Revue politique et parlementaire, n° du 10 janvier
p. 38, note 1. M. Félix Moreau. Le vote obligatoire. Prin-
cipe et sanction.
Coutant 6
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Il est donc certain que l’abstention peut fausser la représentation nationale en dénaturant les résultats du suffrage universel, en lui ôtant sa sincérité. Mais ce qu'il faut remarquer aussi, c’est que ce danger menace tout particulièrement les pays de suffrage universel : car, dans ces pays plus que partout ailleurs l'électeur est tenté de s'abstenir. M. Beernaert en donne la vraie raison, lorsqu'il dit : « C’est avec le régime du suffrage universel que les abstentions sont le plus à redouter, car, en raison du grand nombre des électeurs, beaucoup sont tentés de dire : A quoi bon voter ? Que peut faire une voix, de quelle poids pèsera-t-elle dans la balance ? » (1).
Une autre raison pour laquelle l’abstention est particulièrement dangereuse, c’est que le suffrage universel n’est pas le suffrage de tous. Des catégories nombreuses de personnes restent privées du droit de vote : ainsi les femmes, les mineurs, les militaires, etc. Le nombre des non-électeurs dépasse de beaucoup celui des électeurs ; c’est ainsi qu’en France le nombre des électeurs inscrits dépasse à peine le quart des habitants. Si on a soin d’écarter de l’urne cette foule des femmes, des mineurs, c’est
qu'on pense que leurs intérêts particuliers, en même
1. Discours prononcé par M. Beernaert, à la Chambre des représentants de Belgique, dans la séance du 30 mai 1803. Annales parlementaires, p. 1.530.