‹ Le voyage de la Terre Sainte composéChapitre 27 sur 65 · Le nom d’Estienne Stampulo décèle une origine grecque · texte numérisé non relu

Le nom d’Estienne Stampulo décèle une origine grecque

nombre xLi personnes. Là, estoit aussy le comte Angelus', gouverneur de Gentes en Barbarie, avec sa famille en nombre xxv personnes. Et estions de compte faict, en nombre trois centz personnes tant hommes, femmes que petitz enfans au bers et aultres. La navire estoit bonne et tres grande, et avoit six voiles à quatre estaiges, et estions munys de plusieurs bastons de guerre en grande quantité, avec sept grandes pieces d'artillerie et troys brigandines.

Le xvi° de May, environ troys heures après midy, les mariniers donnerent le vent aux voilles, et commenceasmes à aller petit à petit jusques à la nuict, et voyons encore un peu les clochers de Venise; et au soir, perdismes de toutes partz la terre. Le xvir, le vent nous fut contraire et nous vismes à main gaulche les montaignes d'Histrie, car le temps estoit paisible, et faisoit clarté de soleil et assez chauld. Nous ne voyons point la terre en aulcuns lieux fors les montaignes predictes, lesquelles estoient toutes couvertes de neiges, et lesdictes montaignes s’appellent Ludeston.

La description d'Istrie.

Histrie est une region distante de & milles de Venise : et est dicte Histrie du nom de Histro le grand Europe lequel les mariniers de Ferrare noyerent,

1. Angelo Barbarigo, provéditeur de Zante de 1532 à 1534, était le fils

de Marco Barbarigo qui fut doge de Venise en 1488. Il avait épousé, en 1520, une fille d’'Ottaviano Valier.

duquel Boece fut enchassé longtemps". Il y a force olives, vignes et grenades en ceste province, en Îlaquelle aussy a une ville appellee Rumyneuras ou aultrement dicte Cita nova’, forte de murailles; et y a une eglise cathedralle où est le corps madame saincte Euphemie. En ceste cité et en toute la province d’Istrie, ainsi qu’on nous dit, la plus grand part de femmes clochent dés leur nativité, et dit on que cela vient de lignée, tellement qu’ilz ne marient pas les hoiteux avecles boiteuses pour eviter le peril*.Vers Orient, en la mer, trouvasmes une montaigne fort haulte en laquelle on tire les pierres de marbre au meillieu de la mer, en ung habitacle auquel y a des hommes deputez des Veniciens*, et d’iceulx reçoip-

1. Quelques mots illisibles dans le manuscrit ont été omis et ont rendu cette phrase inintelligible, Il faut lui substituer celle-ci qui se lit dans la relation de Jehan Gachi : « La region d’Histrie de laquelle est asçavoir qu’elle est nommée Histrie, selon aulcuns, pour le grant fleuve nommé Hister qui irrigue celle region. Ce fleuve est le plus grant qu'on trouve en toutes les contrées de Europe, et sur ce fleuve le philosophe Boece dcmeura en exil. Aulcuns disent que ce pays est nommé Histric pour Hister, fils de Noé, lequel premierement habita ceste terre. »

2. Œmonia, el non point Rumyneuras, aujourd’hui Città nova, est située sur une langue de terre à l'embouchure du Quieto et fait partie de la commune de Buje dans l’Istrie, Città nova a été construite avec les débris des monuments de l’ancienne ville d'Œmonia. Elle se donna, en 1170, à la seigneurie de Venise qui la fit gouverner par un podestat.

3. J. Spon fait la même remarque à propos de Rovigno. « Le vin y est . bon, dit-il, et je crois que c’est la raison pour laquelle on y voit quantité de boîteux parce que le vin violent est le père et le nourricier de la goutte et de la sciatique. » Voyages d'Italie, de Dalmatie, etc. Amsterdam, 1679, page 61.

4. Cette montagne qui s'élève dans la mer en face d’Orsera porte le nzm de Secclx marmi. Les Vénitiens tiraient les pierres destinées aux édi-

vent gaiges; et desdictes pierres on faict les edifices à Venise. Il y a ung monastere de Sainct Françoys au devant de la montaigne vers Orient, enclos de la mer, et y a Jeans plusieurs puys creux où il y a eaue doulce, et y a des reliquaires en ce lieu. Il y a force arbres et herbes de grande doulceur, et y en a le gect d’une arbaleste de large et deux de long; lesdictz religieux sont fort devotz à servir Dieu. Là, on prend des poissons de grandeur merveilleuse.

