X VI* SIÈCLE
Digiizec by COOGIE
lement Sainct Marc qui est la plus belle et plus riche que jamais J'aye veu, touchant les ornemens, pavé, voultes painctes et ymaiges. Il y a ceans xun1 grans chandeliers, et au milicu, une croix et plusieurs banieres. Les chandeliers sont tous couverts de lampes ardans eten furent comptées sur l’ung desditz chandeliers neuf vingtz. Devant le portail de ladicte eglise Sainct Marc, y a une grande place et spacieuse où sont trois matz rouges fort haulx et dessus chascun une croix, sur lesquels matz, les quatre grandes festes de l'an, on assiet trois banieres de la Seigneurie fort riches et sumptueuses. Dessus le portail, y a quatre chevaux d’arain fort eslevez, fort beaulx en signe de la victoire obtenue jadis contre le Souldan lequel avoit juré, s’il gagnoit la victoire, de faire de l’eglise Sainct Marc estable pour ses chevaulx; mais il faillit, car son filz fut prins des Veniciens et luy s’enfuit confuz; en memoire de quoy, ces trois chevaulx d’arain apportez de Constantinoble furent assis sur le portail de ladicte eglise. Il y a cinq lanternes sur l’eglise, couvertes de plomb. Joygnant l’eglise est le palais et l’hostel du duc, triumphant. De la porte, pour aller du palais dedans l’eglise, y a deux lyons de marbre rouge. Derriere le grant autel, a quatre pillicrs de marbre noir qui ont esté apportez de Hierusalem, du temple de Salomon. Devant les portes du palais, y a deux pilliers de marbre fort bien acoutrez et gros à merveille avecques chapiteaulx anti-
ques et prés y a deux galeries faictes à plusieurs
pilliers de marbre rouge. Sur le port de la place Saint Marc, y a deux grans coulonnes de marbre gris fort haultes et grosses lesquelles on dit avoir esté anciennement apportées de Constantinoble, sur l’une desquelles est ung lyon ayant des aesles estendues, sur l’autre est ung Sainct Maurice ayant soubs ses piedz un dragon, car l’on dit que les Veniciens, devant qu'ilz eussent Sainct Marc pour patron, ilz tenoient Sainct Maurice".
Nous fusmes à Sainct Roch fort belle eglise où y a infinité de personnaiges en statues, lesquelles sont tout autour de ladicte eglise, en miracles, l’ung ayant cinq ou six espées au travers du corps, l’aultre, aultres cas”, Près de là, sont les Cordeliers, fort belle eglise toute pavée de marbre noir et blanc en eschiquier. Et là sont de fort belles chaires et plusieurs beaulx epitaphes mortuaires*. L’eglise Sainct Sauveur, fort belle
1. Trois colonnes en granit furent apportées au xn® siècle de Constantinople à Venise. L'une d'elles tomba dans la mer au moment de son débarquement ; les deux autres restèrent longtemps couchées sur la rive. Un Lombard, nommé Nicolo Barattiero, réussit à les dresser sur la Piazetta et demanda, pour prix de son travail, l’autorisation de tenir dans l’espace qui les séparait, des jeux de hasard sévèrement interdits à Venise. C'est aussi dans cet espace qu'avait lieu l'exécution des criminels. La statue qui se trouve au faite de l’une de ces deux colonnes cest non pas celle de saint Maurice, mais bien celle de saint Théodore qui fut avant saint Marc le patron de la ville. Des boutiques entouraient la base de ces colonnes elles furent, en 1529, détruites sur l'avis de Sansovino par l’ordre du doge Andrea Gritti. Sansovino, Venezia, etc., pages 316, 317.
2. San Rocco. Le corps de saint Roch apporté d'Allemagne par des marchands allemands, se trouve sous le grand autel. Sansovino, Venezia,
etc., page 161.
3. L'église des Cordeliers porte le nom de Santa Maria gloriosa de” Frari.
eglise toute de marbre et toute neufve où sont religieux de l’ordre Sainct Benoist‘. Rialto, place grande au millieu de laquelle, deux fois le jour, s’assemblent tous les marchans pour contracter de leurs affaires, et est ledict Rialto comme une forteresse, en laquelle toute nuyt, a gros guet, et s’apelloit ledict lieu anciennement Rivo alto pour tant que là passoit comme encore passe le plus gros et profond canal de toute Venise*, Là est le plus grant marché de toute la ville,
Elle est bâtie sur un terrain qui fut concédé à Saint-François par le doge Henri Dandolo. Les inscriptions funéraires, dont parle Denis Possot, ont été relevées par Sansovino.
1. L'église de Saint-Sauveur reconstruite par les plans de Tullio Lomdardo renferme le corps de saint Théodore, enlevé à l’église de Sainte- Sophie à Mesembrya et transporté à Venise par Giacomo Dandolo. Sansovino, Venezia, page 121.
