‹ Le voyage de la Terre Sainte composéChapitre 25 sur 65 · N. de Proeperi de Ferrare · texte numérisé non relu

N. de Proeperi de Ferrare

harpes, violes, rebectz et aultres instrumens musicaulx jouans en leglise parmy les chantres et par les rues si melodieusement que à merveilles. Après la procession, fut remené le duc en son logis près

du palays en pareil triumphe, assistans lesdictz embassadeurs.

Il y a à Venise septante deux eglises parochialles qui paient deux millions d’or à la Seigneurie et majesté.

Le mercredy xvir d’Apvril, je chantay à Sainct Zacharie qui est une religion de nonnains, nobles filles de Venise, fort belle eglise'. Près d’icelle et soubz ung mesme toyt est le lieu et chappelle desdictes religieuses où sont plusieurs reliquaires qui s’ensuyvent.

1. L'église de Saint-Zacharie fut construite en 827, par le doge Giustiniano Participatio. L'empereur Léon IV envoya de Constantinople des sommes considérables et d’habiles artistes qui furent chargés de la construction et de la décoration de cette église. En reconnaissance de ces bienfaits, le doge fit sculpter les aigles impériales sur les chapiteaux des colonnes. Cette ancienne église menaçant ruine, on entreprit, sous le principat du doge Foscari, d'en élever, à côté d'elle, une autre qui ne fut terminée qu'après un long intervalle. L’abbesse et les religieuses du couvent de Saint-Zacharie firent présent en 855, au doge Pierre Tradonico du corno ducale où bonnet ducal qui était en or et entouré de vingt-huit grosses perles : au sommet, se trouvait un diamant à huit facettes et sur le devant brillait un gros rubis. La croix était formée par vingt-quatre émeraudes ct d’autres pierres précieuses. Pour conserver le souvenir de ce présent, le corno ducale était tous les ans tiré du trésor de Saint-Marc, porté à Saint- Zacharie et montré par le doge à l’abbesse et aux religieuses.

Le nombre des reliquaires qui sont en leglise Sainct Zacharie à Venise.

En l’eglise de Sainct Zacharie se repose et est premierement le corps de monsieur sainct Zacharie, pere de monsieur sainct Jehan Baptiste. Aussy est le corps de monsieur sainct Gregoire qui fut là translaté de Constantinople. Item, là est le corps de sainct Theodore confesseur. En ladicte eglise est le corps de monsieur sainct Pancras martir, ensepulturé en ung marbre.

Item, au millieu de ladicte eglise est le corps de madame saincte Sabine martire, en une arche de marbre bien large et longue. Item, de l’autre costé de ladicte eglise est le corps de monsieur sainct Thareste des parties de Romme, lequel estoit hermite. Item, d’un aultre costé est le corps de sainct Lireze martir. Item, ung corps des Innocens. Item, aussy y a ung reliquaire du sang de Nostre Seigneur. Item, la teste de sainct Etienne, pape et martir. Aussy les reliques de sainct Leon pape, le corps de sainct Achilles martir, le corps de sainct Pierre evesque, de sainct Alexandre, la teste de sainct Claude martir, le corps de sainct Barese!.

1. Au rapport de Sansovino, le plus grand nombre des reliques conservées dans l’église de Saint-Zacharie furent envoyées de Constantinople par l'empereur Léon IV et de Rome par le pape Benoit III. Tous les pèlerins qui ont donné, au xv° et au xvi° siècle, la relation de leurs voyage ont énuméré les reliques conservées dans l’église de Saint-Zacharie.

Le jeudy dix-huytiesme d’Apvril, passasmes par leglise Saincte Marine’. Et allasmes à la messe à S. Jehan et Paule eglise de Jacopins*, la plus belle d’exaulcement et magnificence en mode françoyse que ayons veu à Venise, toutesfois non pareille en richesse à Sainct Marc. Au devant d'icelle eglise est une belle grant place comme ung parvis, au millieu duquel y a une columne de marbre blanc carré et sur icelle ung puissant cheval et ung homme dessus tout armé et tout doré d’or, nommé Barthelemy Coyon qui fut Bergomois, capitaine de la seigneurie, fort chevaleureux et vaillant. Dedans icelle eglise y

1. L'église de Sainte-Marine était placée autrefois sous le vocable des SS. Alexis et Liberal. Elle fut dédiée à sainte Marine lorsque, pendant le principat de Jacques Tiepolo (1229-1249), Jean de Bora eut enlevé le corps de cette sainte d'un monastère des environs de Constantinople et l’eut placé dans l'église des SS. Alexis et Liberal. La chapelle consacrée à ce saint était l'objet d’une dévotion particulière. Sansovino, Venezia ; page 40. Comte P. Riant, Exuviue sacrae, tome II, page 264.

2. L'église de Saint-Jean et de Saint-Paul (Zuan et Paolo) est située à peu près au centre de la ville : l’ilot sur lequel elle s'élève fut concédé en 1234, par le doge Jacques Tiepolo, aux Dominicains qui y oûtirent d’abord un oratoire dédié à saint Daniel. Ils construisirent ensuite, dans le style gothique, la superbe église où se trouvent les tombeaux des personnages les plus illustres de Venise. Sansovino a inséré dans la notice consacrée à cette église les épitaphes gravées sur les tombeaux. Venezia, pages 56 et suiv. |

3. Barthelemy Coglione ou Coleone, né à Bergame, en 1400, mort en 1475 au château de Malpaga, fut commandant en chef des armées de la République. Cette statue est l’œuvre du Florentin Andrea Verrocchio et le piédestal fut sculpté par Leopardo. On lit sur sa face antérieure : Bartolomeo Coleano Bergomensi ob militare imperium optime gestum; et sur la face postérieure : Joan. Mauro et Marino Vererio curaloribus. Ann. Sal. M. CCCC XCV. Le compatriote de Coleone, Pierre Spino, a écrit sa vie sous

VOYAIGE DE HIERUSALEM 8s

a deux semblables hommes, l’un au costé dextre de la nef nommé Leonardo Lauredano, l’autre Joanne Visino*.

