Stampalie, Namfo, Santorin
« L'ile de Stampalie, appelée Astypalée par les anciens, est située à l'occident de l'ile de Cos ou Lango, du bout méridional de laquelle elle cest éloignée de sept lieues, ct à l’est-nord-cst de celle de Namphia, à la distance de quatre lieues. .… Le terroir de l’ile de Stampalie est fertile. On y nourrit d’excellens chevaux, et on y fait une pêche considérable... Il y a plusieurs villages, » Dapper, Description de l’Archipel, Amsterdam, 1703, p. 185.
Francesco IT, comte de Stampalie, en 1532, fut dépossédé de cette île avec sa famille par les Turcs en 1537. Hopf, Chroniques gréco-romanes, Berlin, 1873, p. 489,
« L'île de Namphio (aujourd’hui Anaphi), appelée par les anciens Anaphe, est situéc à deux licues d'Allemagne 4 lorient de l'ile de Therasi ou Santorin; à cinq ouest-sud-ouest de celle d’Astipalée, qu'on nomme à présent Stampalie, et environ à dix au septentrion de Candie.. On lui donne trente milles d'Italie de circuit. » Dapper, Descriplion de lArchipel, p. 383.
Fiorenza, dame de Namfo, de la maison de Crispo, morte en 1528, légua l'île à ses héritiers Jacopo 1°", Francesco et Ottaviano Pisani, qui devinrent co-seigneurs de Namfo à dater de 1531. Hopf, Chroniques grécoromanes, Berlin, 1873, p. 481 et 482,
« L'ile de Sentoriu est une des plus extraordinaires de tout l’Archipel, non par son agrément, ou pour sa fertilité, mais pour la hauteur de ses montagnes, pour la profondeur de ses précipices, et l'aspect effroiable des rochers dont elle paroïit comme herissée de toutes parts. Le bled et le bois n’y croissent point, et il n’y a d’eau, que ce que les pluies en donnent, Les gens peu accommodez n’y font du pain que trois ou quatre fois l’année, et le gardent dur tout le reste du temps. En récompense, les vins y sont excellens, et les figues d'un goût exquis; aussi l’isle ne porte point d’autres fruits. Ce qu'il y a de surprenant, c'est que Sentorin avec toutcs
tiens et y a des habitans chrestiens. Nous voyons devant nous, à cinq milles prés, l’isle de Crete à
les commoditez que nous venons de dire, est peut-être une des plus peuplées de toutes ces isles. On y compte cinq petites villes bâties par les anciens Ducs, et autant de gros villages peuplez de Grecs et de Latins, qui vivent ensemble dans une fort grande union; ce qui cest assez rare partout ailleurs. Scaro est la ville principale, et la demeure des plus qualifiez du rite latin, qui y ont un evèque, un curé, et cinq ou six chanoines. Les Jesuites y ont une résidence, et y font beaucoup de fruit, aussi bien que dans les isles du voisinage. I] y a encore un monastère de filles de l’ordre de Saint Dominique, qui vivent fort regulierement ; et un autre de filles grecques de la regle de Saint Basile. La ville de Pirgo est le lieu où l'evêque grec fait son sejour. Les Grecs y ont leur cathédrale. La demeure en est assez agréable : car au lieu qu’autour de Scaro on ne voit que rochers et précipices, Pirgo est dans une plaine assez unie, et de deux lieues de longueur, terminée par la montagne de Saint Etienne, lieu habité par Îles anciens Grecs idolitres, On y voit encore les ruines d’un fameux temple, et diverses inscriptions sur les marbres.
Le port de Santorin est sans fond, même à un pas du bord; c'est partout comme un grand gouffre, qu'on n’a pu encore sonder. Il y a pourtant dans le milieu deux petits islets, qu’on assure être sortis du fond de Ja mer après un horrible tremblement qui ébranla toute l'isle: ils s'elevent comme deux monceaux de pierres noires et calcinées. Il n’y croit jamais un seul brin d'herbe, et ces pierres aïnsi brülées, ne sont bonnes qu’à faire de la chaux. Sentorin renferme sous ses fondemens, des feux souterrains, qu’on a vu quelquefois s’élancer en l'air, et sortir même du fond de la mer, <vec une violence et un fracas épouventable, aussi la terre en est-clle comme desséchée... Je dirai encore de cette isle une chose qui me paroît inconcevable, et qui est pourtant très établie dans le pais. C’est le retour de certains corps enterrez depuis quelques jours, qu'on voit aller et venir dans les maisons, et par les campagnes sans qu’on sçache au vrai ce qui peut ainsi les ranimer. Ce qu'il y a de vrai c’est qu'il n’y a que les seuls schismatiques qui reviennent ainsi... Les Sentorinois nomment ces revenans Vourkolukas. Le Père Richard, Jesuite, en parle fort dans sa Relation de Sentorin ». Hisloire nouvelle des anciens ducs et autres souverains de l'Archipel (par Saulger), Paris, 1699, p. 252-255. Cf. L'abbé Pègues, Histoire et phénomènes du volcan et des iles volcaniques de Santorin, Paris, 1842.
