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pour effet d'atténuer lea rigueurs de la censure.
Vers la même époque, Cervantes s'occupait de préparer, pour les donner au public, ses Nouvelles morales, ou exemplaires, fjenre nouveau en Espagne, parfaitement inconnu jusqu'alors, et dont il se vantail à bon druii d'être l'inventeur. Elles parurent au nombre de douze, au mois d'août 1612, avec une dédicace au comte de Lémos, qui est un morceau admirable de sentiment et de style.
Dans sa détresse, Cervantes avait besoin d'un Mécène, et d'un Mécène plus généreux que ne l'avait été celui à qui fut dédié Don Quichotte; et quoique les libéralités du viceroi de Naples fussent assez mesquines, il lui en conserva une reconnaissance très-vive.
Ce n'est pas ici le lieu d'apprécier ce recueil de nouvelles, qui furent écrites & des époques diverses, et la plupart pendant que l'auteur résidait à Séville. Il suffit de dire pour le moment qu'elles sont peut-être l'œuvre la plus achevée de Cervantes, qu'elles lui valurent de la pan du célèbre Tirso de Molina le surnom de Boccace espagnol, et que dans ce genre de littérature l'Espagne n a jusqu'ici rien produit qui leur soit comparable. Lope de Véga, jaloux du grand succès qu'elles obtinrent, voulut les surpasser; mais il échoua dans cette entreprise, et ses nouvelles manquent absolument des qualités qu'il avait reconnues avec peine dans celles de son rival, l'esprit et le style (no le faltô gracia ni cstilo).
En 1614, Cervantes, toujours poète, mal-
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gré son âge avance, prit part au concours ou joute littéraire ouverte pour célébrer la béatification de sainte Thérèse par le pape Paul V.
Il composa, sur le modèle de la première épilogue de Garcilaso, des stances remarquables par la tendresse des sentiments et par l'harmonieuse élégance des vers. Elles furent publiées, à la place d'honneur, dans le recueil des pièces couronnées. Lope de Véga était du nombre des juges, et parmi les concurrents se trouvaient les premiers poètes d'alors.
Le but des nouvelles était tout moral ; leur litre même l'indiquait. Dans son Voyage au Parnasse, qui parut à la fin de la même année (1614), Cervantes se proposa d'arrêter les progrès du mauvais goût, qu'entretenait la détestable école de don Luis de Grfngora, dont l'influence fut aussi funeste en Espagne que celte de son contemporain, Marini, le fut en Italie. Ce petit poème, très-ingénieux, est en même temps une satire très-fine. Pour se délivrer des mauvais poètes qui assiégeaient le Parnasse, Apollon appelle les bons à son secours; il dépêche Mercure, et celui-ci choisit Cervantes pour savoir ceux qu'il doit emmener. A cette occasion, on voit défiler successivement tous les poètes dequelque mérite, parmi lesquels Cervantes figure comme le plus pauvre et le plus malheureux. Deux petites pièces en prose, ajoutées au poème, complètent cet innocent jeu d'esprit. Cependant, tout innocent qu'il était, et malgré l'indulgence qui règne partout, ce jeu d'es-
prit lui suscita beaucoup d'ennemis. Il y avait des auteurs médiocres et mécontents, qui ne pouvaient pardonner a cet illustre vieillard sa glaire passée, que ses Nouvelles et ses derniers vers avaient rajeunie en l'augmentant. L'un de ces envieux imagina une basse vengeance. Ce fut en 1614 qu'un méchant auteur de comédies publia, sous le voile du pseudonyme, une seconde partie de l'Histoire de don Quichotte, Cette publication inattendue vint troubler la vieillesse de Cervantes. Mais la postérité l'a bien vengé de son impudent compétiteur : le nom d'Avellaneda est à jamais célèbre , comme, celui de Zoïle. Nous le retrouverons dans la suite, et l'on verra quelle célébrité lui était due 1 .
Dans les deux facéties qui font suite à son Voyage au Parnasse, Cervantes annonçait l'intention où il était de publier un recueil de comédies. Il les avait d'abord reléguées au fond d'un coffre, voyant bien que les acteurs n'en voudraient point. On ne jouait alors que celles de Loue de Véga et de son école.
Le besoin le fit songer à tirer parti de ces pièces inédites : il y avait huit comédies et