Le sabmedy xx d’Apvril allasmes à Morant*, faulxbourg ou petite ville près de Venise à ung demi mille et est tresbeau lieu où on faict les plus beaux voirres du monde. Il y a une eglise de Sainct Christofle * et une de Sainct Michel, les deux entre Venise et Mo-

le titre de : Hisloria della vita et fatti dell eccellentissimo capilano di enerra Bartolomeo Coglione scritta per M. Pictro Spino. Venise, 1569.

1, Leonard Loredan élu doge en 1501, mourut en 1521, à l’âge de quatre-vingt-dix ans. La seconde statue dont parle Possot est cclle de de Nicolas Orsini, comte de Petigliano et de Nola qui, après avoir servi plusieurs princes d’Italie, commanda pendant quinze ans avec succès les armées de Venise. Il mourut en 1509 à l’âge de soixante-huit ans, après avoir défendu Padoue contre l’empereur Maximilien.

2. Murano est bâti sur six ilots séparés par de nombreux canaux que que l'on traverse sur neuf ponts. La population de Murano se composait au Xvi° siècle de pêcheurs et d'ouvriers employés dans les verreries. Murano avait le droit de faire frapper tous les ans à la Monnaie de Venise, une pièce d’or appelée Oscela sur l’avers de laquelle étaient gravées les armoiries du doge régnant et celles du podestat et du camerlingue de la ville et sur le revers étaient représentés un coq et un serpent. L'église cathédrale fondée en 980, par l’empereur Otlion à son retour du siège de Bari, fut dédiée à saint Donat, évèque de Négrepont, lorsque le doge Dominique eut rapporté d'Orient le corps de ce saint et l’eut placé dans cette église. On y conservait un manuscrit des Évangiles écrit, disait-on, par saint Marc. Il fut placé, en 1420, par le doge Moncenigo dans la chapelle ducale de Saint-Marc.

3. L'église de Saint-Christophe-de-la-Paix fut construite avec les secours de la Seigneurie sur un ilot qui fut concédé à un frère Simon de l’ordre des Ermites, en récompense des services rendus par lui à la République lors de la conclusion de la paix avec le duc de Milan, François Sforza. On remarquait dans cette église deux étendards donnés au frère Simon par ce prince.

4. L'église de Saint-Michel : on ÿ remarque une chapelle séparée de

rant. Sainct Pierre le martir, eglise et couvent de l'ordre Sainct Dominique où il y a ung puis duquel on tire l’eau à contrepoys'. Il y a d’aultres eglises que avons veues non pas que y soyons entrez, c’est Sainct Estienne, Sainct Donast, Sainct Michel, Sainct Bernard, Sainct Mathias, Sainct Cipprian, Sainct Salvador, Sainct Jacques, Sainct Martin, Sainct Ange, Sainct André, Sainct Maffe, Sainct Jehan Baptiste, Sainct Fantin, et infinies aultres.

Dimanche xxr d’Apvril, allasmes à Sainct George lez Venise distant d’une stade, fort belle abbaye et vault bien xxx mille ducatz*. Les moynes sont de

l'église et ornée des marbres les plus précieux et bâtie aux frais d’une dame de la famille des Miani : Saint-Michel était possédée par les Camaldules,

1. L'église de Saint-Pierre, martyr à Murano, renferme d’admirables tableaux de G. Bellino.

2. L'ile sur laquelle s'élèvent l’église et l’abbaye de Saint-Georges-le- Majeur (San Giorgio Masgiore), dépendait dans l'origine de l’église de Saint-Marc. En 982, le doge Tribuno Memmo concéda l'ile et l'église qui s’y trouvait à Jean Morosini qui y fit construire un couvent dans lequel il plaça des moines de l’ordre de Saint-Benoit. En 1205, le fils du doge Pierre Ziani fut attaqué et cruellement mordu par les chiens du monastère. Dans sa colère, il donna l'ordre d'y mettre le feu et plusieurs moines périrent dans l'incendie. Sur les représentations du souverain Pontife, le doge fit reconstruire le couvent et l’église auxquels il accorda de nouvelles faveurs. Ces bâtiments furent renversés par un tremblement de terre en 1229. L'église, telle qu'elle existe aujourd’hui, a été reconstruite sur les plans d'Andrea Palladio. On y vénère les reliques de Saint-Étienne, premier martyr, celles de Saint-Paul martyrisé sous le règne de Constantin Copronyme, apportées en 1222 par l'abbé Paul qui les avait enlevées au couvent de Panteposti avec l'autorisation de Marino Storlato, podestat de Constantinople. On y conservait aussi les corps de Saint-Cosme et de Saint-Damien. Cf. Sur les reliques de l’abbaye de Saint-Georges, le récit du moine de Saint-Georges dans les Exuviae Sacrae, tome, pages 141-149.

l’ordre Sainct Benoist et est vis à vis de la place Sainct Marc, à laquelle abbaye souvent logeoient les ambassadeurs de Venise, mais maintenant la Seigneurie leur a rabaissé l’estat.

