Au lieu d’Adriatique, il faut lire Carpathique
bestes en icelle isle. On y treuve bien des moutons sauvaiges ayans le poil comme ung cerf, et courent parmy les champs comme bestes sauvaiges. En ceste isle, se treuvent plusieurs bestes venimeuses comme viperes, serpens, couleuvres, lesardes, scorpions, basilicz et aultres telles bestes lesquelles sont Îlà en grande abondance. I] y a une maniere de pomes qu'on appelle des pomes de paradis d’une merveilleuse figure. Il y a pareillement des arbres desquelz les feuilles sont de 1111 paulmes de largeur, et de longueur semblables à la stature humaine. Il y a dedans les pomes que portent iceulx arbres force grains et pepins en nombre plus de c qui sont longz et grans comme le doit. Lesdictz arbres ne durent que trois ans, et de leur racine en reviennent des autres.
En Cipre, l’eau des fontaines est de telle sorte que combien que l’homme en boyve tant qu’il luy plaist, jamais ne luy fait mal. Il y a seullement plusieurs fleuves lesquelz arrousent l’isle dessus dicte!.
Le païs est fort pestilencieulx especialement au temps d’esté pour la grande chaleur qui y est et aussi pour l’intemperance de l’aer. Les habitans ont certaines petites maisons couvertes de terre ésquelles ilz mectent leur blé et habitent de jour en esté, mais de nuict, ilz mectent leurs litz aux courtz et jardins affin d’eulx refrigerer; lesquelz litz et tentes
1. Les principales rivières de Chypre prennent leur source dans le mont Triodos, ce sont : le Caris, le Curis, le Diariso, le Neflatis et le Xeros. Bustron, Jsola di Cipro, pages 28-20.
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laissent tousjours penduz aux branches et rameaulx des arbres, car ilz n’ont point peur des larrons pourtant que la loy y est bien gardée et y dort on à seur. ]l y a une aultre raison pour quoyilz font leurs maisons basses et quasi rez terre, pour ce que souvent la terre y tremble, et s’ilz faisoient grans edifices, 11z cherroient le plus souvent et tresbucheroïent. En ceste isle, y a force sucre et cannelle, force soye que les vers font, force moriers, arbres desquelz lesdictz vers sont nourriz; pareillement aussy y a grant habundance de sel blanc. Il y a ung port auprés de l’isle de Cipre lequel est en ruine et l'appelle on le port du Lazare auprès duquel a ung villaige appellé Larnacha! et yceluy est respandu
1. Trois milles plus oultre (de Chite) vers l’Orient se trouve le bourg ou village de Larnach où arrivent toutes les marchandises qui viennent de dehors et où les marchands se fournissent des marchandises de l’isle. Ce lieu s'appelle la pointe des Salines, qui rend ceste plage tant commode qu'ii semble à la voir d’un port; tellement que pour et la multitude des marchands et pour les richesses qu'on tiroit de ce sol, le Sénat envoyoit, de deux ans en deux ans, un noble capitaine vénitien pour y administrer justice; et vouloient donner un autre bourg à Pierre Sinçliticque qui estoit seigneur de cestuy-cy et faire de çe bourg une ville-franche, la fortifñier & y bastir un chasteau en mer. Mais, entre tant de felicitez, elle avoit une incommodité, sçavoir est qu’elle n’a point d'eaux douces, mais toutes salées. En ceste mer et À ce port arrivent toutes sortes de navires, soient petites, soient grandes et de divers pays. F. Estienne de Lusignan, Descriplion de doute lisle de Cypre, Paris, 1580, {° 23.
