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protestation ; et si l'électeur ne veut pas protester, en prenant parti pour un candidat qui ne lui plait guère plus que l’autre, il a un autre moyen de protester, c’est de voter blanc. C’est ce moyen qu'emploieront les minorités, lorsqu'elles ne se sentiront pas assez fortes pour faire une démonstration sérieuse sur le nom d’un candidat. Ainsi, à la différence de celui qui s’abstient, celui qui vote blanc exprime une opinion, fût-elle négative, fût-elle une protestation.
« Pour ce qui est des bulletins blancs, dit M. Beernaert, il est évident qu'on ne pourrait, en aucune hypothèse, empêcher l'électeur d’user de son droit sous cette forme, puisque le vote est secret. Mais autre chose est de s'abstenir, autre chose est de déposer un bulletin blanc.
« Le bulletin blanc, surtout lorsqu'il s’en trouve un grand nombre, peut avoir une signification politique qui serait parfaitement comprise. Il est des cas où il constituerait une manifestation de l'esprit public » (1). l
Mais voici l’objection. Tout le monde l’a faite ou a pu la faire, et elle n'a pas échappé à l'esprit perspicace de M. Sarcey. « À quoi celaservira-t-il, s’est écrié le célèbre critique, répondant à M. Paul Laffitte partisan du vote obligatoire, puisque le bulletin
1. Discours à la Chambre des représentants de Belgique, du 30 mai 1803. Annales parlementaires, p. 1.530.
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blanc ne compte pas dans le recensement du vote».
D'abord, cela servira à protester, comme nous venons de le dire, et c'est le seul service qu’on puisse attendre du bulletin blanc dans l’état actuel de la législation. Nous voudrions qu’il ait un effet plus immédiat et plus significatif.
Les bulletins blancs permettent seulement aux minorités de prendre conscience de leur force pour l'avenir, mais ils n’ont pas d'effet dans le présent ils ne sont qu'une protestation platonique. Aussi serions-nous partisans d’une mesure qui donnerait aux bulletins blancs un effet qu'ils n’ont pas actuellement. On sait que d'après la loi électorale les bulletins blancs nesont pas comptés comme suffrages exprimés, que le calcul de la majorité s'établit en dehors d'eux. Aussi, tout au plus, le grand nombre des bulletins blancs pourrait-il encourager un timide à poser sa candidature, dars l'espoir de rallier les mécontents; ou encore, dans le cas où le nombre des bulletins blancs dépasserait le chiffre des suffrages obtenus par le candidat, pourrait-on espérer que celui-ci aurait assez de pudeur pour refuser un siège conquis dans des conditions aussi peu glorieuses. Mais il nous semble qu’au lieu de compter sur ce sentiment très respectable, et sans nier, d’ailleurs, qu’il puisse exister dans les consciences pures
de candidats, qui n'auraient pas cru devoir laisser
SQRES
dans les luttes électorales leur délicatesse naturelle, nous pensons qu'il serait plus simple et aussi plus sûr de décider que, pour le calcul de la majorité requise, les bulletins blancs seront comptés comme des suffrages exprimés (1). Par ce moyen, peut-être, les abstentionnistes arriveraient-ils à éliminer les candidats en présence, et à susciter des candidatures nouvelles. |
D'ailleurs, le vote obligatoire n'aurait pas pour résultat d'augmenter le nombre des bulletins blancs, comme onserait tenté de lecroire,en considérant que ceux qui s’abstiennent, et qui cependant sont jaloux de conserver leur droit de vote, n’auront plus qu’une seule ressource : voter blanc.
Mais, comme le remarque M. Beernaert : «Il n’est pas à craindre qu'on en abuse. Du moment où on doit aller voter, on ne se rendra que bien rarement au scrutin pour n'en rien faire (2). »
Cette hypothèse est en effet fort raisonnable, car il est certain, que l'indifférence ou la paresse sont parmi les causes les plus fréquentes de l’abstention. Elle est d’ailleurs confirmée par l'expérience.
Le canton de Zurich, notamment, nous en offre un
exemple. « Sur deux referendums cantonaux seu-
1. Proposition de loi relative au vote obligatoire, présentée par M. Alfred Letellier, député, à la séance du 7 février 1880. 7. O., du 15 mai 1889, Doc. parl. ann. 3.518, p. 345.
>. Annales parlementaires de Belgique, p. 1.530.
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lement, dit M. Deploige, nous possédons des renseignements très détaillés. Le 4 mai 1870, il y eut, dans les 121 communes à vote obligatoire, 90 o/o de votants et 21 0/0 de bulletins blancs; dans 79 communes à vote libre, il y eut 700/0 de votants et 1 1 o/o de bulletins blancs. Dans le referendum du 28 avril 1878, il y eut dans les communes à vote obligatoire 86 0/0 de votants et 24 0/0 de bulletins blancs ; dans les autres 55 0/0 de votants et 20 0/0 de bulletins blancs. »
« Pour autant qu'il est permis de tirer une conclusion valable de ces chiffres, on peut donc affirmer que le vote obligatoire, même indirect, fait croître le nombre des votants, et aussi, mais dans une proportion moindre, le nombre des bulletins
blancs (1). »
Causes de l'abstention. — Nous avons réfuté plus haut les arguments, par lesquels on prétend légitimer l’abstention ; nous avons montré ses dangers ; il nous reste à rechercher ses causes.
Ces causes sont d’ordres divers et ne peuvent en rien, comme on va le voir, se réclamer des principes. Elles sont tirées du fond même du caractère de chaque électeur, de ses habitudes de penser et de vivre,