2. Rivo alto ou Rialto. Ce nom fut donné à la plus haute des iles ou ilots sur lesquels furent construits les maisons et les édifices de Venise. On y éleva, dans l’origine, les églises de Saint-Mathieu, de Saint-Jacques et de Saint-Jean, et, en l’annce 800, le dage Orscolo Participatio fit dessécher les marécages qui couvraient une partie du terrain. On entoura de galeries couvertes une place carrée qui s'étend devant l’église de Saint-Jean : les parois furent couvertes de peintures représentant la bataille de Canale Orfano et l’on y dessina une mappemonde. Ces galeries furent reconstru'tes sous le doge Foscari (1423-1457), aux frais de Scipion Bon. Le Riaïto fut détruit par un incendie en 1513, et rebâti en 1520, sous le principat de Léonard Loredan. Les membres de la noblesse vénitienne se réunissaient tous les jours le matin pour converser , dans les galeries longeant le côté droit de la place où se trouvaient des tribunaux et des bureaux d'officiers publics. Les galeries voisines de la pierre du haut de laquelle on lisait les proclamations et les ordonnances, étaient fréquentées par les négociants florentins, génois, milanais, espagnols, allemands et turcs. Sur les deux côtés de la rue, longeant le Rialto, s'ouvraient les boutiques où se vendaient les draps et les étoffes que l’on exportait dans toute l’Europe et dans le Levant. Cette partie portait le nom de « La Draperie ». Les fruitiers et les marchands de comestibles étaient établis
et y trouvoit on pour lors que y estions au temps d'Apvril, des amandes nouvelles etfebves en escosse pour les delices des dames. Nous visitasmes en après l’Arsenal qui est ung lieu si riche qu'il est impossible à homme de l’estimer et de le croire qui ne l’a veu'. Il dure une lieue de tour. Il y a Les plus belles naves du monde (et y en avoit sept vingtz en comptant les gallions), la plus grant habondance de artillerie et harnois de guerre qui soyt au monde, le tout en galerie et chascun à part. Il y avoit bien trois mille personnes besognans au faict de guerre. C’est ung lieu tel que les anciens appeloyent Navale pour garder les navires et galées.
Il y a prés de Rialto une maison nommée el Fontego di Tedeschi, laquelle est aux Alcmans, ordonnee pour faire les faicts de marchandise; et rent de louaige tous les jours aux Veniciens six vingtz ducatz”. Nous
dans le nouveau Rialto, mais à la fin du xivt siècle, ils furent remplacés par les Toscans qui faisaient le commerce des soieries. Les ateliers des orfevres se trouvaient en face de l’église de Saint-Jean. A l’époque où Denis Possot se trouvait à Venise, il y avait au Rialto deux orfèvres célèbres, Vicenzo Leuriero et Luigi Caorlini qui travaillaient pour Îles princes de France, d'Allemagne et d'Angleterre ainsi que pour la cour pontificale. Ils avaient fait, sur l’ordre du grand vizir Ibrahim Pacha, pour le Sultan Suleyman, un heaume en or orné de quatre couronnes incrustées de pierreries, une têtière couverte de pierres précieuses et d’autres objets de haut prix. Sansovino, pages 362-363.
1. L'arsenal de Venise avait été détruit par un incendie en 1509.
2. Le Fondago de’ Tedeschi avait été concédé à la corpora:ion des marchanis allemands établis à Venise qui faisaient le commerce des épices et des marchandises du Levant. Il fut incendié en 1318 et en 1512 et sa reconstruction fut achevée en 1517. Ce Fondago contenait plus de deux cents chambres et magasins et trois nobles Vénitiens, portant le titre de
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vismes encor une fort triumphante eglise qui se nomme Nostre Dame des Miracles : elle est toute de fin marbre fort trrumphamment pavée".
Il y a des Grecz demourans à ladicte Venise qui ont leur eglise à part qui s'appelle Sainct Blaise ; et ont prestres qui sont mariez, et chantent en grec.
Il y a des Juifz pareïillement qui ont leur lieu à part enclos d’eau au meillieu de Venise, et s'appelle ledict lieu Guetto*. La font yceulx Juifz leur mar-
Visdomini y étaient établis pour percevoir les droits dont étaient frappées les diverses marchandises, Cf. Thomas. Capilolure dei Visdomini del fontego dei Tedeschi in Venelia. Capitular des Deutschen Hauses in Vencdig, zum ersten mal bekannt gegeben durch D* Georg Martin, Berlin, 1874. D° H. Simonsfeld. Der Fondaco dei Tedeschi in Venedig u:d die deutsch-t'enetianis:hen Handelsbeziehungen. BandI. Urkunden von 1225-1653. Band II. Geschichiliches. Stuttgart, 1887, 2 vol. in-8°.
