‹ Le voyage artistique à BayreuthChapitre 68 sur 107 · LE SOMMEIL DE BRUNNUILDE · texte numérisé non relu

LE SOMMEIL DE BRUNNUILDE

Celui-ci va prendre de plus en plus d'importance et terminera la deuxième journée de la « Tétralogie », accompagné du scintillement des feux de Lo^e.

Mais auparavant se place la scène si émouvante des Adieux de Wotan et de Tlncantation du feu. On peut considérer qu'elle commence précisément à cet endroit, dor>l nous avons déjà parlé, où le motif de L'Annonce d'une nouvelle vie, en mi majeur et à 4/4, revêt son aspect le plus grandiose et le plus éblouissant, pour venir, par un crescendo splendide, s'épanouir magnifiquement sur un accord de quarte et sixte dans le Ûvhmt an Sommeil de Brûnnhilde.

Alors le .Comme// s'assombrit, la tonalité mineure reparaît, et, au cours d'une belle période (à la 18® mesure du mineur), nous entendons la phrase proprement dite Chant d'adieu de Wotan, pleine de tendresse et d'émotion,

WOTAN

CHAyT L'ADIEU DE WOTAPi

que ne cessera plus jamais d'accompagner le dessin du Sommeil.

Ensuite Le Sort, Le Renoncement à l'Amour, puis, au moment où cesse la parole, Le Sommeil éternel, pendant lequel la Walkyrie s'endort dans les bras du dieu. Et pendant qu'il l'étend sur la roche, place ses armes à ses côtés et la couvre de son bouclier, l'orchestre nous redit dans tout son développement la phrase si touchante du Chant d'adieu, avec les caressants enlacements du Sommeil.

Vient alors l'Incantation du feu. Aussitôt, les motifs changent. C'est d'abord Le Traité, puis les dessins chromatiques de Loge; encore Le Traité, suivi cette fois des Flammes. Ces deux motifs (Loge et Les Flammes) ne cessent de se poursuivre pendant l'embrasement de la roche, et servent d'accompagnement aux autres, quels qu'ils soient, jusqu'à la chute du rideau. Alors revient encore une fois Le Sommeil éternel, dans la forme arpégée que nous avons prédécemment notée p. 414, puis, cette fois pour ne plus cesser, Le Sommeil de Brïmnhilde de plus en plus placide et enveloppant.

Les dernières notes de Wotan pourraient ne pas porter de paroles; elles reproduisent dans son entier, majestueusement amplifié, le beau motif de Siegfried gardien de

VÉpée, que l'orchestre répète aussitôt, en lui donnant pour conclusion la phrase solennelle des Adieux de Wotan. Dix mesures avant la fin, au dernier regard de Wotan sur sa fille endormie, sans que pour cela s'interrompent ni Le Sommeil ni le scintillement des Flammes, gronde sourdement la sinistre menace du Sort ; puis un grand calme se fait, et le rideau se ferme lentement.

SIEGFRIED le"- Acte.

Prélude. — Si l'on envisage l'ensemble de la « Tétralogie » comme une sorte d'immense symphonie conçue dans des proportions gigantesques, et dont chaque journée constituerait l'un des morceaux, a Siegfried « en apparaît comme le Scherzo, le pétulant Intermezzo.

Tout y est gai, alerte et dispos, comme la jeunesse même du héros; l'élément comique lui-même y trouve sa place, et intervient fréquemment dans le rôle de Mime. La plupart des motifs nouveaux présentent des rythmes nerveux, allègres, ou sont empreints dune ardeur juvénile, communicative. C'est là aussi que les musiciens trouveront les harmonies les plus neuves, les plus téméraires si l'on veut, parfois difficiles à expliquer, et les plus amusantes combinaisons des Leit-motifs entre eux C'est une journée de repos et de fraîcheur, dont l'élément tragique est presque exclu, au bénéfice de l'esprit et de la verve, pour reparaître plus poignant le lendemain.

Le Prélude se meut sur des thèmes déjà connus : d'abord La Réflexion, puis L'Amoncellement du trésor, coupé par une brève allusion au Courroux de Wotan, lequel se transforme bientôt en La Servitude, La For^e, Le Cri de

triomphe du Nibelung, L'Anneau, L'Épée, Le Dragon, modifié dans son rythme, . . . enfin tout ce qu'il faut pour nous faire pressentir que nous sommes dans la forge agreste où le rusé Mime travaille ténébreusement en vue de conquérir à son tour le trésor qui lui assurerait la domination du monde.

Scène i. — Les mêmes motifs, ou d'autres également connus, alimentent la scène i jusqu'à l'arrivée de Siegfried, qui s'annonce allègrement par son Appel du fils des bois, la fanfare de chasse du jeune et intrépide héros, respirant la franchise, la hardiesse et la bonne humeur.

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[On la retrouvera, dans ce même rythme à 6/8, mais dans le ton de fa et très développée, à la scène ii, car c'est par elle que Siegfried provoque le Dragon ; et encore au début du 3* acte du a Crépuscule ».]

[Prendre en note que ce même motif, transformé et à 4 temps, se représentera d'autres fois dans le « Crépuscule », où il prendra un caractère spécialement héroïque, en perdant tout son enjouement.]

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[Noter aussi la curieuse combinaison de ce motif avec ceux des Flammes et du Sommeil éternel qui se trouvent dans « Siegfried », au 3* acte, lorsque le héros va franchir le cercle de feu dans lequel dort la Walkyrie.]

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ANALYSE MUSICALE Charme des flnmmp%

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Aussitôt que Siegfried, sur deux rappels successifs du Gardien de l'Épée, a fait voler en éclats l'arme forgée par Mime, apparaît un nouveau motif plein d'entrain : L'Amour de la vie, qui va régner pendant une bonne partie de la scène; c'est plutôt l'exubérance de la vie, la joie de vivre qu'il y faut voir, une joie presque enfantine.

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