V. la note r de la page
sames aux gouverneurs de la ville, lesquelz en feirent leur debvoir et luy trouvasmes une chambre et ung homme pour le garder, et coustoit ladicte chambre et garde ung ducat par moys. La ville est fort haulte, environ une demy lieue de montaignes, fort droicte. Nous estans au chasteau de ladicte ville, vindrent les sept galeres susdites devant ladicte ville qui est aux Venitiens; et se feist ung terrible bruit par la ville pensans que ce feussent feustes et sertirent tout leur bestial. Quant lesdictes galeres approcherent près de la ville, abattirent leurs voilles, jouant des tabourins tout d’aultre sorte que en France et puis lascherent force pieces d'artillerie. Ainsi feist le capitaine du chasteau. Et se misrent au port alentour de nostre navire. Le capitaine du Turc escripvit lettres au capitaine du chasteau pour avoir des oyseaulx de proye, et luy en fut delivréen nostre presence. Et fault entendre qu’il y a des oyseaulx de proye à grant habundance en ladicte isle, autant que de corncilles en France ou à peu près. Et font leur ayre en ladicte isle et à l’entour dudict chasteau. Nous nous retirasmes le soir à la nave et demourasmes la nuict près desdictz Turcz, et le matin au point du jour, se partit le capitaine avec sa compaignie pour aller au devant de l’armée du Turc qui estoit à Modon et oyons bien leur artillerie dudict Seryne'. Le 1° jour, nous partismes pour
1. André Doria se présenta devant Coron, et non point devant Modon, comme le dit Charles Philippe de Champarmoy, avec une flotte de quarante-
aller vers Jante et passasmes par devant Modon qui est ville au Turc, laquelle ville fut assaillie le 11° jour d’après et mis le siege par Andry Dore grant capitaine de l'Empereur, lequel avoit tousjours poursuivi l’armée du Turc jusques audict Modon et suivoit de trois à quatre jours près. Il y avoit cinquante galeres et quarante naves entre lesquelles estoit la grande nave de Rhodes. Lesdictes galeres estoyent devant pour ce qu’elles peuvent aller à la rame et les naves non. Nous arrivasmes assez matin et en-
huit galères et de trente-cinq nefs. La ville capitula après une canonnade d'un jour. Les soldats de la garnison, les femmes et les enfants purent se retirer en emportant leurs efiets.
« L'anno seouente, ordinô l’Imperatore che Andrea Doria andasse a l'incontro deil”armata di Solimano, di ottanta galee et alcune fuste, con la sua e dieci galere del Papa de quali Antonio Doria era generale et quattro della relisione di Rodi sotto il capitano Salviati Prior diRoma che tutt” insieme erano trent’ otto con altre tante navi, governate da Franco Doria et cinque mila soldati de quali era luogotenente d’Andrea, Geronimo Tuttavilla conte di Sarno. Et non avendo il generale deil’ armata Turchescha osato aspettare quellà del” Imperatore, se ne fuggi verso Costantinopoli e fù risoluto di tentare l’espugnatione della città di Curone nella Morea, luogo fortissimo, il quale fu combatuto il giorno di San Matteo, dell’ anno 1532, battendolo da quattro parti, una di terra et tre di mare, con le galee e navi dalla matina a levare del sole sino ad hora di vespero dandovi in un medesimo tempo l’assalto da tutte le parti; et entrarono primo quei delle galee del Papa dalla parte che si chiama l'Isola e che sta scparata dal Castello, il quale si rese il giorno appresso, con potersene i Turchi uscire con loro mopgli, figli e robbe che potevano portare vestite ; nel quale restorono per custodia doi mila fanti spagnuoli sotto il governo del maestro di campo Don Gieronimo di Mendoza, » Compendio d’Antonio Doria delle cose di sua notilia et memor'a accorse al mondo nel tempo dell imperatore Carlo quinto. Genova, 1571, page 48.
