‹ Le Vote ObligatoireChapitre 40 sur 74 · LT OP · texte numérisé non relu

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didat, et son intérêt, qui lui commande de voter pour tel autre. Ce peut être un fonctionnaire, qui craint de s'aliéner le candidat influent, lequel cependant ne représente pas ses idées ; ce peut être un de ces nombreux électeurs qui voudraient bien se conduire comme des hommes libres, dire très haut leurs pensées, afficher leurs idées et leurs préférences, mais qui n'osent pas, car ilssont tenus, ouse tiennent, on ne sait pourquoi, sous la dépendance de quelque tyranneau de village ou de petite ville, dont la seule tactique consiste à effrayer les naïfs et les simples. Et ces braves gens, qui ont le désir de voter librement, mais n’ont guère que cela,sont légion.

Que dire de ceux qui s’écartent de toute participation à la vie sociale, sous prétexte que les vertus de la vieprivée y sont en danger ? On peut leur répondre avec M. de Falloux : « Toute vertu qui abdique les devoirs du citoyen n’est pas une vertu, ou n'est que la moitié d’une vertu. »

« Aucune vertu privée ne se conserve ni sûrement, ni longtemps, au sein de l’oisiveté, et, de toutes les activités salutaires à l’homme, l’une des plus salutaires est assurément l’activité sociale. Vivre de bonne heure sous les yeux de ses concitoyens, prendre de bonne heure le sentiment et l’habitude de la responsabilité, s'élever graduellement de l'intérêt privé à l'intérêt public, agrandir son

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horizon et fortifñier le devoir individuel par le devoir collectif, ce n’est pas seulement une bonne école de politique, c’est aussi une bonne école de morale... »

« Non, l’abstention n’est pas une bonne gardienne de la vie privée, parce que le désæuvrement, même relatif, n’est pas un bon auxiliaire de la vertu » (1).

Citons une dernière cause de l’abstention. Cette cause, à la différence des autres, ne tient pas au caractère de l'individu, elle vient de la fréquence des convocations du corps électoral qui peut devenir un véritable danger pour la sincérité de la représentation nationale. La Suisse surtout nous en donne des exemples. Là, en effet, l'esprit profondément démocratique de la nation, a imaginé le referendum. Ce n’est pas le lieu de discuter ici sur les mérites ou les inconvénients de ce système de consultation populaire. Nous voulons seulement faire remarquer que, pour l'avoir trop souvent pratiqué, on a éloigné des urnes un grand nombre d’électeurs, fort embarrassés de l’exercice d’un droit qui finissait par leur être à charge. Dans les cantons où existe le vote obligatoire, le danger a pu être écarté, et le petit nombre des abstentions est un argument de plus, en faveur de l'efficacité de la me-

1. M. de Falloux, Discours et mélanges politiques, »e édition, tome IT, p. 275-277.

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sure que nous préconisons. Mais il est à craindre que les cantons, lassés de courir à chaque instant aux urnes, finissent par imiter l'exemple de ceux où n'existe pas l'obligation du vote. Et même, cela s’est vu dans le canton de Soleure.

Le principe du vote obligatoire avait été introduit par la Constitution du 1° juin 1856, il y fut organisé par la loi du 29 décembre 1860, qui punit l'abstention, non justifiée, d’une amende minime de 7o centimes. La fréquence des referendum finit par paralyser l’effet de la loi, si bien que peu après, on cessa d’appliquer l'amende aux abstentionnistes dont le nombre tomba de 1875 à 1887 à 42 0/0. La Constitution de 1887 supprima l'obligation du vote; cette suppression fut sans influence, car le nombre des abstentions était déjà considérable.

Il est facile de faire en France la même constatation, non pas à l’occasion du referendum qui n’est pas usité jusqu'ici dans nos mœurs politiques, mais pour la comparaison du nombre des votants au premier et au second tour de scrutin. Le nombre des abstentions est plus considérable au second tour. D'ailleurs cela crée une agitation dans le pays, remue des colères, des passions, entretient les rivalités et les haines. Ce sont, enfin, de nouvelles dépenses qui auraient pu être écartées et qui sont mises à la charge de l'Etat.

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