‹ Le voyage d'Anacharsis; vaudeville en 3 actes et 5 tableauxChapitre 59 sur 429 · SCÈNE IV · texte numérisé non relu

SCÈNE IV

GUIDO, DIG-DiG, eu Indien.

DU;-U1G, «saluant à l'onenlaie.

N'est-ce point au jeune Guido que j'ai l'honneur de parler?

Gl'IDO.

A lui-môme!., je suis ce jeune Guido.

DKi-nu;, à part.

Il m'a l'air aussi naïf qu'autrefois, et je crois que je pourrai...

Gl IDO.

Mais on n'entre pas ainsi chez les gens, quand on no les connaît pas.

DIG-DIG, d'un ton mielleux.

La connaissance sera bientôt faite, ô mon fils... et vous ne vous repentirez point de ma visite!.. Mon costume vous indique assez que je ne suis point Européen... Je suis Indien... Votre père a fuit autrefois des affaires avec des négociants de la Compagnie des Indes, mes compatriotes, et...

GtIDO, A pnil.

Je vois ce que c'est... quelques lettres de change arriérées... (Haut.) Monsieur, j'ai renoncé au commerce des hommes, et surtout aux hommes de commerce, et si c'est de l'argent à donner...

DIG-UIG, lui pn'senlant une Lour.sc.

Au contraire... c'est une centaine de florins à recevoir... d'un Indien comme moi... débiteur de votre père!

GLIDO.

Qu'est-ce que vous me faites l'honneur de me dire?..

DIG-DIG

Cela vous déride, ô mon fils!... Le monde entier en e.st là. (Faisant sonner la bourse. J

Î.A CHATTE

OOUPLBTS.

Tin, lin, tin, lin,

Joyeux tocsin i

Que veut l'Indien.

Du l'Italien,

Le Piîruvien,

Le Parisien,

L'opicurien,

Le bohémien,

Kt le chrétien

El le païen?.. .

(Faisant sonner lu hoiirw.)

Tin, tin, tin, tin, Contre les mnui de la vie La fièvre ou la calomnie, La bonne philosophie Et le meilleur médecin...

C'est... (Faisant sonner la boursi'.)

Tin, tin, tin, tin, Que ce doux tocsin Résonne un matin.

Tin, tin, tin, tin, Il chasse soudain Misère et chagrin i

(Toutes les fois que Dig-Dig fait sonner la bourse, Guido avance la main pour la prendre. Dig-Dig la retire aussitôt, ce jeu continue pendant le second couplet.)

DIG-DIG

Tin, tin, tin, tin, Joyeux tocsin.

Jeune tendron A l'œil fripon Vous fait faux bond Pour un doublon?

Au sol fécond De l'Orégon Que cherchait donc Christoph' Colomb?

(Faisant sonner la bourse.) Tin, lin, tin, tin.

Au diable la gloriole L'amour et la faribole l La véritable boussole Qui gouverne le destin, C'est... (Faisant sonner la bourse.)

Tin, tin, tin, tin.

Que ce doux tocsin Résonne un malin, Tin, lin, lin, tin.

Il chasse soudain Misère et chagrin.

fU lui donn? la bourse.) Voiiè.

GUIDO

Ma foi, c'est bien de l'argent qui m'arrive de l'autre monde, — mettons cela dans ma caisse. (Il met la bourse que lui a donnée Dig-Dig dans le roll'rc qui est sur la lablc.) Ce n'est pas la place qui manque!... Ah! monsieur est Inilicn!... Et comment vous trouvez-vous en Allemagne?... en Souabe?...

DIG-DIG

Mon fils, l'homme est un voyageur... Tel que vous me voyez, je suis né dans le royaume. de Kaclimyr... Mon père, qui était un bonze de troisième classe, m'avait placé dans le temple de Candahar auprès du grand Gouron de Kachmyr.

GUlDO, avec respect.

Auprès du grand Gouron!... Il a vu le Gouron... Vous avez vu le Gouron... (U baise la manche de Dig-Dig.)

DIG-DIG

Très souvent; mais l'amour des voyages m'a pris... J'ai vu la France .. J'ai vu Paris.

GUIDO

Beau pays! pour un savant tel que vous! ..

DIG-DIG

Pays superbe! où je serais mort de faim, si je ne m'étais rappelé les tours d'adressf? que l'on possède dans notre patrie... et sous le nom de Dig-Dig, jongleur indien... car dans ce pays tous les jongleurs réussissent... j'ai eu l'honneur de faire courir tout Paris... Enfin, je suis venu me fixer dans cette ville, où je jouis d'une certaine considération... J'y enseigne la danse, l'astronomie et l'escamotage... ce qui ne m'empêche pas de me livrer à mon étude favorite, le grand œuvre de Brahma... la transmutation des âmes.

GUIDO, vivement.

La transmutation des âmes !

DIG DlG.

C'est un des dogmes de notre croyance ; car vous savez sans doute ce que c'est que la métem psychose.

Parbleu !... si je le sais.

DIG-DIG

Quand notre existence finit... selon nos bonnes ou mauvaises actions... nous devenons ours, moutons, bécasses, eicœiera, et cœtera!... Système consolant, culte admirable... qui nous fait, dans chaque animal, aimer notre semblable! Je vous parle ainsi, parce que je pense bien qu'un garçon d'esprit tel que vous doit croire à la métempsychose.

GCIDO.

Si j'y crois!... certainement! D'abord,

comme dit le docteur Faust, que je citerai toujours, si ça n'est qu'impossible, ça se peut.

SCKNK IV

DKi-UIU.

Comment! si ça se peut?... Moi qui vousparle, jo me rappelle parfaitement avoir été girafe.

UUIDO.

Vous avez été girafe?

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