Le lundy xxir d’Apvril, nous changeasmes quatre cens escus soleil en l’hostel de Pandoulfe Bienaymé marchant natif de Paris, et eusmes seullement trois cens cinquante cinq ducatz d'or et veniciens de secque' et quarante marquez, pour ce que de là jusques en Hierusalem, on ne prent monnoye ne or sinon que icelluy du coing de Venise; mais l'or estranger, on le prent au poix et la monnoye non. Et portasmes de l’or et de la monnoye de Venise de secque jusques oultre la Terre Saincte. Cedict jour, receusmes lettres de credit et recommandations de la Majesté venitienne escriptes en parchemin soubz le seel de plomb pendant en corde de chanvre, en faveur de tresreverend pere en Dieu monsieur Menauld de Mathery, evesque de Conferans, escripvant pour nous à tresillustre et magnificque seigneur le gouverneur de Chipre, Caroldo secretaire de la Majesté, lequel nous fist expedier icelles lettres addressans aux personnaiges dont la superscription est cy dessoubz : Nobihibus et sapientissimis viris Marco Anibonio Trivisano locumtenenti et Stephano Sempulo, provisari generali et vice capitaneo Famoguste et consilhiario

1. La Zecca, corruption du mot arabe Sikkah, était le nom de l'hôtel des Monnaies de Venise,

Cipri. C'est-à-dire, à tresnobles et discrettes personnes Marc Anthoine Trevisan lieutenant' et Estienne Sempulo proviseur general et vice capitaine de Famaguste et conseiller de Cipre. Lesdictes lettres signées dessus le dos par le chancellier et au seel estoyt imprimé : Andreas Grih, Dei graha, dux Venefiarunr.

De la magnificence de l'eolise Sainct Marc et des pompes et richesses de la seigneurie et des triumphes du duc.

À Venise y a jusques au nombre de vi xx eglises dont y en a soixante et douze parrochiales; les autres sont religions de mendians et aultres de divers habitz, les ungs vestus de pers, les aultres de gris, les aultres blancs, noirs et de diverses sortes; entre lesquelles eglises y a Sainct Pierre la cathedralle et patriarchalle*, Sainct Marc l’église de la Seigneurie qui est la plus richement paincte que

1. Marc’ Antonio Trevisan, fils de Dominique Trevisan qu'il accompagna en Égypte en 1512, fut successivement lieutenant de la Seigneurie à Chypre, duc à Candie, conseiller, Savio grande, chef du Conseil des Dix et procurateur de Saint-Marc. Il fut élu doge en 1553, et il mourut subitement en 1555, épuisé, dit-on, par les jeünes.

2. L'église de Saint-Pierre, construite dans le style byzantin, fut fondée par suite d’une révélation de saint Magnus. Elle fut achevée en 841, après huit ans de travaux, par l’évêque Orso Participatio. Elle fut placée sous le vocable de saint Pierre en souvenir de l'église cathédrale d'Héraclée qui fut dans l'origine habitée par les Vénètes. Saint-Pierre devint l’église patriarchale de Venise, lorsque le bienheureux Laurent Giustiniani fut créé premier patriarche de Venise au xv® siècle.

eglise qui soit au monde. La paincture d’icelle est assise sur petites pierres et verrieres de la grandeur du quart de l’ongle du petit doit, boullues en or et azur et aultres couleurs fort riches, et de ces petites pierres sont faictes les voultes et costez de l’eglise, tous par personnaiges du Vieil et Nouveau Testament et, en chascun personnaige, y a des lettres escriptes sur la devise desditz personnaiges et sont toutes les lettres faictes de ces petites pierres et le pavé est faict de petites pierres de marbre de toutes couleurs et figures, de manieres de bestes et oyseaulx et aultres figures qui sont belles à merveille.

En ladicte eglise, en une chapelle du costé du palais, au dessus des fons baptismaulx, assez près de la porte pour aller devant les deux pilliers où on faict execution du duc quand il a offensé, est la pierre où Nostre Seigneur se assist quant il dist à la Samaritaine : Mulier, da mihi bibere. Et sert ladicte pierre d’autel, fort grande et large assez pour faire deux autelz.

Au dessoubz de la porte dudict costé, en une chapelle où est l’ymaige de Nostre Dame tenant son filz en son giron, est Sainct Pierre à main gaulche et Sainct Jehan tout à dextre, tous en fonte: et ung grand prelat couché sur une tumbe de pareïlle matiere est du costé gaulche'; près luy une ymaige de

1. Cette statue de bronze est celle du cardinal Jean-Baptiste Zeno. Ce prélat était le fils de Jean Zeno, procurateur de Saint-Marc et le neveu du pape Paul II. Il fut successivement protonotaire apostolique, chanoine et

Nostre Dame faicte de la pierre de laquelle Moyse fist sortir eaue au desert pour faire boyre les enfantz d'Israel.

En ladicte eglise y a ung autel estant à main gaulche; en entrant par le grand portail, y a une ymaige de Nostre Seigneur en croix qui a rendu le sang etfut donnée par Monsieur Loys, roy de France, et fut par luy apportée de Constantinoble.