On trouve aussi quelques dé‘ails sur la prise de Coron dans l'Histoire des chevaliers de l'ordre de Saint-Jean de Hierusalem..…. cy devant escrile par le feu
S. D. PF. S. D. L., etc. Paris, 1659, page 260.
trasmes au port et nous estans là, vismes plusieurs navires qui venoicnt vers nous et pensions que feussent Turcz, mais le vent les avoit contrains se retirer audict port de Jante et se vinrent tous ancrer autour de nous; et demourasmes deux jours et deux nuitz avec eulx et les trouvasmes fort honnestes gens. [1z rafraischirent leurs navires tant d'eaue que vin, tellement qu'ilz cuyderent affamer la ville. Pendant que nous estions là, vindrent nouvelles que Modon estoit rendu.
Jante est ville aux Veniciens et a esté ruynée des Turcz et n’y osent faire reparation, craignans encore lesdictz Turcz pour ce que par cy devant misrent à mort les habitans, femmes et enfans; et y a de Jante à Venise quatre cens cinquante lieues. Les navires se departirent d'avec nous pour aller au secours de Modon, menant grand bruyct de tabourins, trompettes et clerons, et toutes gens qui vouloient se mettre avec eulx aux gaiges estoient receuz. La grande nave de Rhodes ne menoit que artillerie la plus grosse pour battre les villes et chasteaulx et pour l’heure, l’armée du Turc fuyoit devant eulx à grant diligence; et croy que si eust été le plaisir de Nostre Seigneur et qu'ilz eussent eu des vivres assez, sans doubte, 1lz eussent passé par toute la Turquie et n’eussent trouvé Turcz qui n’eussent craint leur fureur, tant estoient bien en ordre. Et disoient aulcuns de la nave qu’il y avoit dix mille hommes de la fleur de l'exercite de l'Empereur.
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VOYAIGE DE HIERUSALEM 20ÿ
De Jante allasmes vers Corfou et passasmes par entre deux montaignes desertes, desquelles sortoient plusieurs grans feux qui sont tousjours en cedict lieu et dit on que ce sont les gouffres d'enfer. Nous passasmes devant Corfou et ne fusmes pas dedans pour ce que avions bon vent, et costoyasmes la coste d'Albanie et de Sclavonie. De là nous eusmes assez bon vent, vinsmes approcher le port de Raguse distant de Candie environ deux cens cinquante lieues. Nous pensions ancrer au port, mais se leva quelque peu de bon vent et passasmes oultre.
Raguse est une belle ville et bien fermée, en partie estant dans la mer. Et nous fut dict qu’ilz n’estoient subjectz ne aux Turcs ne aux Veniciens. Nous eusmes assez bon vent toute la nuict et passasmes devant une ville qui est aux Veniciens et s'appelle Vau de Soleil qui est fermée’, et faut entendre que les Veniciens tiennent des terres mille lieucs au delà de Venise et près de Jaffe.
1. Ce nom étrangement défiguré doit être remplacé par celui de Curzola.
« L’isle de Curzola a le titre de comté : elle appartient aux Vénitiens auxquels la République de Raguse l'a cédée, Cette isle est passablement peuplée ct fertile quoique fort montueuse dans beaucoup d’endroits : elle n’est séparée de la presqu’isle de Sabioncello que par un canal fort étroit qui a à peine deux milles de largeur qu’on nomme le canal de Sainte-Croix... La ville de Curzola, capitale de l'isle, est située sur ce canal; elle est fortifiée d'une bonne muraille et de plusieurs tours, environnée de Ja mer de trois côtés et séparée de la terre par un fossé, avec un pont-levis; c’est le siège d’un évéché suffragant de l’archevèque de Raguse. » Description du golphe de Venise et de la Morce, par M. B... (Bellin), ingénieur de la marine. Paris, 1771, pages 114-115.