« Cition era dov'é hora il casal Larnaca delle Saline; et Larnaca in lingua Jatina vol dir sepoltura. Et in fatto si vedeno in dicto casal molte sepolture bellissime sotto terra in foggia di camere quadre in volto et fodrate di marmori can statue intorno ; et le parte et scalini di lavoro bellissimo. Et fora del çasal, in una valle, in sano dall’une et l’altra banda, molte sepolture per ordine, poste sotto terra di marmorg finissimo. Il porto, al presente, è murito
en la vallée près le rivaige de la mer qui est grant, auquel y a grande habundance de salines contenans presque deux miliaires d’eaue doulce, laquelle eaue apparoist comme englacée et prinse ensemble pour la chaleur du soleil qui la cuit ainsi et faict qu’elle se sent en ceste façon; et icelle eaue rend tant de sel qu'il suffiroit assez pour tout le monde'. On y voit là plus de trente monceaulx de sel aussi gros quasi que des montaignes, laquelle chose aucuns disent aussi que c’est pour miracle du Lazare, lequel une foys, passant par là, et pour la chaleur qu'il faisoit, desirant appaiser la grand soif qu’il avoit, demanda à une femme qui là estoit qu’elle luy donnast une grappe de raisin ou quelque liqueur pour estancher sa soif; laquelle femme luy donna de la terre salée, et pour ce, le lieu et païs est fertile et abondant de sel et moins de vignes.
di modo che apena si puo considerare il loco dov'era; ma vi è una bellissima spiagoia et sicurissima delle saline, dove al presente fanno scala tutte le navi che vengono in Cipro. » Florio Bustron. Jstoria di Cipro, page 17.
1. Une lieuë loin de ceste ville, vers l'Orient, il y a un lac qui a de circuit neuf milles : dans lequel il y a quelques fontaines salées et où descendent les eaux assemblées des pluyes qui tombent en hyver. En temps d’esté, à l’occasion de l'extrême chaleur, ces eaux s’endurcissent et congèlent en sel, lequel est fort beau, plein de saveur et tres-blanc et semble à voir ce lac ainsi converty et transmué en sel qu’il soit tout glacé, mesme qu’en quelques endroits il est plus d’un piel de hault : et se tire avec ferremens en la lune du mois d’aoust. On le met puis après sur le bord de l'estang où on en faict de petites montaignes, desquelles aucunes y sont laissées si longue espace de temps, que souvent elles sont couvertes de terre par les vents: et les pluyes survenantes, il croist plusieurs herbes dessus et à les voir, on les estimeroit estre montaignes naturelles. Ce sel est le premier tresor de Cypre. Description de toute l’isle de Cypre, f° 22-vo.
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Description des villes lesquelles sont en l'isle de Cipre.
Cipre principalement est decorée de quatre citez renommées; la premiere est appelée Nicosia'
1. Nicossie est aussi une ville fort ancienne, située au milicu de la campagne de l'isle, en un tres-bon endroict et bien temperé ayant son eslevation au 34° degré. Elle a grande abondance d'eaux et une terre grasse. Il y avoit plusieurs eglises cathedrales, pour ce qu’elle estoit habitée de diverses nations qui avoient leurs prestres ct evesques, comme les Grecs, Armeniens, Coftes ou circoncis, qui sont devenus chretiens, les Jacobites, Maronites, Nestoriens, Nubiens ou Indiens : mais de deux excellentes pardessus les autres, sçavoir Saincte Sophie des Latins et Crussotheistrie qui signifie autant que Adrocate toute d’or ou précieuse : car mieux ne se pourroit il tourner en nostre langue proprement en sa vraye signification. Celle des Armeniens s'appelle Saincte Croix, celle des Coftes Sainct Anthoine et ainsi des autres. Il y avoit encore l’eglise des Templiers et des chevaliers de Sainct Jean l'Hospitalier, l’eglise du Champ Sainct ou du cinietiere commun, lequel est dedié à mesme fin que à Paris l’eglise des Saincts Innocens, celles de Sainct Dominique, Sainct François, Sainct Augustin, des Carmes, des moines Sainct Benoist, de Sainct Bernard, des Chartreux, des religieux de Sainct