Parentina ou Parence‘, cité sur mer dedans une isle distante de Venise cent milles; il y a beaucoup

fices de Venise des carrières d’Orsera; elles étaient désignées sous le nom de pielra orsera.

j. Parenzo (Parentium) se donna à la république de Venise en 1267. On remarque dans cette ville la basilique construite par Euphrasius, son premier évêque, en 524, sous le règne de Théodoric, Félix Faber rapporte comme Denis Possot, la fable relative à la présence de Paris À Parenzo avant et après le rapt d'Hélène : « Parentia, dit-il, très ancienne ville de la Dalmatie et de l’Istrie, portait autrefois à cause du Troyen Paris, le nom de Paradina. En effet, lorsque Paris se préparait à enlever Hélène, il équipa toute sa flotte dans ce port et il y revint avec Hélène lorsqu'il l’eut ravie à son époux, Pour accomplir un vœuy qu'il avait formé, il fonda le port et la ville à laquelle il donna son nom, Elle porte aujourd'hui le nom de Parenzo. C'est une petite ville assez bien fortifiée, située dans une position excellente, car elle est protégée eontre la violence des flots soulevés par les tempêtes par une ceinture de récifs et de rochers, Elle est environnée par des collines d'une extrême fertilité et par des forêts d’oliviers…., On y voit une église épiscopale desservie par des chanoines et des prêtres et dans laquelle on conserve un grand nombre de reliques et de corps de saints, Les saints martyrs Demetrius et Julien reposent sous le grand autel. Sous un autre autel, avant le chœur, se trouvent les corps des saintes vierges sainte Berthe et sainte Acolyte. Cette église possédait aussi ceux des martyrs saint Maur et saint Eleuthère, mais ils furent enlevés par les Génois et transportés à Gênes... Il y a dans cette ville un petit couvent de Frères mineurs. » F, Fclicis Fabri Evagalorinm, etc., tome III, page 382.

de religions lesquelles je visitay, en l’une desquelles repose le corps de saincte Berte. En une aultre, sont les corps de monsieur sainct Demetrie et sainct Julien. Item, en une aultre est le corps sainct Maur et sainct Eleuthere transportez de ce lieu par les Genevoys. Ceste cité est assise en ung lieu doulx et paisible, jouxte la terre de laquelle y aung passaige pour entrer et aller en Hongrie et Jerusalem'. Elle est dicte Parentine pource que Paris assembla en ce lieu plusieurs navires quant il voulut ravir la belle Helaine, et en son retour, luy en donna le nom; mais les Italiens l’appellent Parentine pource qu’elle obeit à Venise. Il y a près de ladicte cité plusieurs petites chappelles entre lesquelles y a une de Nostre Dame où se font plusieurs miracles, et fut faicte en une nuict par les anges comme on nous dit.

Rovignon port et chasteau où nous prismes de l’eaue doulce*. I] y a encore ung aultre chasteau prés de Pole.

Pole cité royalle et noble’, laquelle un empereur

1. I] faut, sans aucun doute, au lieu de Jérusalem lire Esclavonie.

2. Rovigno (Ruvinglum, Rubinum), située sur une langue de terre ou presqu'isle, est entièrement habitée par des mariniers dant plusieurs sont pilotes de profession... Le terrain voisin est très fertile en excellentes vignes et en oliviers. La ville n’est pas très grande, mais elle paraît peuplée et c'est un evesché, Wheler, Voyage de Dalmatie, de Grèce et du Levant. Amsterdam, 1689, tome Ier, page

3. Pola (Pola, Pietas Julia, Colouia Julia, Pollntia, Herculanea) fut avec son territoire érigée en marquisat et possédée par les familles d'Eppenstein, de Sponheim er d'Andechs. Pala passa, en 1331, sous la domination de Venise. Elle fut, en 1354 et en 1379, mise à feu et 4 sang par les Génois.

de Rome fist edifier avec ung beau chasteau, lequel est en ruyne. Îl y apparoist encores une pierre de marbre estroicte où estoit la sepulture dudict empereur. Le temps passé, c'estoit le commencement de Grece. Là, vismes le palais de Rouland!.

Vendredy xvn° de May, environ sept heures du soir, les voilles furent abaissées, et les anchres de la navire gectées en la mer à deux miliares près de la rive entre Parentine et Pole; et furent expediées deux barques à querir de l’eaue au chasteau de Rovignon, qui furent de retour le jour de samedy xvirit ensuyvant. Et après, de rechef, retournerent querir des pierres pour la defense de la navire et du boys à chaufer; ils y allerent et revinrent au soir.

Le sabmedy xviri° de May, la mer estoit troublée et fluctueuse; plusieurs furent malades, et dura jusques à midy.

Ledict jour, environ huyt heures du soir, nous tendismes les voilles en passant la cité de Pole et de Histrie le chef, selon le rivaige de Histrie, et eusmes bon vent.

Elle reconnut, en 1412, l’autorité de Sigismond de Hongrie et elle fut, en 1506, occupée par l’empereur Maximilien.

1. On donnait le nom d’Orlandino ou palais de Roland à l’amphithéätre; situé hors de la ville du côté du nord. « Il est, dit Wheler, à peu près de la grandeur ceux de de Rome et de Vérone, bâti à la Toscane et on croit que les degrez en éioient de bois ». Voyage de Dalmatie, de Grèce et du Levant. Amsterdam, 1689, tome I, page 9. Les principaux monuments anciens de Pola, figurent dans l'ouvrage de J. de Lavallée, intitulée : Voyage historique el pittoresque de l'Istrie et de la Dalmalie, rédigé d’après l’ilinéraire de Cassas, Paris, an X, 1802.