VOYAIGE DE HILRUSALEM 193
laquelle arrivasmes cedict jour et entrasmes au port de Candie le soir. Le lendemain, fusmes malades six et n'estions que dix de nostre bende.
Le mercredy après disner, me sembloit que les fourches me feissent douleur et quelque peu les rains avec le cueur.
Le vendredy, je enduray sur le soir tant soit peu de mal; la nuict, vers l'heure que m'’esveillay, commençay à avoir mal aux reins et à avoir le visaige plein de pustules et tout le corps.
Au Lecteur.
Ainsi donc, amy lecteur, tu puis veoir comment qui grande entreprinse faict (principalement de choses ardues et qui se font au travail du corps) sans doubte se soubmet à beaucoup de dengiers, tant de sa vie, comme aussi des biens temporelz combien que la santé et prosperité soit la principale. Or voy tu comme le bon maistre Denis Possot, après avoir long temps employé en sa peregrination et sainct voyaige, et longtemps relucté et resisté contre fortune, enfin demeura et succumba aussi comme le plus souvent advient ès choses temporelles et humaines. Luy donc estant demouré griefvement malade en Candie, et avant baillé sa description à Monsieur Charles Philippes procureur de trespuissant seigneur Messire Robert de la Marche, luy estant
semblablement en la dessusdicte peregrination; voluntairement et de bon cucur, à ton proffit et delectation, l’a voulu achever selon le cours du reste du chemin, affin que riens ne fut obmis de ce qui appartient à la description d’un tel voyaige. Comme cy après verras par le tesmoignaige d'iceluy.
Le reste du retour du voyaige present jusques au lieu dont sortirent les pelerins, achevé par Monsieur Charles Philippes, chevalier de Hicrusalem.
Je Charles Philippes, après avoir prins congé de maistre Denys Possot, accompaigné de Jehan Mouton de Provins et par le consentement dudict Possot ct de Jehan de Beauni, natifz de Coulemiers en Brye, lesquelz avons laissez malades en la ville de Candie avec Carne Juvenal d’Aysé le Duc près Molesmes;item,encoreung aultre gentilhomme nommé Jehan de Savorve, lesquelz sont demourez audict lieu de Candie et Carne Juvenal en chemin mourut, comme cy dessous se verra, Jehan de Paris et l'hermite gris qui estoient demourez malades au lieu dessusdict ont esté de retour qui ont apporté nouvelles des dessus dictz. Au partement doncques de Candie et en l’absence dudict maistre Possot lequel avoit jusques audict licu de Candie escript et redigé tout ce que dessus est noté en ce livre, moy indigne ay faict et redigé par escript le reste de ce present
hvre,au plus près qu’il nr’a esté possible ainsi comme cy après se pourra veoir.
Et premierement, fault entendre que la ville de Candie est belle ville appartenante aux Veniciens et fort riche et est assize en une grande isle appelle du mesme nom. Et y a force vignobles où croist la malvoisie, muscadet et aultres bons vins les muilleurs du monde.
I y a ung beau port enclos de murailles, fors ung pertuys par où entrent les navires et se ferme le dict pertuys à grandes chaïisnes de fer.
Il y a ung beau couvent de Cordeliers, et si y a eglise latine.
Le xxr jour d’Aoust, partismes le capitaine Mouton et moy et prinsmes avec nous Carne Juvenal qui estoit fort malade lequel ne voullismes habandonner, parce que Monsieur de Molesmes nous l’avoit recommandé.
Cedict jour, nous marchandismes à ung patron de Candie de nous conduire jusques à Venise, distant de treize cens milles, qui est à la mode françoyse six cens cinquante lieues. Partismes dudict portavecques dix navires et eusmes assez bon vent jusques après midi, car alors se leva ung vent si impctucux que cuidasmes estre tous perduz et alloïent Îes navires arricres l’une de l’aultre en sorte que en perdismes la veue. Et dura la tempeste toute la nuict et cessa au point du jour. Je montay au hault de la nave ct ne vis plus de voilles fors une qui estoit bien loing.
