SONETO
Vimos en Julio otra semana santa,
Atestada de ciertas cofradias,
Que los soldados liaman Companiaa,
De quien el vulgo y no el Ingles se espanta.
Hubo de plumas muchedumbre tanta, Que en menos de catorce 6 qnince dias Volâron sus pigmeos y Golias, Y cayé su edificio par la planta.
Bramé el Becerro, y pusnlos en sarta Trono la tierra, escureciôse el cielo, Amenazando una total ruina:
V al caho en Càdiz cou mesura harta (Ulo yn. el Coude sin ningun rezelo) Triunfando entré el gran duque de Medina.
Ce que la traduction ne peut rendre, c'est le ton d'agréable et Gne ironie qui règne d'un bout a l'autre de cette pièce. Le vieux soldat se moque en connaisseur de ces milices bourgeoises qu'il compare aux corporations de métier et aux confréries religieuses qui Font le plus bel ornement des processions publiques de la semaine sainte. Il nous montre tons ces soldats improvisés, se couvrant à l'envi de pompons, comme des amateurs qui vont en guerre pour rire. Voici un capitaine instructeur qui s'égosille à faire la leçon et à apprendre la manœuvre à ces beaux soldats de parade. Cervantes sait bien qu'ils ne feront pas t trembler la terre sous leurs mousquets, n comme ses anciens compagnons d'armes, qui avaient parcouru toute l'Europe en triomphateurs. Enfin les voilà qui s'organisent au bout de quinze jours d'agitation et de préparatifs inutiles. Les voilà en marche; mais ils feront de courtes étapes, et n'entreront dans la ville qu'ils vont secourir qu'après avoir laissé à l'ennemi le temps de la saccager et de se retirer sans crainte d'être poursuivi. — Tel est ce sonnet que nous avons essayé de rendre par cette paraphrase, et qui est en effet un des meilleurs de la littérature espagnole.
Cervantes estimait davantage cet autre sonnet qu'il improvisa également à Séville, à l'occasion de celte compétition ridicule qui s'éleva entre le tribunal du Saint-Office et la haute cour de justice pour uni) question de préséance, lors des funérailles de Philippe II dans la cathédrale. L'Inquisition eut recours à ses armes ordinaires, et excommunia, séance tenante, lefi membres du
tribunal civil. Le célébrant fut obligé de quitter l'autel et d'aller achever l'office dans la sacristie. Grâce à l'intervention de don Francisco de Guzman, marquis d'Algava, l'Inquisition consentit à retirer l'excommunication qu'elle avait fulminée contre les magistrats; et les deux parties en référèrent au conseil du roi. La décision du conseil royal se fit attendre, et la cérémonie interrompue ne fut reprise qu'un mois plus tard. Don Pablo Espinoza, auteur d'une histoire de Séville, et dont la narration a été adoptée par l'annaliste Ortiz de Zuniga, raconte cet incident en grand détail, et donne par la même occasion une description minutieuse du magnifique catafalque qu'on avait dressé à grands frais au milieu de la cathédrale, d'après les dessins du célèbre architecte Juan de Oviedo. C'est à ce catafalque sans pareil que Cervantes adresse le sonnet qu'il réputait la perle de ses écrits :
Yo el sonelo comptise, que asi empieza, Por honra principal de mis escritos :
Voto d Dios que me espanta esta grandcza.
(Viage del Parnaso, cap. iv).
Au catafalque du roi, à Séville.
Vive Dieu! cette magnificence m'étourdit, et volontiers je donnerais un doublon pour la décrire.
Car enfin, qui ne reste en suspens et émerveillé à la vue de cette rare machine, de ce grand appareil?
Par Jésus-Christ vivant, chacune de ses pièces vaut plus d'un million, et il est dommage que cela ne dure un siècle. 0 grandiose Sévillef Rome triomphante par la vaillance et la richesse.
Je gagerais que rame du défunt, pour jouir de ce spectacle, a quitté aujourd'hui le ciel où elle est éternellement hien heureuse.
Ayant ouï cela , un bravache dit : « Ces! certain ce
que vous dites, seigneur soldat, et quiconque dira le contraire a menti. «
Et tout aussitôt, rabattant son feutre, faisant mine de chercher son épée, lançant un regard de traders, il s'en alla et il n'y eut rien.
—Ce dernier irait qui est ajouté comme un commentaire au sonnet, peint à merveille l'esprit fanfaron des Andalous et la parfaite innocuité rie leurs rodomontades. Il ne faut pas oublier que Cervantes, profond observateur des mœurs, était aussi un Taillant soldat.
Voici le texte de ce célèbre sonnet, qui nous a été conservé dans un recueil de pièces poétiques imprimé à Saragosse par Joseph Alïay en 1654 :
Al tûmulo dei Jley en Sevilla.
Voto â Dios que me espanta esta grandeza , ï que diera un rioblon por riescribilla, Porque ( ;;'s quien no suspende y maravilla Esta mâquina insigne, esta braveia?
Por Jesucbristo vivo, cada pieza Vale mas que un millon , y que es mancilla, Que esto no dure un siglo. jO gran Sevilla, Roma triunfante en ànimo y nobleza!
Apostaré, que el iinima riel muerto, Por gozar este sitio, hoy ha dexado El cielo de que goza etu marnante.
Esto oyô un valenton, y diio : <■ es cierto Lo que dice voace, seor soldado, Y quien dixere lo contrario mienle. »
Y luego en continente Calô el chapeo, requiriô la espada, Mirô al soslayo, Tuese, y no hubo nada.
Note (c) , page xlviii.
Nous reproduisons ici un petit article de cri-