Julien qui portent une petite croix d’argent tousiours en la main et sont habillez de bleu : des religieux de Sainct Jacques qui sont de l’ordre de Premonstré et autres eglises latines et grecques... Anciennement, y avoit un temple de Mahomet edifié du temps que les Sarrazins occupérent ceste isle par l’espace de quinze ans, vivant l’empereur Charlemagne. Elle avoit aussi un chasteau au petit marché que les Templiers ont destruit et abbatu, auquel lieu on a edifié l’eglise Saincte Claire appellée Castellioutisse, c'est à dire Chastillonnette. Le roy Jacques premier, de la maison de Lusignan, y fist bastir une citadelle forte et belle en laquelle il avoit enclos le palais royal et le monastere Sainct Dominique pour ce que ceste eglise estoit royale dans laquelle y avoit la chambre du Roy et de la Royne, chacun: à part, desquelles ils entendoient tout le service divin au temps de la Sepmaine Saincte. En ceste eglise estoit le patriarchat de Hierusalem et le patriarche y faisoit sa residence... Csste eglise estoit le sepulchre de plusieurs Roys, Roynes et enfans de Roys, ensemble de grand nombre de princes, barons et aultres gentilshommes. Description de loute Pisle de Cypre, etc., fes 30-32. Cf. Floria Bustron, Istoria di Cipro, pages 25-27.
et est metropolitaine, Famagosta ', Nimesso’,
1. Arsenoë est l’une des quatre villes edifiées par Arsenoë, sœur du premier Ptolomée roy d'Egypte et de Cypre et ceste cy est la tres-renommée et tres-belle ville de Famagoste, laquelle battuë et assaillie de Princes infinis, jamais toutefois n’avoit esté prinse d’assault. Elle est située en la mer orientale et a un petit port fermé de chaisues. Il y en a beaucoup qui l'estiment avoir changé son nom du temps de Cesar-Auguste quand il obtint victoire contre Antoine et Cleopatre royne d'Egypte et de Cypre et pour ceste occasion l'avoit appellée Famagoste, c’est-à-dire renommée ou gloire d’Auguste. Les Grecs luy donnent une autre ctymologie et l’appellent Amagoste qui signifie cachée dans les arenes, pour ce que, toit autour de la ville, il y a grande quantité d’arenes ou sable et disent que les Latins ayant corrompu ce nom l'appellent Famagoste. Elle est à douze lieues de Nicossie qui sont trente-six milles... Or Arsenoë avoit basti ceste ville sur la vive roche laquelle par après fut fortifiée par les Romains et depuis des ducs Grecs. Mais après que Ptolemaiïde fut tombée en la main des Turcs, Henry second, surnommé de Lusignan, roy de Cypre et de Hierusalem, la fortifia et la rendit du tout semblable à Piolemaide en y faisant un ma’ché où tous les estrangers d'Orient arrivoient et faisoient trafic de toute sorte de marchandise. En laquelle mesme il ordonna que ses successeurs après avoir esté coronnez roys de Cypre en Nicossie, recevroient la coronne et seroient proclamés roys de Hierusalem, Ceste ville avoit de tres-larges murs, voire tels que deux chariots pouvoient facilement courir dessus. Joignant iceux, au dedans y avoit encore des hauts remparts ou terrasses tres-larges faictes de terre forte. La moitié des murailles estoit faicte à coups de marteau en la pierre vive dans la closture desquels la ville estoit située ; les fossez et contrefossez estoient aussi tous faicts à force de marteau et, hors d’iceux, y avoit encore une terrasse assez large et forte, tellement qu’on ne voyoit par dehors que les toicts et lieux plus eminents de la ville et encore ne les voyoit on pas trop bien. Elle estoit munie de tours, boullevars et rempars avec un tres- fort ravelin sur la porte qui s’espand à l’isle et deux ponts-leviz. Il y avoit encore une autre porte au milieu du port, en l'embouchure duquel estoit un tres-fort chasteau dont les fossez estoient tous remplis de l’eau de la mer... Elle avoit deux tres-belles eglises cathedrales : l'une, Sainct Nicolus, qui estoit celle des Latins, l’autre, Sainct George, qui estoit l’eglise des Grecs. Description de toute l'isle de Cypre, fos 23-25.
