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JUSTIFICATION PRATIQUE DU VOTE OBLIGATOIRE

On ne peut légitimer l’abstention. Ses dangers. — Ses causes. — Statistiques.

Nous venons de préciser la nature du suffrage politique, en montrant que s’il est un droit, ilest aussi et surtout un devoir. Il semble donc que l’abstention soit sans excuse, puisque le commun des électeurs qui, d'ordinaire, prétend justifier son indifférence en se réclamant du droit de voter qui comporte le droit de s'abstenir, doit s’interdire désormais ce raisonnement, dont l’apparente simplicité avait l'avantage de ne pas fatiguer son esprit.

On ne peut légitimer l'abstention. Ses dangers. — Mais cette simplicité ne pouvait suffire à l'esprit plus compliqué, sinon plus pénétrant, de certains politiciens, qui se défient des vérités du bon sens. Pour eux l’abstention n'est pas seulement un droit corré-

latif du droit de voter : c’est aussi le droit pour les Coutant 5)

minorités de protester contre les décisions des majorités. Et l’on s'étend avec complaisance en des déclamations sur la tyrannie du nombre. On parle d’arbitraire, d'écrasement du faible par le fort; on parle de libertés menacées, et l’on oublie d’ailleurs de nous dire comment, dans un pays de suffrage universel, on pourrait gouverner, si on ne gouvernait pas avec le nombre, avec la majorité.

Est-ce à dire que la minorité ne compile pour rien et qu’elle ne puisse, à certaines heures, faire entendre de justes protestations. Personne ne songe à le prétendre. Pour nous, nous sommes si loin de le penser, que, dans l'intérêt même des minorités, nous affirmons que l’abstention serait pour elles le pire des remèdes, qu'elle serait le remède qui tue. C’est ainsi qu'on a pu très justement comparer l’abstention à l’émigration qui se produisit sous la révolution française. On y a vu une faute pour les partis qui l’ont pratiquée. M. de Falloux (1), après avoir noté entre elles cette différence que « l’émigration ne fut pas une résolution passive, qu’elle fut une résolution très active et très militante », c'est-à-direun système réfléchi, ajoute : « L’émigration fut une faute ; on

avait voulu faire le vide dans le camp de la Révo-

lution et on avait fait le vide dans le camp de la

1. M. de Falloux. Discours ef mélanges politiques, »° édition, tome II, pages 277, 278, 281.

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