Je demandav au patron en quel païs nous estions pour ce que je voyois plusieurs païs deserz et chasteaulx, et luy demanday quel païs c’estoit, lequel me dist que c’estoit Turquie dont je fus bien esbahy et aussi mes compaignons. Le patron estoit fort marry d’avoir perdu sa compaignie, craignant les fustes et escumeurs de mer. Toute la journée, nous attendismes jusques au soir pour nous rassembler avec quelques navires; toutes foys, ne le peusmes faire, et n’en rencontrasmes que cinq des dix. Nous costoiasmes la Turquie et, sur le soir, vismes plusieurs grans flambeaulx de loing lesquelz estoient sur les chasteaulx desdictz Turcz, pour ce qu’ilz nous voyoient sur mer; et est la coustume du païis de faire ainsi pour advertir l’ung l’aultre, car en une heure, ilz sont advertiz de plus de cent lieues de loing desdictz feuz, en les mettant ésdictz chasteaulx de heure en heure sur le donjon.
Le samedy matin qui estoit le jour Sainct Barthelemy, à heure de soleil levant, le patron feit monter ung mathelot sur la hune pour descouvrir le païs, ainsi qu'ilz ont de coustume. Le mathelot veit du costé de Constantinoble partir trois galeres et après en partirent jJusques à sept et dresserent leurs voilles droict à nous, tirans à la rame à grant diligence, dont tous noz patrons furent moult esbahyz et nous aussy. Et pouvoient estre au nombre de quatorze cens hommes de guerre. Et n’estions pas six vingtz de nostre part, au moyen de quoy noz patrons tour-
nerent leurs voilles avecques le vent, pensans eulx saulver et absenter des dessusdictz. Mais, ne nous voulurent habandonner et nous suyvirent tousjours en approchant de nous. Le vent nous faillit une heure ou deux après midi, et fusmes contraincts de nous arrester et abattre les voilles. Nos patrons habandonnerent une navire, la plus petite et tircrent les gens qui estoient dedans, pensans que lesdictz Turcz se deussent contenter de ladicte navire et qu'ilz ne nous deussent plus suivre, mais n’en firent compte. Quoy voyans lesdictz patrons penserent de soy fortifier et pour ce faire, accouplerent leurs quatre navires avec grans cordes, mais lesdictes navires se frapoient l’une contre l’aultre pour les vagues de la mer et froyoient à l'artillerie, en sorte qu’ilz rompoient tout, et se mutinerent fort lesdictz patrons lung à l’aultre, pretz à culx entretuer dont nous fusmes fort esbahyz. On nous baïlla pour chascun son baston et nous mismes au devant de la navire et me pria ledict capitaine Mouton que nous fussions ensemble, mais luy remontray qu'il valloit mieulx estre l’ung en hault, laultre en bas et qu'il pourroit venir quelque piece d'artillerie qui nous emporteroit tous deux et que en ce faisant, il en pourroit demourer ung qui pourroit apporter quelque nouvelle au pais. Nostre compaignon qui estoit malade n’en avoit soucy, car il estoit pressé de maladie. Lors prins congié de mon compaignon et me pria de boire à luy ce que je feis, et prinsmes congié l’ung de l’aul-
tre, et peuvez entendre que ce ne fut pas sans regret. Alors montay au hault de la navire où estoient les patrons qui à haste fortifioient et dressoient là leur artillerie, arcz turquoys et haquebutes. Alors me fut demandé par lesdictz patrons si je ne voulois pas me mettre en deffence comme eulx, auxquelz je feis responce que si, et que je voulois mourir et vivre avec eulx. Les patrons me dirent qu'ilz avoient beaucoup de marchandise et de richesse, et que neantmoins vouloient se deffendre jusques à la mort et qu’ilz ne vouloicnt pas tumber ès mains de ces malheureux chiens etinfideles. Lesdictz patrons me demanderent duquel baston je me saurois bien ayder, ou haquebute, ou arc turquoys; auxquels je feis responce que je ne me pourrois fort bien ayder desdictz bastons, mais s’1lz avoicnt quelqu’arbaleste que je m'en sçauroys bien ayder. Lesquelz me dirent qu'ilz n’en avoient point. Il y en avoit l’ung d’eulx qui tenoit l’enscigne sur le devant de la navire. Je leur dis que s'il leur plaisoit me bailler ladicte enseigne, que je ferois mon dcbvoir de la soustenir jusques à la mort, ce qui fut accordé par lesdictz patrons, et prins ladicte enseigne. En ce temps, approcherent lesdictz Turcz près de nous et abbatirent une voille de leur gallere, laquelle vint en grant diligence vers nous ct feist ung tour autour de noz navires pour veoir quelz gens nous estions et de quelle nation. Et fault entendre que je faisois fort mon debvoir de monstrer ladicte enseigne où avoit ung Sainct Maïc