Le xix° de May, le jour de Penthecouste, environ vi heures, venerable docteur frere Jehan Gachi, gardien de Beaulne, chanta la saincte messe. Nous perdismes terre du tout, et après midy, environ trois heures, nous vismes la terre à main dextre.

Le lundy xx° de May, nous mismes l’anchre, car 1l ne faisoit point de vent. Et ledict jour, fut chanté messe par ung cordelier de Hongrie.

Le mercredy xxr1, vismes la region de Dalmacie à main gaulche et les isles pierreuses estans en icelle region; et illec, près Dalmacie, vismes une cité nommée Zaram' distant de Venise de ccc milles. Il fault noter qu’il y eut aucune difficulté entre les mariniers touchant les regions de Dalmacie et Sclavonie auprès d'Istrie, pource qu’elles sont contiguës l’une à autre: et estoit la difficulté à sçavoir laquelle c’estoit qui estoit destruicte; et toutes deux sont assizes prés le rivaige de la mer. En ce païs, auprès de Dalmacie, y a une cité nommée Zare où 1l y a plusieurs isles et montaignes qui sont dictes Petronisse* lesquelles sont petites, plaines de montaignes autour

1. Zara (ladera), était considérée comme le boulevard de la Dalmatie. Le corps de saint Siméon est conservé dans l'église qui lui est dédiée, Zara, vendue aux Vénitiens par Ladislas, roi de Naples et de Hongrie, en 1409, leur fut enlevée, en 1499, par Bayezid Il. Les Vénitiens la reconquirent peu après. On peut consulter, pour l’histoire de Zara : Joannes Lucius : De reyno Dalmatiæ et Croatiæ libri sex. Amsterdam, 1666, pages 152 et suivantes.

2. Les principales des îles Petronizze, ou pierreuses, dont parle Denis Possot, sont celles de Silve, Luito, Melada, Ugliano, Pasman, Vergada, l’Isola Caronata et les Tre Sorelle.

de la mer, et nous fut dit qu’on faisoit moissons.

Le vendredy xxrr° de May, nous avions bon vent et passasmes l’isle appellte Lisse' au païs de Sclavonie ; et là on prent des sardins qui sont poissons qu'on menge cruz, car si on les cuisoit en eaue, ilz seroient tous resolus et deviendroïent à nyent. Depuis Venise jusques à Lisse y a nr. c. milles.

Le sabmedy vingt cinquiesme jour de May, nous eusmes bon vent. En allant, nous vismes à main gaulche l’isle de Sainct André en la mer, en laquelle sont aucuns hermites demourans*. À main dextre, nous vismes la Pouigle de loing. Nous allasmes auprés d'une vallée et gouffre dedans la mer à main gaulche environ cinq heures du soir qu’on appelle Pelligouze* auquel promontoire sainct Gregoire demoura treize ou quatorze ans. En ceste mesme heure, à main dextre, nous vismes de loing le mont de

1, Lissa (Jssa, Vis des Slav:s), est la plus importante des îles de la Dalmatie. L'ancienne capitale de l’ile fut détruite par les Goths de Vitigès lors de leur expédition contre Salone. La ville de Lissa s'élève à l'extrémité nord-est de l'ile. On exporte encore aujourd'hui de Lissa une grande quantiti de sardines et de poisson salé.

2. L'ile San-Andrea est située à environ douze milles de Lissa; elle a deux milles de Jongueur de l’est à l’ouest ct environ trois quarts de mille de largeur. Dans la partie nord-est s'élève le mont San-Andrea couvert de bois et au sommet duquel était bâti un fort.

3. Les Pelagosa sont deux petites iles incultes et inhabitées situées au milieu de l’Adriatique au sud de l’ile de Lissa. Dans la partie nord-est de la grande Pelagosa se trouve une petite anse qui peut recevoir des bâtiments d'un très faible tonnage. En 1298, les Génois livrèrent aux Vénitiens, à Pelagosa, une bataille dans laquelle ceux-ci perdirent soixante-six galères. L’amiral Andrea Dandolo fut fait prisonnier avec sept mille des siens.

Gargan', le chasteau Sainct Ange’, et la cité de Macedoine*, Barlete‘ et aultres.

Le dimenche xxviI jous, feste de Tate estoit tempeste et plusieurs furent malades entre lesquels estoit le cousin Jehan de Beauni. Nous ne voyons point de terre; par toute la nuict, furent foudres et tonnoirres.

Le Jundy vingt septiesme jour, nous ne vismes point la terre et estoit le vent contraire. Au soir nous vismes Ja cité de Barry”, Monopole* et aultres petites cités à main dextre.

1. Le massif des montagnes du Gargano s’avance dans la mer sur une longueur de trente-six kilomètres. Le monte Calvo en est le point culminant. Une chapelle construite en 492, et dédiée à saint Michel attire un grand nombre de pèlerins.

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