1. L'église de Notre-Dame d's Miracles est située dans le Sssticre di Canaregio ; sa construction, commencée en 1481, fut achevée en 1489. Elle fut élevéc sur l'emplacement de la Corte nuova qui appartenait à la famille des Bembo et à celle des Quirini pour recevoir une image miracuicuse de la Vierge, qui était suspendue à un chapiteau d'une colonne de la porte de la Corte nuova, en face de la maison des Amadi de Santa Marina. Une somme de trente mille ducats, provenant de dons et d'aumônes, permit de commencer la construction de l'éplise qui fut ornée 4 l'intérieur et 4 l’extérieur des marbres les plus précieux. Le couvent élevé sur l'emplacement d'une cour appartenant à la famille Barozzi était occupé par cinquante religieuses de l’ordre de Saint-François.
2. Les Juifs s’établirent d’abord dans la partie de Venise appelée Spina lunga dont le nom fut changé, à cause de leur séjour, en celui de Giudecca, En 1349, il leur fut interdit de demeurer dans la ville pendant plus de quinze jours, de se livrer à l’usure et il leur fut enjoint de porter sur la poitrine un morceau de drap jaune de la dimension d’un pain rond. On leur ordonna, en 1416, d’habiter un quartier séparé pour ne point être mêlé aux chrétiens et d’avoir pour coiffure une toque jaune. On leur
chandise de usure et fripperie, et tiennent leur sinagogue à part; et les cognoist on aux bonnetz qu’ilz portent, jaulnes de couleur d'orenge. Etse ferme ledict lieu tous les dimenches, et les sabmediz ne font jamais riens lesditz Juifz.
Il y a des marchans Turcs, et les cognoist on par ce qu’ilz ne portent point de bonnetz, mais ilz ont sur leur teste un linge blanc entortillé. Il y a des Crestiens semblablement renyez et les cognoist on parce qu’ilz ont ung bonnet rouge de drap à coqueluchon et des deux costez coupez en bouleau pendant. Il y a prou d'hommes et femmes Mores. Il y a des Cordeliers qui manyent argent.
Il y a une belle horloge au bout de la place Sainct Marc vers la ville, à l’entrée de la rue Merciere que ilz appellent Mercerie, au dessus de laquelle horloge deux hommes de fonte touchent l’un après l’autre les heures jusques à xxnr1'.
défendit aussi, sous les peines les plus sévères, de rester hors de leur quartier pendant plus de vingt-quatre heures. On leur assigna pour résidence l’ilot de San Hieronimo. Leur quartier, appelé Ghetto, avait deux portes que l’on fermait tous les soirs et dont les clefs étaient confiées à des gardiens particuliers. Au milieu de ce quartier se trouvait une place entourée de maisons et un édifice surveillé par un fonctionnaire public dont le devoir était d'examiner toutes les reconnaissances de prêt, de s’assurer de leur validité et de vérifier si l’on n’avait point abusé les gens tombés dans le besoin et les femmes.
Les Juifs fixés à Venise étaient fort riches ; ils y jouissaient d’une sécurité qu’ils n'avaient point dans les autres villes d'Italie.
1. La tour de l'horloge, à l'entrée de la Merceria, fut construite en 1496,
par Pietro Lombardo. Le mécanisme de l'horloge est dû aux deux frères Gianpaolo et Giancarlo da Reggio.
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Le mardy xvi d’Apvnil, se fit une fort belle procession à Sainct Marc où estoient plusieurs couventz et eglises et toute la seigneurie de Venise. Le duc y estoit semblablement vestu de damas rouge figuré, ayant ung bonnet de satin rouge faict en coqueluchon, fort riche, ayant ung hault comme le derriere d’une mittre; toutesfois cela est rond. Et est ledict duc nommé André Gryty, fort beau personnaige tout vieil, à grant barbe blanche’. Au costé dextre d’icelluy estoit l’'embassadeur de l'Empereur’. Au costé senestre estoyt Monsieur l’embassadeur de France”. Au dessoubz, au premier renc, l’embassadeur du roy d'Angleterre‘; au costé dextre, l’embassadeur. du duc de Millan’, à senestre, l’embassadeur du duc de Ferrare. Et devant et après, infinis gentilshommes vestus de velours rouge et escarlate. Il y avoit force trompettes d’or et d’argent, force cornetz, lutz,
1. Andrea Gritti, élu doge le 20 mai 1523, mourut le 28 décembie 1538, à l'âge de quatre-vingt-quatre ans.
2. Don Rodrigo Niño fut le représentant de l'Empereur auprès de la République de Venise depuis la fin de l’année 1530 jusqu’au mois d'octobre 1532. 11 fut remplacé par Don Lopez de Soria.
3. Lazare de Baïf (1496-1547) remplit les fonctions d’ambassadeur de François Ier pendant les années 1532 et 1533. Lazare de Baïf est le père du poète Jean-Antoine de Baïf : il fut, en 1540, accrédité par François I°r auprès de Ja diète de Haguenau.
4. Giovanni Battista de Casale, protonotaire apostolique, représenta Henri VIII de 1527 à 1533.
s. L'agent du duc de Milan à Venise était Messer Benedetto da Corte. Ik demeura en fonctions pendant les années 1531 et 1532, et pendant le premier mois de l’année 1533.