Nous vismes contre une montaigne des petites brebis qui n’estoient pas plus grandes que lievres, et avoient après elles de petis aigneaulx qui n'estoient grans que comme petitz levraulx, de quoy nous fusmes fort esbahiz, car aux aultres païs sont plus grans. | Lendemain au matin, partismes dudict port pour tenir le chemin de Venise, et arrivasmes au port de Luysine qui est aux Veniciens'. C'est une belle petite ville et gens de merveilleuse sorte. Les femmes sont grandes à merveille. Je descendis en la ville avec ung mathelot qui me conduisoyt et là acheptay des provisions tant pour le capitaine que pour moy. Mais le mathelot me trompoit, parce que je n’entendois le langaige. Le second jour, je fus visiter une eglise de Cordeliers hors la ville qui est fort belle, et au millieu de la court a un puis d’eaue
1. Liezira. « L'isle de Liezina que les anciens nommoient Pharia et Pharos est beaucoup plus grande que la précédente (l’isle de Brazza), dont elle n’est séparée que par un canal bien étroit qui porte le nom de Brazza… La partie de Liezina qui regarde la terre ferme est basse et unie; c’est la plus fertile et la mieux cultivée. On y voit une belle plaine dans laquelle il ya cinq villages habités par des pâtres et des paysans qui cultivent la terre. Le reste de l'isle est presque tout couvert de montagnes qui ne laissent pas de fournir en abondance des olives, du safran et du miel. La vigne y produit même si abondamment qu’on y recueille tous les ans cinq mille muids de vin... La beauté et la grandeur des Colises et des monastères sont des preuves de la richesse des habitants... La ville capitale porte, comme l'isle, le nom de Liezina, avec le titre de comté; elle est le sitge d’un évêché suffragant de Spalato.… Cette ville est grande et bien bâtie... L'isle de Liezina, après avoir essuyé plusieurs révolutions et passé sous différentes dominations est enfin restée à la République de Venise, qui en a la possession tranquille depuis 1421.» Description du golphe de Venise,etc., pages 110-113.
doulce auquel les femmes et filles de ladicte ville se vont fournir d’eaue pour ce qu’elle est fort bonne, ce que je trouve fort estrange. Près dudict monastere a le plus beau jardin et clos où je mis jamais le pied, et sont tous grans rosmarins, saulgers, lavandiers et toutes manieres d'herbes qui peuvent venir en ung jardin. Après y a grenadiers et tous aultres fruictz croissans aux aultres païs. Entre les aultres, y a de petiz arbres comme serisiers et de pareilles fueilles, lesquelz sont chargez de gland pareil à celuy des chesnes, dont je fus fort esbahy. Les arbres comme poiriers, pruniers et aultres ont dans ce pais de par delà toutes aultres feuilles que par deca.
Et quant nous fusmes à cent lieues de Venise, vint une petite barque où il n’y avoit que deux hommes et ung serviteur qui conduisoit Jadicte barque. Nostre patron leur demanda quel quartier 1lz vouloient tenir, lesquelz firent responce qu'ils alloient à Ancone, sept lieues près de Nostre Dame de Lorette. Nous dismes audict patron que avions promis le voyaige et que si nous pensions estre bien seurement que nous irions avec eulx, pour ce que estions aussi près dudict Ancone que de Venise. Le patron feit marché pour nous aux dessusdictz et fut payé ledict patron comme s’il nous eust menez jusques à Venise. Nous prinsmes noz bagues et les mismes en ladicte petite barque, et prinsmes congié de nostre patron et nous mismes à chemin vers Ancone. Nous fusmes menez entre deux mon-
taignes pour faire pasturer quelques moutons qui estoient dans ladicte barque. Et demeurasmes ]là la nuict, et feismes fricasser des herbes, qui estoient sur le bort de la mer, au vinaigre et fut nostre soupper. L’une des montaignes estoit dedans la mer bien avant et estoit haulte assez, et au sommet de la montaigne avoit une fontaine d’eaue doulce où furent rempliz noz barilz et bouteilles. De là, vinsmes à ung aultre desert là où passasmes la nuict ensuyvant pour la cause desdictz moutons. Et y avoit des roches de cristallin duquel j'ay apporté jusques au pais. Le jour ensuivant, partismes du matin pensans aller au giste à Ancone et nostre patron achepta force poisson, pensans le vendre audict lieu, mais en fusmes bien gardez, car il vint ung vent qui nous porta au port de Ravenne qui est à cinquante lieues de Ancone. Le matin, partismes pensans tenir le chemin d’Ancone, mais eusmes vent contraire au moyen de quoy nous convint prendre chevaulx de louaige par terre, et nous coustoit par jour un escu de louaige. Nous passames par plusieurs villes selon la mer dont n’ay souvenance des noms que de la ville de Pire'. On nous bailloit les chevaulx, de x lieues en x lieues sans suite, ce qu’on ne feroit pas en France, et s’entendent ceulx qui louent lesdictz chevaulx à les renvoyer de l’ung à laultre, car il y a incessament gens qui vont et viennent. Nous partismes de bon matin