2. Elle est appellée des Grecs, Lemise la neufve et des Latins, Limence ou Nemosie, et a esté bastie ou plustost renouvellée par les roys de Lusi-
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Papho' et plusieurs aultres.
Nicosia metropolitaine est decorée du corps monsieur sainct Jehan de Montfort de la tumbe duquel sort doulce manne*. Paphos estoit anciennement grande cité et saincte laquelle eut nom premierement
gnan, après que la ville d’Amathe fut destruicte, et ornée de beaux cdifices, eglises et monasteres, pour ce que la plage est commode pour les navires et aussi que c’est le lieu le plus proche de la terre afin que avec moins de difficulté, les Chrestiens de Hierusalem peussent estre secourus, çar il n’y a que cent cinquante milles de mer depuis ceste ville jusque à celle de Joppe..…… Davantage que ceste mer est commode pour les navires à laquelle souvent elles viennent. Il y avoit deux eglises cathedrales, l’une des Latins et l'autres des Grecs et quatre ordres de m-ndians avec plusieurs autres eglises tant des Latins comme des Grecs, sçavoir est des moynes, des chevaliers Templiers et Hospitaliers. Eile estoit une des quatre villes episcopales et a esté tousiours pourveue d'evesques excellens et de doctrine et de saincteté.. Ceste ville est la plus saine de toute l’isle et a grande abondance de bonnes eaux non profondes. Pour ceste cause, le Senat de Venise, vouloit, après avoir bien fortifié la ville de Nicossie, fortifier encor ceste-cy. Elie ÿ a receu besucoup d’incommoditez : premierement de l'Empereur Frederic second qui la surprit par fraude et ruse, mais il fut contrainct par force la quitter. Par après, l'an mil quatre cens vingt & cinq, elle fut du tout destruicte et pillée par le Soldan d'Egypte. Description de toute l'isle de Cypre, f° 19-20. ù
1. Paphe-la-Neufve est située au rivage de la mer, vis-à-vis d’Auster, loin de la premiere Paphe vers Orient trois milles... Il y avoit anciennement un port, mais maintenant il est destruict ; et ncantmoins il ne cesse pas d’avoir encore quelque peu de mer commode pour les navires... Il y avoit en mer deux chasteaux tres-forts, les murailles desquels estoient continuellement battües de la mer que les Roys descenduz de Lusignan avoient munys de toutes choses necessaires pour leur defense : mais après que les Venitiens ont esté maistres et seigneurs de l’isie, ils les ont demolis et abbatus. Entre les choses plus notables qui sont en icelle ville, est une image de la glorieuse Vierge Marie et Mere de Dieu qui est miraculeuse, laquelle on estime avoir esté peincte par sainct Luc evangeliste. Description de toute l'isle de Cypre, f* 15-16.
2. Jehan de Mont-fort, françois, comte de Ruchas et mareschal de
Cipre de laquelle toute l’isle a prins le nom, tout ainsi que Candie a esté ville, cité et isle. Aussi est Paphos cité, et le païs de Cipre est appelé pareillement Paphos et toute l’isle est appelée en la saincte Escripture Cethin. Il y souloit avoir une eglise qui estoit des Freres mineurs, laquelle apparoiïst avoir esté anciennement fort grande et y avoit sept entrées; et estoit du temps que monsieur sainct Paul preschoit et estoit son compaignon monsieur sainct Barnabé. Aulcuns disent que les Machabées furent là martirizez.
