François-Marie della Rovere, mort en
Le mardy vu‘ de May, après avoir esté aux champs, nous remismes en barque, remontasmes oultre Trim le hault' en allant parmy la mer, delaissasmes à main gaulche Sainct Second * et vinsmes au villaige ou petit bourg de Mestre et allasmes jusques à Tarvise là où nous logeasmes.
Tarvise est une belle cité et grande, en laquelle y a force fleuves et beaucoup de moulins et fonteines *. Ladicte ville est à deux journées près des
1. Ce nom est absolument défiguré. Il s’agit dans ce passage du couvent de Sainte-Catherine qui s'élevait sur la rive du Canale regio, non loin de l'ile de San-Secondo. Ce couvent était habité par cent six religieuses de l’ordre de Saint-Augustin. On y conservait un bras de saint Alexis rapporté de l’île de Stalimène en 1279, par Marc Minatto.
2. L'île de San-Secondo est située non loin de la pointe de l'embouchure du Canaiero (Canale regio) : elle est de forme carrée et a environ deux cents pas de circonférence. En 1034, la famille Baffo y construisit une petite église dédiée à saint Erasme et un couvent de Béntdictines qui fut richement doté par le doge Vitali Faliero. L'église fut placée sous le vocable de saint Sccondo en 1237, lorsque le corps de ce saint y fut déposé. Il avait été enlevé d’Asti après la prise et le pillage de cette ville par le fils du doge Jacques Tiepolo. Le corps de saint Secondo fut placé sous l'autel qui se trouve au côté gauche de léglise. Les Bénédictins abandonnèrent le couvent de San-Secondo en 1531, pour se retirer dans celui de Saint- Cosme. Jsolario, pages 51-52.
3. Trévise (Tarvisium), demeurée, en 1509, fidèle aux Vénitiens, fut fortifiée par Frà Giocondo, après que l’on eut rasé les faubourgs de Saint-Zenon, de Santa-Maria Maggiore et de Saint-Thomas. La cathédrale de Trévise fut bâtie en 1141, sur l'emplacement d’une petite chapelle élevée par saint Prosdocenius après la mort de saint Pierre,
On peut consulter sur l’histoire de Trévise : Bonifacio Giovanni, Historia Trivigiana. Trévise, 1540; Collectio historicorum de Marchia Tarvisina. Venise, 1636, et Giovanni Verci, Storia della marca Trivigiana, Venise, 1789. On trouve une vue de Trévise avec l'indication des principaux monuments de la ville dans le Theatrum urbium italicarum de P. Bertello de Padoue.
Venise, 1599, page 55.
Allemaignes et y votit souvent les Allemans. Il y a une porte appellée la porte Sainét Thomas qui conduit à Lidescon.
Lidescon est une cité ornée et munyÿe de murailles, portes et tours ainsi comme Padoue ou Ferrare, enclose tout autour d’eaue'. Et de Venise jusques à Tarvise y a xvi milles.
Le mercredy vin dudict moys, retournasmes par mer jusques au port de Malemocque et passasmes par Mestre. Mestre est une petite cité munye de tours par laquelle nous passaismes en nous en revenant de Trevise, laquelle est à cinq milles de Lidescon et toutes deux sont aux Veniciens et en jouissent. |
Le jeudy d’après, jout de l’Ascension Nostre Seigneur, fut faicte une procession pour benir la mer et fut gecté dedans ladicte mer un anneau d’or vaillant cent escus pour gaige, ainsi que l’on nous fist acroire; mais je ne croy pas que on l'y laisse, ne aussi qu'il soyt de tant de valeur. Toutesfoys le
1, Je crois qué Denis Possot désigne sous le nom de Lidescone l'ancien port de Lido. La langue de terre qui le formait était entourée de fortifications qui tureñt rasées et remplacées par le fort de Saint-André, construit par San-Micheli. On remarquait au Lido l’église de Saint-Nicolet, construite en 1244 et la petite église de Sainte-Catherine,
2. Mestre (Mestrina, Mestracum) est un gros boutg situé à trois kilomètres au nord-ouest de la lagune de Venise, Mestre était défendu par un château ct de nombreuses tours dont il ne subsiste plus que deux, celle du beffroi et celle de l’horloge, Mestre appartint successivement aux Trévisans, aux cortites de Goritz et aux Scaliger, Les Vénitiens s’en rendirent maîtres au milieu du xiv® siècle.
bruit en est; il le croira qui vouldra. Cedict jour, il y avoit force marchandises estalées parmy la place Sainct Marc en grant appareil de draps d’ot, d'argent, de pierres precieuses et de vaisseaulx de voirre inestirmables, Et à accoustumé de durer ceste foire huict jours, toutesfois, elle ne est pas franche.
L'entrée de la mer en sortant de Venise.
Le mardy xrtu° de May, nous partismes de Venise, passans par Sainct Nicolas où nous prismes de l’eau doulce. Nous estions en la compaignie de scientifique docteur frere Jehan Gachi, gatdien de Beaulne maistre Gerard, confesseur du roy de Hongrie et son compaignon, noble homme Henry de Chapot de Moustier en Tarentaise, ung religieux nommé frere Anthoine, et Jehan Legros, marchant de Paris.
Nous passasmes par le port de Venise que l’on appelle les deux chasteaulx, et approchasmes de nostre navire de laquelle estoit le patron un nommé Paule Blanc. Il y avoit cent gensdarmes pietons, lesquelz noble homme Gabriel Cornard' capitaine d'iceulx menoit en Cipre. Là, estoit pareillement noble et magnificque personne Estienne Stempulo*, gouverneur de Cipre avec sa femme, ses enfans, en
1. On ne trouve dans le Cumpidoglio Veneto aucun renseignement relatif À Gabriele Cornaro : il était le fils de Girolamo Cornaro. Il naquit en 1504 et il mourut en Chypre en 1534.