‹ Le Vote ObligatoireChapitre 32 sur 74 · DE · texte numérisé non relu

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suffisante ou même nulle, il votera au hasard, ens’inspirant des circonstances, se laissant trop facilement séduire par des apparences souvent trompeuses, ou emporter par la colère, la rancune oulahaïine, mauvaises conseillères. Et l’intérêt général pourra en souffrir.

Et puis, ce peu d'empressement que l’abstentioniste met à exercer ses droits politiques, le peu de prix qu’il y attache, montre assez le peu de cas qu'il fait de la liberté et des destinées de son pays. Aussi, viennent les temps troublés des révolutions, ce n’est pas dans la foule indifférente et inerte des abstentionnistes qu'il faudra chercher des défenseurs de l’ordre ou du droit menacés, des champions de la liberté outragée. Ces gens sont mürs pour la servitude, car ils ne connaissent pas le prix de la liberté : ils ne savent pas que le droit de suffrage est l'apanage des peuples libres et que l'exercer est un devoir, puisque c'est un devoir de jouir de la liberté et de la défendre. Il suffit de rappeler ces dangers, que nous n’exagerons pas, et dont la gravité n'échappera à personne. Nous croyons inutile d’insister sur d’autres raisons qui, bien que d’un ordre très secondaire, ont cependant leur importance.

Un autre danger de l’abstention est celui qui résulte de l'incertitude, dans laquelle on se trouve à l’égard des idées qui peuvent être celles de la foule des

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abstentionnistes. [1 peut se faire que, sous l’influence d’une idée nouvelle, d'un homme qui tout à coup réveille les espérances d'un parti vaincu, ranime les courages, exploite, contre la majorité, les mécontentements et les rancunes, qu'aucun gouvernement ne saurait se flatter d'éviter, il peut se faire, dis-je, que la masse des abstentionnistes se précipite tout à coup aux urnes et, qu'ayant entrevu la possibilité de vaincre, elle vienne grossir la minorité restée active, en faire une majorité, et renverserainsi, soudain, le pouvoir établi, changer la forme du gouvernement. [Il en résultera un trouble préjudiciable aux intérêts généraux du pays, il y aura comme une révolution au lieu d’une lenteévolution, dont le terme eût été annoncé d'avance et qui n'eut provoqué aucune surprise et aucune colère.

Il est possible même qu'une véritable révolution éclate tout à coup sousla poussée soudaine d’un parti resté dans l’ombre. Or une révolution, même quand elle est légitime, lorsqu'elle apparaît comme une nécessité dans l’histoire d’un peuple, ne saurait éviter les excès. Et si les causes qui ont déterminé les révolutions avaient pu être connues d'avance, sans doute certains excès auraient été évités par la réali- -sation des réformes souhaitées.

C'est pour avoir ignoré jusqu'au dernier jour l'opinion publique, les aspirations du Tiers état, que.

Louis XVI s’est vu emporté avec son trône par le flot montant de la démocratie, qui, venu de très loin, et grossi lentement de toutes les colères d’un peuple sur qui pesaient toutes les charges et que révoltaient tous les abus, déborda soudain, couvrit tout, laissant derrière lui les ruines d’où devait sortir un monde nouveau.

Les rois n'étaient pas en communication avec le peuple dont la voix ne montait pas jusqu’à eux, et, le jour où, pour être entendu, il dut parler plus haut, il n’adressa plus une prière, il ne parla pas en suppliant, ilparla en maitre.

Toutes les révolutions se préparent ainsi lentement. Pour les éviter, il suffirait parfois de les prévoir; mais la longue possession du pouvoir donne une confiance, qui, peu à peu, rend aveugles les plus clairvoyants, les pousse lentement mais fatalement aux abus, jusqu'au jour où une protestation, qui bientôt se change en un cri de révolte, sort de la masse ignorée.

Aujourd’hui, depuis que la Révolution française a proclamé dans le monde le principe de la souveraineté nationale, ceux qui gouvernent sont plus près du peuple, ils entendent ses plaintes, ils connaissent ses besoins. On ne peut rien sans l'opinion publique : on ne peut pas gouverner contre elle ou sans elle.

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