‹ Le voyage au ParnasseChapitre 33 sur 49 · CLXX · texte numérisé non relu

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du son et des erreurs de jugement du public a son égard.

C'est d'ailleurs par ce côté confidentiel et personnel en quelque sorte, que le Voyage au Parnasse captive surtout la curiosité du lecteur. Cervantes a consigné dans ce petit poëme une partie de ses confessions, avec des détails très-précis que les biographes ont eu le tort de négliger. Il s'est peint au moral tel qu'il était en réalité, en realidad de verdad, pour emprunter une de ses façons de dire; et cette peinture véridique de son esprit et de son caractère n'est pas moins remarquable que la courte et vive description

3u'il a faite de sa personne dans la préface e ses Nouvelles.

Quoi qu'en dise Cervantes au début du premier chant, il n'a guère emprunté à Cesare Caporalà, poêle de Pérouse, de l'école burlesque du Bemi, que le titre de son.

poème. Son invention a tout fait, et sonl génie créateur a su féconder les quelques réminiscences qu'on peut noter ça et là. La composition du vaisseau allégorique qui transporte les poêles au Parnasse, sous la conduite de Mercure, remonte, par la tradition, aux fictions poétiques du moyen âge.

La métamorphose des méchants rimeurs en outres et en citrouilles, rappelle Y Àpokolokyntose de Sénèque ou l'apothéose ridicule de l'empereur Claude. La rencontre de Neptune et de Vénus a pu être inspirée par quelques passages de l'Iliade on de l'Enéide.

Mais, invention ou réminiscence, tout porte

le cachet de ce génie sans pareil; et partout circule celte verve comique qui se distingue de celle de Molière par la causticité, c'est-àdire par ce mordant qui caractérise l'esprit espagnol.

Le supplément en prose, faisant suite au poëme, soutient la comparaison avec les pages les plus brillantes des Nouvelles et de Don Quichotte. C'est tout ce que l'on peut dire pour louer dignement ce morceau.

Il est a peine nécessaire de remarquer que Boileau, lecteur assidu de Cervantes, s'est souvenu en composant son Lutrin de cette bataille entre poêles, qui échangent des livres en guise de projectiles. Nous nous dispensons aussi de comparer le Voyage au Parnasse de Cervantes avec d'autres ouvrages du même genre. Il suffit de savoir que l'histoire littéraire n'était pas tout a fait oubliée dans la poésie dans le beau siècle de la. littérature espagnole.

Juan Boscan, dans des stances imitées de Bembo, Gregorio Hernandez deVelasco, dans sa traduction de l'Enfantement de la Vierge, poème de Sannazar, Christoval de Mesa, à la fin de son poëme sur la Restauration de l'Espagne, Luis Zapata, dans son Car/os famoso, Montemayor, dans le chant d'Orphée de sa Diane, Gil Polo, dans le chant du Turia de la Diane amoureuse, Cervantes luimême, dans le chant de Calliope de sa Galatée, Lope de Vega, dans sa Jérusalem et dans le récit des fêles poétiques, en l'honneur de saint Isidore (justa poêtka), d'autres

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