SCÈNE X
LUCY, MARION , voilée , LE DOCTEUR , eaché par l'arbre.
LE DOCTEUR, à part. Je voudrais m'éloigner... et je ne puis!.. {Les deux femmes se regardent un moment avec hésitation, puis, par un mouvement spontané, elles se tendent toutes deux les bras.)
LUCY. Marion !..
MARION, laissant tomber son voile. Lucyî.. {Elles se jettent au cou l'une de l'autre.)
LE DOCTEUR , s' appuyant contre l'arbre. C'est elle!
LUCY. Marion! ma sœur bien-aimée!..
MARION. Oui, Lucy... c'est moi... ton enfant qui te revient, pour ne plus te quitter!
LE DOCTKUR, prêt à courir à elle, et s'arrêtant. Que dit-elle, ô mon Dieu !..
LUCY, la serrant sur son cœur. Parle, parle... que je t'entende^ que je sois bien sûre que c'est toi!.. {Le docteur, après un moment d'hésitation, entre dans le bosquet.)
MABioN, avec un soupir. Tu m'aimes donc encore !.. lu ne m'as pas chassée de ton cœur, loi!..
LUCY, elles s'asseyent à gauche. Si je t'aime!., pauvre sœur !.. {La regardant avec tendresse.) Que de larmes tu nous as fait verser!.. Mais pourquoi parlir?.. pourquoi nous abandonner si longtemps? . moi... notre père... Alfred?
M \RiON. après un temps et lui serrant la main. Alfred!... Dis-moi... Lucy... lu es heureuse?., il L'aime bien.
LUCY, avec abandon. Oh! la plus heureuse des femmes !
MARION, avec joie. Ah! grâce au ciel! Maintenant, je puis tout l'avouer!
LUCY, souriant. M'avouer... ce que j'ai fini par comprendre!., que tu aimais ailleurs, et que...
MARION, avec un sentiment profond. Non, Lucy... j'aimais Alfred .. je l'aimais de toutes les forces de mon âme!., mais, un jour, je crus m'apercevoir {La regardant avec amour.) qu'une autre l'aimait aussi!., et s'immolait par tendresse pour moi!.. Son secret qu'elle cachait à tous ceux qui l'entouraient, qu'elle se cachait peut-être à elle-même, moi seul je l'avais surpris, .car chaque jour... {Posant la m<iin sur le cœur de Lucy.) mon cœur écoutait le sien.
LUCY, avec un mouvement. Marion!
MARION, avec âme. Alors, il me sembla qu'une puissance inconuue m'éh vait au-dessus de moimême!.. Ce que tu avais fait pour la sœur, je sentis qu'à mon tour je pourrais le faire pour toi... que j'en aurais la force... et je jurai qu'.Vlfied serait ton époux !
LUCY, la tête penchée sur son sein. Ma sœur!..
MABION. Chaque soir... je demandais a Dieu de
soutenir mon courage !.. D^ns celle bataille de la
vie, comme disait noire bon père... je voulais
remporter la victoire. ..Je me dis qu'il fallait que je
fusse morte pour Alfred !.. qu'il me détestât, qu'il
me prit en haine... et je partis!.. {Elles se lèvent.)
LUCY, l'embrassant. Te sacrifier pour moiL.
Mais, ce mari que tu t'es donné sans l'aimer!..
ce M. Warden... pourquoi n'est il pas venu avec
toi?..
MARION. M. Warden n'est pas mon mari!..