut en faveur du vote obligatoire.

C’est aussi M. Millerand (2) qui reproche au système électoral actuel de ne donner de la France qu'une représentation défigurée. « Peu importe, ditil, dans quel sens se produit la déviation. L'image est fausse, la copie infidèle. Dès lors, entre le pays et les assemblées qu’une pure fiction fait prendre pour sa représentation, un malentendu nécessaire se produit, qui ne peut que s’aggraver avec le temps...

« Quel remède à une situation si grosse de périls ? Comment obtenir que la représentation légale du

1. Discours prononcé à Marseille, le 26 octobre 1896, sur la politique républicaine, par M. Paul Deschanel. Brochure de l’Assoctation nationale républicaine, pp. 25 et 26.

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