en paincture, ce qui fut veu par ceulx de la gallere qui parlementerent à noz patrons, lesquelz leur dirent qu'ilz estoient aux Veniciens et qu'ilz venoient de Candie pour aller à Venise. Et lors se retira ladicte galée et alla faire le rapport à leurs compaignons, où estoyt le grand capitaine de Constantinoble pour le Turc qui tenoit la mer, attendant la retraicte dudict Turc qui avoit esté en Hongrie en Jadicte année’, Ung peu après, toutes les sept galées ensemble vindrent à nous et estoit le grant capitaine en une grande galere dorée et paincte d’azur ct aultres grandes richesses, assis en une grande chaire dore, et y avoit quatre petitz pilliez dorez par dessus luy avec un grant ciel de drap d’or frengé tout autour et estoit richement vestu, mais il n’avoyt en sa teste que du linge blanc dont les Turez ont la teste entortillée, et est grosse comme ung boesseau. Noz patrons ne luy feirent pas de present alors, ne honneur et reverence ainsi qu'il disoit luy appartenir. Adonc lesdictes galeres se retirerent ung peu arriere de nous, tindrent conseil, et incontinent ledict capitaine envoya cinq de ses galeres lesquelles nous vindrent environner en nous disant que n'avions tenu compte de monsieur leur grant capitaine du
1. Le Capoudan pacha commandant la flotte turque était Yilag Moustafa Pacha : la prise de Coron et celle de Patras provoquèrent sa disgräce. Il fut remplacé par Kemankech Ahmed bey.
Le sultan Suleyman rentra à Constantinople le 19 novembre 1532, après une campagne de sept mois en Hongrie et en Styric.
Turc et qu’ilz avoient charge de leurdict capitaine de nous mettre tous à mort, et les entendovys bien pour ce qu'il y avoit plusieurs Françoys qui parloient comme nous, lesquelz estoient au service du Turc. Et feirent preparatifz de mettre le feu en leur artillerie. Toutesfoys noz patrons les prierent de venir prendre de Jeur marchandise à leur plaisir et vouloir dudict capitaine, et aussi que les navires estoient Veniciennes, car lesdictz Veniciens rendent tous les ans audict Turc tribut, tant pour les terres qu'ilz tiennent vers la Turquie que pour la seureté de la mer. Et marchandent ensemble lesdictz Turcs et Veniciens comme font les marchans de Paris avec ceulx de Rouen. A tant partirent lesdictes galeres et se retirerent vers ledict Turc et luy fcirent la responce desdictz patrons. Et lors ledict capitaine de Constantinoble, avec ses aultres galeres, se vint camper auprès de nous et envoya commissaires parmy toutes nos naves pour veoir quelle marchandise nous menions. Lesquelz commissaires prindrent en chascune navire quelque tonneau de Malvoisie, citrons et aultres fruictz qui croissent en l'isle de Candie; prindrent aussi en nostre nave des fromaiges de Candie, qui sont gros de sorte que ung crocheteur de Greve feroit bien charge de en porter deux : et sont lesdictz fromaiges à Candie en grans caves dedans leauc salée et s’affinent dedans ladicte eaue et puis les viennent vendre à Venise. Nous demourasmes ensemble jusques au soir et prindrent
noz patrons congié dudict capitaine; furent mises les voilles, prenant le chemin de Venise, combien que nous estions bien arrierez de nostre chemin au moyen de la fuite, craignans lesdictz Turcz. Toute la journée, nous eusmes assez bon vent. Le lendemain, eusmes vent contraire au moyen de quoy nous convint retirer entre deux montaignes prés de Seryne, petite ville et fort chasteau, et estions environ prés de ladicte ville de deux lieues'. Nous demourasmes là l’espace de deux jours, attendans le vent. Le troisiesme jour au matin, vint quelque petit vent et feurent dressées les voylles et nous mismes à chemin. Et quant fusmes en la haulte mer, se leva ung vent si impetueux que nous allions fort à merveille et estoient les vagues par la mer, haultes comme gros chasteaulx qui souvent passoient et couvroient toute notre navire et cuydasmes estre perduz. Nous allasmes ainsi tout le jour et la nuict, tant que nous trouvasmes au port de Seryne et n'avions accourci nostre chemin que environ deux lieues, combien que je croy queen avions faict plus de cent. |
Nous entrasmes audict port : notre patron nous contraignit mettre hors la navire nostre compaignon qui estoit malade, disant qu’il infectoit ladicte navire, attendu qu'il estoit malade. Nous allasmes à la ville pour trouver une chambre et nous adres-