PRÉFACE IX
France inséra, dans son numéro de décembre, le Voyage a ?AfHOSy Montesquieu se portait candidat à l'Académie française, et ses concurrents soulevaient contre lui toutes Us machines pou^ vant empêcher son- élection. Montesquieu avait eu grand'peine à faire revenir le cardinal de ^eury de l'opinion défavorable qu'on lui a»ait donnée sur Vauteur des Lettres Persanes, et il employa sans doute le crédit de ses amis les plus puissants, peut-être celui de M^'^ de Cler" mont, pour obtenir que le vieux cardinal écrivît à V Académie une lettre oîi il se déclarait satisfait de Vamende honorable de Montesquieu désavouant un ouvrage <k qui pouvait porter quelque préjudice à sa réputation » . On comprend que, dans ces circonstances, un ennemi, un rival, avait intérêt à mettre au jour un ouvrage aussi compromettant que le Voyage a Paphos . Le manuscrit en avait été volé soit dans le cabinet de Montesquieu, soit dans la bibliothèque de M^^ de Clermont; il fut remis aux deux éditeurs du Mercure de France, La
X FRéFACE
Roque et Fuzelier, qui n'en connaissaient pas Vauteur, et qui le publièrent le plus innocemment du monde. Le scandale qu'on attendait, et qu'on voulait exploiter, n'eut pas lieu ou ne produisit pas l'effet qu'on en avait espéré : Montesquieu fut élu académicien le 6 janvier 1728, et l'on ne parla plus du Voyage a Pafhos, si toutefois Von en avait parlé dans les salons.
Peu de mois après sa réception, Montesquieu, qui n'avait paru que trois fois à l'Académie, partit pour un long voyage d'exploration politique et philosophique en Europe, pendant lequel ses envieux eurent tout le loisir de se demander s'il ne trouverait pas le temps d'achever son Voyage a Pafhos.
P. L. Jacob, bibliophile.
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