La veille et le jour Sainct Marc, l’eglise estoit fort richement parée et le grant autel estoit chargé de choses inestimables telles qui s'ensuyvent : Il y avoit l’ymaige Sainct Marc de haulteur de deux piedz de long, tout d’or : ung calice d’or de pareille haulteur et large à l’advenant : douze couronnes toutes d’or, douze pectoralz, tous d’or, la barette du duc, toute d’or, six grans croix d’or, six chandeliers dont y en avoit à chascun costé un grant, tout d’or, de trois piedz de hault. Après à chascun costé, deux autres de cristalin, deux gros encensiers d’argent pendans devant l'autel, gros à merveille. Deux licornes, l’une blanche, l’aultre soubz couleur rouge et plusieurs aultres infiniz vaisseaulx servans à archiprêtre de Saint-Pierre de Rome, abbé de Saint-Zénon de Vérone et évêque de Vicence. Il fut créé cardinal en 1468, au titre de Sainte-Marie in Porticu. Alexandre VI l’obligea à se retirer à Padoue où il mourut en 15017, à l’âge de soixante-trois ans. Son corps fut transporté à Venise et inhumé dans l’église de Saint-Marc où le Sénat lui fit élever le tombeau et la statue dont parle Denis Possot. Il avait légué à la république une somme de deux cent mille ducats à la condition que, tous les ans, il serait

célébré un service solennel auquel assisteraient le doge, le sénat et les ambassadeurs étrangers.

l’eglise, le tout chargé de pierres de inestimable valeur, force escarboucles, rubiz, dyamans, esmerauldes, et toutes pierres precieuses.

Il y avoit, au millieu de l’eglise, ung lampier où y avait huyt vingtz et quatorze lampes et en plusieurs aultres lieux de ladicte eglise, tant que en nombre, y avoit quatre cens quatorze lampes ardentes. Toute l'eglise estoit parée de tapiz, de drap d'or et d’argent, de velours et aultres soyes. Le duc estoit vestu d’une robbe de drap d’or et fut admené à grant quantité de trompetes, lutz, clairons, harpes, flustes et toutes manieres de instrumens et chantres, les ungs parmy les aultres, chantans par melodie. Devant luy, on portoit huyt grans estendars de soye dorez et figurez d'or. Ung gentilhomme portoit sa chaire d’or devant luy; ung aultre portoit ung carreau couvert de drap d’or qui furent posez au millieu du cueur de Sainct Marc. Et s’assist le duc en la chaire et le carreau au dessus; toutesfois ne s'y arresta, mais s’assist depuis en une aultre chaire à dextre du renc des chanoynes sur ung tapiz fort riche, et à ses piedz son filz jeune de vis ou 1x ans. Auprés de luy estoit l'embassadeur de l'Empereur, subsequemment l’embassadeur de France, d’Engleterre, du Pape, de Hongrie, de Millan et de Ferrare, tous en grant pompe qui furent tous encensez plusieurs foys. Il y avoit ung aultre gentilhomme qui portoit une potence dorée en façon de croce soubz ung beau ciel rond tout de drap d’or frangé, et couvert tout

de petites pailles d’or pendant par dessus et autour. Après le duc, marchoïent les six vingtz conseillers de la ville, tous vestuz richement, les ungs de drap d’or, de velours, de soye et d’écarlate fourrés de letices et aultres fourrures à l'advenant, le tout si richement en bel ordre, que on ne sçauroit comprendre que ne l’auroit veu. Il y avoit auprès du duc ung gentilhomme portant une espée eslevée ayant le fourreau d'argent. Pareille conduite fut faicte au retour en merveilleux ordre. Là vindrent processions en nombre inextimable : les cierges, croix, relicquaires, cielz tressumptueux qui tous passerent par devant le cueur, assistant le duc. Il y avoit par estimation ausdictes processions ung mille de personnes, tous vestuz de blanc en habit de religion, combien qu’ilz ne fussent pas religieux, mais seulement confreres de plusieurs confraries, tous ayans torches et flambeaux allumez'. En chascune procession y avoit flustes, rebectz, harpes et aultres instrumentz. En après, vismes environ xx personnes dont les ungz tenoient grandz platz d’or, les aultres d'argent, plains de cierges pour offrir en ladicte eglise. Comme tout estoit sumptueusement acoutré, toutesfois, il y avoit force basteleurs en la place,

I. Laprocession du doge, formant huit grandes planches, a été publiée 4 Venise vers le milieu du xvi° siècle par Matteo Pagan sous le titre de : La brocessione delle doge nella domenica delle Palme. Venezia, Matteo Pagan, in Frezzeria, al segno della Fede.

Cet ouvrage dont on ne connaît que trois exemplaires de l’édition originale à été reproduit en fac simile, en 1880, par les soins de M. Ongania.

tenans couleuvres et aultres bestes, bastellans pendant que ladicte procession passoit en l’eglise, durant lequel temps je vy deux Turcs debout regardans un prestre montrant le corps de Jesuchrist et faisans semblant de rien.

Les joyaulx et tresor de Sainct Marc que nous vismes avec Monsieur le duc de Ferrare le sabmedy xx° de May sont en telle forme et nombre qui s’'ensuyt.

Douze couronnes royalles quasi d’une forme et valeur. La couronne du duc ornée de pierres precieuses et mesmement de deux esmerauldes dont est icelle couronne estimée à cent mille ducatz. Douze ornements pectoraulx royaulx d’or, ornez de pierres precieuses. Sept hanapz de pierre de cassydoine convenables et propres à boyre contre lesquelz y en a ung d’esmeraulde, l’aultre de turquoyse qui sont de prix inestimable. Ung vaisseau de pierre de cassydoine à la forme d’ung vaisseau 4 porter l’eaue beniste. Sept escarboucles. Ung amatiste auquel est l’ymaige de Jesuchrist tout aorné de pierres precieuses et le nom de Jesuchrist escript en lettres de dyamant excellement mises et posées. Deux licornes de grand longueur. Six gros flacons d'argent et plusieurs aultres vaisseaux de valeur inestimable".