Il y a en ceste isle grande habundance d'argent et metal et là dit on que fut trouvé l’usaige du metal. De toutes pars, ladicte isle est enclose et environnée de montaignes fort haultes et difficiles à monter'. Et
Cypre duquel le frere, nommé Philippe, estoit gouverneur de la Ptolemaïde en l’an mil deux cers cinquante six, fut pareillement homme de saincte vie et fit plusieurs miracles en sa mort, le corps duquel est demeuré entier sans pourriture. Il fut enterré en l’eglise de Nostre Dame des Champs, où il y avoit des moynes de l'ordre de Sainct Bernard ausquels ont succedé depuis les Cordeliers de lObservance. Ceste eglise pour les grands miracles que ce sainct corps faisoit, changea son nom et fut appellée Saïinct Jehan de Mont-fort, la feste duquel est celcbrée au mois de May. Description de toute l'isle de Cypre, fo 63.
1. Une phrase est, sans aucun doute, omise dans le texte. Denis Possot devait mentionner le mont de la Croix qui s’élève dans la partie méridionale de l’île. « Monti famosi, dit Florio Bustron, & quello della Croce, che per alcuni è chiamato monte Olimpo, nel ‘quale non era lecito alle donne andarvi, nè di vederlo. Hora à una devotissima chiesa, in cima di quel monte, dedicata alla santa Croce. » Jstoria di Cipro, page 30.
Auprès de ce bourg (Tagny) vers le septentrion, il y a une haulte montaigne où les demons et malins esprits se retiroient et faisoient de grands maux aux habitans de l’isle, les contraignans de les adorer. Mais
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y a de Famagouste trente milles, de Nicosie autant, de Salins seize milles. Au couppeau de ladicte montaigne, y a une petite chappelle par devant couverte toute d'argent par ung françoys qui, à ses despens, fit ce faire. Elle à de longueur sept piedz et cinq de large, et dit on que là se font plusieurs miracles. On dit que ceans est la croix de Jesuchrist laquelle se trouva trop estroicte; les aultres disent que c’est une partie de la croix de Nostre Seigneur, les aultres disent que c’est la croix du bon larron: de ce Dieu le scetet du tout en est juge.
Ceste isle avec ses villes anciennement furent du tout destruictes et desmolyes, et le roy de Cipre mis en fuite par ung roy d'Angleterre, pour ce que le roy de Cipre avoit violé la femme dudict roy d’Angleterre en faisant le voyaige de Hierusalem, qui fut cause que, depuis le temps, n’a eu aucun roy particulier, mais a esté tousjours subgecte à aultrui.
Le mardy dix huytiesme de Juing, le jour sainct Marc et sainct Marcellian, environ la nuict, montasmes sur la gripe de monsieur Constantin de Fyo patron avec lequel avions faict pattion de nous conduire et mener treize personnes que estions, du port
saincte Helene mist une partie de ce tres-sainct bois en ce lieu, et incontinent tous les malins esprits s’enfuirent...… Loin de c?ste montaigne quelque douze milles vers l’occident, il y en a une autre en laquelle saincte Helene mist aussi du bois de la Saincte Croix : bien que aucuns veuillent dire que c'estoit de ce bois qui estoit sous les pieds du Sauveur du monde et sur lequel il les reposoit lorsqu'il estoit estendu en l'arbre de la Croix. Description de toute l'isle de Cypre, f° 21 et 22.
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Sainct Lazare jusques en Hierusalem, et generalcment par toute la Terre saincte et Lieux sainctz; au moyen de quoy, estions tenus de luy donner et payer la somme de xLv ducatz d’or Veniciens de secque, assavoir la moytié content et le reste de la somme au retour. Et pour ce faire, y eut obligation passée en la navire de Paul Blanc devant le chancelier de monsieur le proviseur de Cipre et magnificque Estienne Stempulo, auquel patron nous paiasmes la somme de xx ducatz et desquelz il nous donna quictance.