1. Letrésor d: Saint-Marc était visité par tous les pèlerins de Terre Sainte qui venaient s’embarquer à Venise, La Motraye a donné le dessin

De l'estat de l'eghise des Grecz à Venise.

Le xxvu d’Apvril, allasmes à Sainct Blaise qui est l’eglise des Grecz' prés de Sainct Jehan et Paule et est ladicte eglise petite et basse et ne y a qu'ung autel au chevet de l’eglise auquel nul n’entre que le prestre qui est marié, et y entre par une grande porte au devant et par ung huys à costé dextre. Il y fut allumé x ou xn1 lampes d’ung lampier lequel contenoit trente lampes, hors l'autel qui estoit clos et n'y avoit point d’eaue beniste en ladicte eglise. L'ymaige du crucifix y estoit en paincture, car aultres ymaiges sinon painctures n’y en a en ladicte eglise. À costé gaulche estoit l’ymaige Sainct Georges : deux petites cloches au pignon de devant et deux croix en la place. Les hommes qui assisterent à vespres, en entrant faisoient chascun tout debout troys inclinations de teste et se seignoïient du signe de la croix depuis le chef jusques aux piedz, sans

du vase de chalcédoine mentionné par Possot ainsi que de la coupe en verre opaque, de couleur bleue turquoise offerte en 1472, au doge Nicolo Tron par le sultan Ouzoun Hassan. Ce dernier objet a été reproduit par dom Montfaucon dans son Jer Italicum et par M. Berchet dans son ouvrage qui porte le titre de : La Republica di Venezia e la Persia, Turin, 1865, page 8. Cf. aussi le Trésor de l'église de Suint-Muarc à Venise, par Julien Durand. Paris, 1862, et Il tesoro di S. Marco. Venise, Ongania, 1885.

1. L'église de Saint-Blaise (San Biagiw), fondée en l’anné 1052, fut affectée au culte grec oriental par un décret du Conseil des Dix rendu en 1470 : elle s'élève en face de l'ile San Servolo, à l'endroit où le canal de San Domenico se jette dans le grand canal.

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s'agenouller, et de là prenoïent place et furent tous debout le long des vespres qui furent chantées en grec. Lesdictz hommes faisoient bonne reverence et monstroient signe de devotion. Et ne parloient l’ung à l’aultre en-façon du monde, mesmes ne proferoient mot, mais oyoient les vespres. Les femmes estoient au dessoubz de l’eglise en petit nombre.

Du corps de Saincte Lucie et de la ceremonie des Grecx.

Le vingthuitiesme jour d’Apvril, nous allasmes au couvent de Saincte Lucie où sont religieuses grises, Où illec, après messe celebrée, vismes le corps de ladicte Saincte Lucie en une chapelle à main dextre, tout entier, le visaige et piedz descouvers et y a ung treillis d'argent au devant’.

Ce faict, retournasmes a l’eglise grecque où vismes toutes les ceremonies que ilz tiennent, entre lesquelles la maniere de monstrer le corps de Nostre Seigneur est de sortir hors l’autel et venir à la nef et

1. L'église où repose le corps de sainte Lucie fut achevée en 1192 : elle fut dédiée à l'Annonciation et elle fut désignée sous le vocable de sainte Lucie lorsque les reliques de cette sainte furent apportées à Venise. Le corps de sainte Lucie avait été transporté de Sicile à Constantinople par les ordres des empereurs Basile et Constantin. Henri Dandolo le fit porter à Venise et il fut placé dans l’église de Saint-Georges le Majeur jusqu’à ce que l'église de l’Annonciation eut été agrandie et disposée pour recevoir le corps de la sainte. Sansovino, Venezia, etc., page r41. Comte P. Riant. Exuviae sacrae, tome II, page 263. F. Felicis Fabri Evagatorium, tome Il, page 429.

ce DENIS POSSOT

avec plusieurs parolles et inclinations l’adorer. Toutesfois, il est couvert soubz ung lenge et ne le voit on que ainsi comme le prestre le descouvre un peu. Et après la messe ouye, tous viennent devant le crucifix, en bon ordre recepvoir du pain benist que le prestre prend en un plat et leur baille à la bouche. Après, baisent ses deux doigtz du millieu de la main. Et sitost que le prestre a baillé ledict pain aux hommes, il descend plus bas pour le bailler aux femmes.

Le lundy xxix d’Apvril, fusmes au temple Sainct Geminian, petite eglise'. Ce dict jour allasmes à Sainct Jehan et Paule, fort belle eglise et couvent de Jacopins, dont avons parlé par cy devant où y a verieres painctes, ce que n'avions veu encor en aultres eglises de Venise.

Cedict jour xxix d’Apvril, après soupper, nous prismes nostre chemin sur mer environ huyt heures pour aller à Padoue, auquel chemin, de nuict, pas-

1. L'église de San Geminiano était l’une des plus anciennes de Venise ; elle fut fondée ainsi que celle de Saint-Théodore par Narsès qui avait fait vœu d'élever ces deux sanctuaires s’il était vainqueur des Goths. Il fit construire San Geminiano sur la place de Saint-Marc, traversée à cette époque par un canal qui débouchant dans le grand canal fut comblé vers le milieu du xu° siècle par le doge Vitale Michele ou par son successeur, Sébastien Ziani. L'église fut alors démolie et reportée plus loin. Son état de délabrement exigea, au commencement du xvie siècle, une réparation totale qui fut achevée en 1505, sous le principat de Leonardo Loredan. Cette église de petites dimensions fut reconstruite en 1556, sur les plans de Sansovino. Elle était bâtie en pierres de l’Istrie et incrustée à l'intérieur et à l'extérieur de marbres précieux.

sasmes par ung petit pont de bois et une taverne au droit, nommée la Chafousine' auquel lieu les navires sont transposées et subtillement montées par certains engins et traineaux à force de cordes, de la mer en l’eau doulce, en allant, et pareillement aussi en ung petit lieu appellé Estra* où le fleuve de Brente se assemble avec ung aultre fleuve. Et le dernier jour d’Apvril, environ sept heures, entrasmes en la ville de Padoue et logeasmes à l’Estoille.

1. La Chafousine est la corruption de Lizza Fusina, nom d'un petit village situé sur le bord de la lagune à neuf kilomètres de Venise. On y avait établi, dès la fin du xr1' siècle, un hospice destiné à loger les pèlerins qui se rendaient en Terre Sainte.

« Ainsi navigeant cinq milles de mer, dit Villamont, parvinsmes au traquet de Lizafousina qui est à l’embouchure de la mer et de la riviere de Brente, lequel traquet ressemble à une tres grande chaussée qui scpare la mer d'avec la riviere, toutefois le lieu par où l’on monte les barques est composé de bois sur lequel ‘par certains engins qu'un cheval fait tourner, les barques sont enlevées en un moment de la mer en la riviere. La raison pourquoy ce traquet a esté basti ça esté pour conserver et empescher la mixtion de l’eau douce avec la salée, parce que de Lafosina on la porte par bateaux jusques à Venise. » Voyages, page 709. On peut consulter aussi sur cette localité le Voyage de Montaigne, Rome (Paris), 1774, page 91,et la note placée par M. Rawdon Brown à la suite de l’Jfinerario di Marin Sanuto per la terraferma Veneziana nell’ anno M.CCCC.LXXXIII. Padoue, 1847, pages viri-X.

Le nom de cette localité est écrit Le Saphosine dans le voyage de M. de Salignac écrit par Bordier. « Le samedi 9e, le sieur ambassadeur arriva à Le Saphosine auquel lieu il trouva monsieur du Fresne Canaye pour lors ambassadeur du Roy à Venise qui vint le recevoir en ce lieu avec tous les complimens de part et d'autre qui furent requis. » Ambassade en Turquie de Jean de Gontaut Biron, baron de Salignac, publiée par le comte Théodore de Gontaut Biron. Paris, 1888, page 5.

2. Stra est une bourgade située près de la rive droite de la Brenta, non loin de l'endroit où s'ouvre le canal de Pierego.

Padoue est ville ancienne d'Italie ainsi qu'il est escript és portes d’icelle, laquelle fut construicte par ung Troyen compaignon de Eneas nommé Anthenor mil cent et xvirs ans devant l'Incarnation et advenement de Nostre Seigneur; munye et defendue lan mil cinq cens et xvnr des Venetiens estans en nombre xxv mille au camp Italique'. Et est située sur le fleuve de Brente appelé en latin Medoacus. Là est le corps et la grande eglise Sainct Anthoine confesseur de la religion des Freres mineurs, en laquelle eglise sont pareillement les corps de Sainct Luc evangeliste et Sainct Mathieu apostre et evangeliste, les reliques desquelz sont honnorées en ladicte eglise. L’eglise Sainct Anthoine est pavée de marbre rouge et blanc carré, et est couverte ladicte eglise de plomb et y a quatre lanternes faictes en maniere de croix de quatre piedz de long et deux de large*. En icelle y a en une voulte, près de

1. La date de 1518 est erronée ; il faut lire 1509. Il s’agit dans ce passage du siège que l'empereur Maximilien vint mettre devant Padoue, le 15 septembre 1509, à la tête d’une armée de cent mille hommes ayant cent six pièces de canon. La ville fut défendue par Orsini, comte de Petigliano et par le provéditeur Andrea Gritti qui avaient pu réunir vingt-cinq mille hommes. L'empereur dut se retirer après scize jours d'attaques inutiles.

2, « Quant aux eglises qui y sont, la plus belle est celle qu’on appelle maintenant Saint-Anthoine de Padoue, le corps duquel repose en la dite eglise sous un autel qui est eslevé au milieu d’une tres-grande et tres-riche chapelle, faite toute de marbre par le dedans et enrichie d’histoires relevées à personnes de marbre blanc qui representent tous les miracles que Saint Anthoine de Padouc a faicts en son vivant, et qui est chose somptueuse et tres-bclle à voir et qui a cousté beaucoup à eslever. Peu distant de la chappelle, et joignant le chœur de l’église, est la vrave effigie de saint

l'autel, une pierre grosse laquelle apparoit leans enchassée, sur laquelle on dit que sainct Anthoine reposoit et de laquelle il faisoit son chevet la nuict. Ï] y a encore, en icelle eglise, ung chandelier de cuyvre faict de petites histoires et subtillement taillées, au pied duquel sont plusieurs ymaiges et portraictures faictes de marbre en carré'.