Le jeudy vingtiesme de Juing, au matin, fusmes deliberez de retourner à Larnacha, voyans que le vent nous estoit contraire. Neantmoins, vint un peu de vent propice à l’occasion de quoy les ancres furent levées et les voilles mises au vent, et tout bellement commençasmes à tirer contre Nimesson; mais le bon vent ne dura guieres, car il se retourna incontinent au contraire et fallut de rechef ancrer. Cependant, le patron nous dist qu’il vouloit descendre en terre, et de faict, il descendit avec un certain nombre de ceulx de la nave, et allerent visiter une petite eglise bien belle de Sainct George faicte à la mode gregeoise. Depuis là, nous allasmes à ung mille plus avant et sejournasmes en ung villaige où nous trouvasmes force moutons ayans la queue large comme le ventre. Il y en avoit ung qui avoit quatre grandes cornes, deux droictes et longues et deux aultres entortillées. Il y avoit des chevres des-
quelles les boucz estoient grans et gros comme gros asnes.
Les bonnes mouches sont dedans les maisons dudict villaige, et par dehors les murs des maisons ont de petitz trouz par où elles entrent et sortent, et la cire et le miel sont après par dedans les maisons. Ainsi se faict par tout le royaulme de Cipre.
Auprès dudict lieu avoyt une belle fontaine fraische que vismes par grant singularité, laquelle est moult necessaire en ce lieu, à cause des chaleurs, lesquelles seroient insupportables, n’estoient les ventz, lesquelz presque continuellement sont audict lieu. Là, veismes de tresbeaulx meuriers francs ésquelz avoit force meures en maturité desquelles nous mangeasmes largement. Il y avoit aussi des meuriers blancz, lesquelz ont le fruict blanc, mais il n'est gueres bon, car il est trop doulx; mais les feuilles desdictz meuriers sont fort propres à nourrir les vers qui produisent la sove. Il y a plusieurs champz où croist le cotton; et est assavoir que moissons des bledz faictes, l’on seme ledict cotton incontinent et le residu de la semence sert à engraisser les beufz. D’icelle semence se produit une herbe haulte de deux piedz, ayant la fueille presque semblable à la fueille des rosiers et une fleur quasi comme le pavot, excepté qu’elle est jaulne; de celle fleur se produict ung bouton comme une noix duquel le cotton est extraict. Et pour ce que la
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semence est meslée parmy le poil dudict cotton, ilz ont certains instrumens de fer et de boys pour tirer ladicte semence. Et ainsy renouvellent tous les ans en Febvrier et aussy faict l’en és aultres regions de Cipre. Et pour ce qu'il ne pleut quasi point en esté audict Cipre, nous avons veu audict lieu une merveilleuse façon d’arrouser les champs et signamment ledict cotton en telle maniere qui s'ensuit.
Il y avoitune grande fontaine habundante en eaue, en façon de cisterne profunde, longue et estroicte, de quatre toises, faicte de pierre de taille où il y avoit une grande roue de bois et de cordes qui estoit de trente toises de long en laquelle avoit trente grans et gros potz attaichez à force de chaisnes. Et quant tournoit ladicte roue ou chaisnes et cordes, tous les potz d’en bas se remplissoient d’eaue, et quant ilz estoient remontez, en descendant l’eaue, versoient dedans une grande auge, laquelle derivoit ladicte eaue par les champs prochains du costé qu'on la vouloit conduire et mener par canalz et ruisseaulx. Cette roue est tournée par une aultre roue laquelle on fait mouvoir à ung cheval ou asne qui a les yeulx bandez et en tire assez en une heure pour arrouser abondamment deux arpens de terre.
Auprès de là a une aultre fontaine de vive et fraische eaue de laquelle beusmes en passant. Là vismes en après plusieurs sortes d’arbres desquelz n'avions jamais veu les semblables. Audict lieu a une petite eglise des Grecz où il y a des ymaiges