Devant le portail d’icelle eglise y a une grande pierre de marbre blanc sur laquelle est assise une statue d'homme sur ung cheval tenant un baston en son poing, sous les piedz duquel est escrit : Opus Donatelli fio. Et dit on que c’est l'effigie d’ung des feaulx capitaines de la Seigneurie lequel s'appeloit Gatemalada, auquel pour ses prouesses et vaillantises, ladicte Seigneurie fist eslever telle statue*. Le palais

Anthoine depeinte en un pilier, sous laquelle effigie se voit escrit comme il mourut en l’aage de trente six ans, l’an mil deux cent trente et un, et comme il fut canonisé l'an ensuivant, par le pape Gregoire IX, puis porté en ladite cglise, qui auparavant estoit dedite à la glorieuse Vierge Marie, et mis dans le superbe sepulchre qui est en ladite chappelle. 11 ÿ a aussi plusieurs autres belles choses que je laisseray, pour dire que le dehors et la couverture de l'eglise est l'une des plus rares que j'aye veuë pour ce qu'elle est compose de sept grands domes et trois tours ou manieres de clochers tous couverts de plomb. » Villamont, Voyages, pages 715-714.

La construction de l'église de Saint-Antoine de Padoue commencée en 1232 fut achevée dans le courant du xive siècle. Le cloître du Paradis, où Se trouvaient les tombeaux des religieux, avait été occupé par eux dès 1229. Le cloitre général fut construit par Christophe Balzano ct le noviciat fut achevé en 1480, La chapelle du saint fat commencée en 1500, sur les plans de Briosco, sous la direction de Giovanni Mincelo, puis sous celle de Sansovino. L'église est surmontée de six coupoles couvertes en plomb.

1. Le grand candélabre en bronze mentionné par Denis Possot est dû à Briosco qui consacra à ce chef-d'œuvre huit années de travail.

2. Erasmo de Narni, dit Gattamelata, capitaine-général des armées de

est couvert de plomb, là où il y a une haulte salle qui a cent et 1x pas de long, et de large xxx, sans columpnes de bois, mais seullement y a des barres et liens de fer; et est bien paincte de diverses painctures et faictes de plusieurs liens à l’anticque mode. En iceluy palays, au dehors, est la statue et effigie de Titelive*, et celle d’ung enchanteur qui a escript plusieurs livres nommé Petrus de Abano*. Et le

la république de Venise, mourut en 1443. Sa statue, œuvre de Donatello, fut érigée en 1453, sur la place del Santo.

1. Ce palais est le palazzo della Ragione dont la construction commencée en 1183, fut achevée en 1219. La toiture dont parle Denis Possot, était l’œuvre d’un moine de l'ordre de Saint-Aueustin, appelé Frà Giovanni degli Eremitani. Elle fut incendiée et reconstruite en 1420, et en cette année, on plaça dans le Salone, ou grande salle du palais, le buste de Tite- Live et ceux de Pietro de Abano, du prédicateur Albertus et du jurisconsulte Julius Paulus.

2. «A l’un des bouts de la salle est le sepulchre du grand historien Tite Live, la renommée duquel est espanduë par tout l'univers, lequel sepulchre est enfermé dans le pignon de la muraille avec sa representation et ses epitaphes qui disent :

Ossa tuunique caput cives tibi, maxime Livi, Prompte animo hic omnes composuere tui.

Tu famam æternam Romæ patriæque dedisti Huic oriens illi fortia facta canens :

At tibi dat patria hxc, et si majora liceret, Hoc totus stares aureus ipse loco.

« Titus Livius quarto imperii Tiberii Cæsaris anno vita excessit. Ætatis vero suæ LXVI.» Et au dehors du pignon est pareillement son effigie sous laquelle ces mots sont écrits : « Ossa Titi Livii Patavini unius omnium mortalium judicio dignus, cujus propre invicto calamo, invicti populi Romani res gestæ conscriberentur. » Villamont, Voyages, 715-716.

3. Pietro de Abano naquit dans le village du Padouan dont il porte le non), en 1250, et il mourut à Padoue en 1316. Il professa la médecine et se livra à l'étude de l'astrologie. Il fit tracer sur les murs du Salone quatre cents figures cabalistiques qui, détériorées par un incendie, furent repeintes par Giotto. Les ouvrages de médecine et de philosophie de Pietro de

sepulchre de Anthenor est en une aultre place de la ville, dessus lequel sont escriptz et entaillez sur du marbre rouge quatre vers latins, dont je pense que soit abusion de y croire*.

Cedict jour, à quatre heures aprés midi, nous montasmes en barque pour retourner à Venise par le fleuve de Pioge et fusmes arrestez jusques au port d'Estra où s’assemble le fleuve de Brenta qui vient des Allemaignes avec ung aultre jusques au port de la Chafousine, auquel on tire du fleuve les basteaulx et les porte on en la mer et aussi les barques, par instrumens subtilz de dessus terre et delaisse on le fleuve qui descend en la grand mer vers Malemocque à main dextre. On pourroit demander pourquoy c’est qu'on ne couppe la terre pour passer lesdictz basteaulx sans avoir tant de peine à les monter à instrumens pour les mettre en la mer. La response est que ledict fleuve est tousjours troublé, et en peu de temps, pourroit remplir la mer de sa terre qu'il porte avec soy et faire regorger jusques à ung pont prés de Padoue à deux milles, qui est maintenant appelé le pont des Grecz et est faict de pierre, pour

Abano ont été, pour la plupart, imprimés dans le dernier quart du xve siècle.

1. L'inscription dont parle Denis Possot est gravée sur un sarcophage que l'on prétend être celui d’Antenor qui se trouve à l’entrée de l’église de Saint-Laurent. Elle se compose des vers suivants :

Inclitus Antenor patriam vox visa quietem Transtulit, hunc Henetum Dardanidumque frigas

Expalit Eugancos, Patavini condidit urbem, Quem tenet hic hbumili marmore cæsa domus.

ce que les navires des Grecz y venoient pat granht habundance. Or, ainsi retournasmes à Venise et allasmes loger au Lyon blanc.

May.

Le mercredy 1‘ jout de May, aprés la messe dicte en l’eglise Sainct Geminian, nous allasmes en l’eglise Sainct Jacques et Saïnct Philippe derriere le palais!. Le nu° jour, partismes de Venise et allasmes en barque, passans par la mer jusques à l’eglise de Saincte Helene de l’ordre du mont Olivet* où repose le corps de la glorieuse royne Saincte Helene native de Constantinoble, à un autel à maïn dextre : aussi y a trois espines de la couronne de Nostre Seigneur apportée pat Constantin empereur et frere Aynauld* de l’ordre des Mendians dés l'an mil cc.xnr; et sur l'autel nous dismes la messe. Nous visimes

1. L'église de Saint-Philippe et de Saint-Jacques, fondée au x° siècle, s’élevait derrière le palais ducal sur la riv: gauche du canal sur lequel est jeté le pont des Soupirs. Elle était annexée à ut couvent de Bénédictins qui fut remplacé par un séminaire dont ün recteut nommé par le doge avait la surveillance. Cette église, aujourd’hui supprimée, a été convertie en habitations particulières.

2. Un riche florentin, Alexandre Barromeo, fit construire en 1420, dans l'ile de Sainte-Hélène une église dans le style gothique et un vaste couvent qui fut occupé par les religieux du mont Olivet. Le corps de sainte Hélène, rapporté de Constantinople en 1128, fut déposé d’abord dans l’église de’ Servi, puis en 1208, dans celle de” Carmini et enfin dans celle qui lui fut dédiée.

3. Au lieu de Aynauld il faut lire Aycard. « Octavo ducis anno, Aycardus regularis canonicus Venetus; de Constantinopoli corpus sancte

trois corps entiers d’une femme et de deux filles qui, puis L ans, moururent |à. Après disner, allasmes en l’eglise de sainct Julian martir', où se repose le corps de saïnct Florian martir, au premier autel, au cueur à main gaulche, translaté des parties de Grece. En l’aultre costé du cueur, à main droicte, repose le corps de Sainct Theodore martir, au premier autel, translaté des parties de Constantinoble. En l’eglise du Sainct Sepulchre à Venise’, en l'autel du mont du Calvaire est une partie de la vraye Croix et une portion de la columpne saincte, enclavée en la table de l'autel, en laquelle est escript et engravé ce qui s’ensuit. Hic Domini est vere crucis pars atque columne. C’est

Helene ex monasterio suo nomine dedicato subtiliter abstulit quod Venetias translatum in suo recondidit monasterio ». Andrea Dandolo, Chronicon Venetum, dans les Exuviae sacrae, tome II, page 262.

1. L'église de Saint-Julien située dans la Merceria, près la place Saint-Marc, avait été fondée par la famille des Balbi. Elle fut reconstruite en 1554, sur les plans de Jacques Sansovino. On y conservait les corps de saint Florian martyr et de saint Paul ermite, qui furent apportés de Constantinople en 1240, par Jacques Lanzuolo qui les avait obtenus de l’abbé et des moines du couvent de Sainte-Marie Perilepti. Le corps de saint Théodore martyr, enlevé à l’église de Sainte-Sophie, lors de la prise de Mesembria par Jacques Dauro, fut d’abord déposé à Constantinople dans l’église de Saint-Nicolas (1257). Il fut transporté, dix ans plus tard, à Venise par Marco Dauro, cousin de Jacques Dauro et placé dans l’église du Saint-Sauveur. C!t° P. Riant, Exuviae sacrae, tome I, pages 157-158.

2. Cette église renferme la reproduction exacte du tombeau de Jésus- Christ dans l’église de la Résurrection À Jérusalem. L’autel dont parle Denis Possot est plaqué des marbres les plus rares et soutenu par quatre colonnes de marbres précieux. Sur la corniche au-dessus de l’autel on lit ces mots : Hic intus est corpus Jesu Christi. La maison habitée par Pétrarque pendant son séjour à Venise, en qualité d’ambassadeur Milan, est contiguë à cette église.

à dire : Icy sont aucunes parties de la vraye Croix et coulumpne de Nostre Seigneur. Et au devant de l'autel est escript dans ung treilliz.

Surrexit vita Christus de morte triumphans.

Exurgat Dominotam pia turba comes.

Conscia vulneribus Domini hic crux atque columne

Portio et ipse parens rerum. Prostatus adora.

C'est à dire en françoys : Jesuchrist est retourné en vie triumphant de la mort; ainsi puisse resusciter en Dieu ceste devote compaignie qui le suit, etc.

Le v° de May, fut receu, environ quatre heures après midy, honorablement par la Majesté de Venise le duc d’Urbin‘au pont de Rialto en grand honneur et sumptueusement; et l’amena le duc de Venise accompaigné de ses gentilshommes Veniciens en triumphe par la main senestre, dessus le pont nouvellement faict, lequel estoit painct d’ymaiges dorées; et estoit le duc de Venise devant que de descendre sur terre, dans une navire de sapin à la premiere partie de laquelle estoit l’ymaige de Justice en forme de femme, les yeulx cloz, tenant les balances et l’espée nue. De l’aultre part, estoit ung lyon signifiant Sainct Marc, et la navire toute couverte de satin rouge par dessus et dorée par dedans et au dessus avoit plusieurs beaulx estandars; au dessoubz, force naves tirant par mésure. Et estoit leans le duc avec toute sa Seigneurie.

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