‹ Le voyage de la Terre Sainte composéChapitre 53 sur 65 · CLE · texte numérisé non relu

CLE

lecteur que à quelques quatre ou cinq lieües de Scarpante, en des endroits, la mer y est herbeuse et ne laisse pourtant à foisonner en bon poisson. Ce qui recommande plus l’isle, c’est à cause du corail qui s'y treuve le meilleur de toute la mer, duquel on faict grand traffic en Alexandrie d'Egypte, au Caire, voire et par tout le Levant, et pouvés cognoistre en quelle reputation elle a esté entre les anciens, veu que toute ceste coste de Lycie a porté son nom et d’autres, comme j'ay dit par cy devant. Ceste isle regarde celle de Rhodes au nord qui luy est opposée de lisle de Symie, et d’autres petits isleaux et bastures qui l’avoisinent.

Pour tirer droict à la presente isle, quand vous avez doublé un petit promontoire qui entre demye lieüe dans une mer nommée par les Grecs du pays Apules, qui est au bout de l'isle de Samos, laissant la terre continente d’Asie de la part du soleil levant que les Arabes appellent Porphyras avec le pays de Lycie et la riviere Meandre qui arrouse la province, ayant le vent en poupe, on va droit aborder nostre isle de Nissare qu'on met en la liste des Cyclades, encores qu’elle en soit assés esloignée et l'une des plus belles de ceste contrée. Maintenant, on l'appelle Nissare ou Nicarie à cause d’Icare, fils de Dœdale, lequel fuyant de Candie cheut dans la mer et s'y noya, n'ayant bien sceu gouverner le vol de son navire, puis fut enterré en ceste isle. Avant cest accident du fils de Dœdale, ceste isle se nommait Doliché, Muris et Ichtieuse. Elle gist à cinquante cinq degrés quarante cinq minutes de longitude, trente sept degrés quarante huit minutes de latitude. Elle est fort montueuse et longue. Sa largeur se prend du nord est

au sud oüest de quelques huit lieüces, et son contour de vingt quatre lieües. En icelle, nous mouillasmes l’ancre pour avoir le vent contraire à une radde vers le nord oüest, assés bonne pour avoir quatorze brasses d’eau. Non loin de là, tirant à gauche, nous apperceusmes, la mer estant calme, plusieurs rochers à fleur d’eau dangeureux pour nous, si le vent se fust changé : pour eviter le peril, feismes voile pour passer outre. Sur les huit heures du soir, nous fusmes surgir au port d'Abonne qui est dans ceste mesme isle. Ayans mis pied en terre, à cause que j'estois dans un navire passagier d’un Turc, fusmes bien recueillis des Grecs, mesmes des mahometans qui y commandoient, le grand Seigneur y tenans lors un cadi et autres officiers. Trois jours auparavant que nous fismes voile, je prins un tresgrand plaisir de voir la campaigne couverte de bleds, de vignes et d’arbres fruictiers et avec telle abondance que ce seroit quasi chose incroyable. Il est bien vray que le vin n'est pas si bon que celuy de Crete ou Candie, ny beaucoup d'autres qui se recueillent en ce pays là. Je ne puis en attribuer la cause principale sinon que de plusieurs endrois dans l'isle qui sont sulphurés. Jadis, pour la commodité du terroir, les empereurs et grands seigneurs du Levant y avoient faict faire de tresbeaux bains qui, à present, sont ruinés, là on ne voit plus que de vieilles masures; pour ce toutesfois, quelques uns ne laissent d'y trouver des lieux propres pour y aller boire de l’eau soulphrée tresbonne et s'y baigner. C'est un lavatoire propre tant pour les estropiés entrepris de leurs membres que pour les goutteux et maleficiés. Je trouvay un homme riche, marchand maronite nommé Sythrai avec un sien fils aisné de la ville de Gazera d’où estoit Sanson, lequel marchand estoit ladre ensemble son fils, qui avoit parfaite opinion d’estre guery s’il pouvoit user du bain purgatif de ceste eau par vingt jours entiers; et me dit un medecin juif, natif de Pathmos nommé Hazia, que de son tems, quelques ladres s’en estoient fort bien treuvés et que la rougeur ou fistule de leur

corps en estoit guerie. Pour dire ce qui en est, ayant demeuré quelques cinq ans tant aux pays d'Egypte que d’Arabie, mont Sinaï et mer Rouge, voulant faire le voiage de la Terre Saincte et autres pays d'Asie, après que nous eusmes passé les desers sablonneux, commençasmes à trouver le pays de Gazera gras et fertil et l'un des plus beaux que j’estime au monde, encores que celuy qui a glosé Munster dit le contraire. Il est à excuser pour n'avoir pas beaucoup voiagé oultre les fauxbourgs de Paris et son pays Commingeois'. Estant arrivé dans ceste ville Gazienne, je trouvay ce maronite Sythrai qui me mena en son logis : ayant longuement discouru du bon traitement qui luy fut faict en l'isle de Nicarie, me dit que par la grâce de Dieu, il y avait receu santé et guerison et son fils pareïllement; et de fait, je ne le trouvay si difforme que je l’avoie veu autresfois, ains ayant la chair un peu olivastre sans aucune macule. Au reste, je ne veux pour la courtoisie que j’ay veue en ceste isle, oublier à vous dire que jadis les chevaliers Rhodiens la saccagerent, ce qui advint l’an mil deux cens quatre vingt et treize, après que Melech-Nazer* fut soldan d'Ægypte et qu’il chassa les Chrestiens de toute la Syrie et reprint la ville d’Acre. Et commirent telle chose sur les Chrestiens grecisans, non pour le mal que les chevaliers leur voulussent, ains pour ce qu’ils avoient permis au prince Ægyptien y avoir faict un fort, tout au bout de lisle qui vise de la part de la mer Œgée.

Ayans mis le cap au sud et levé l'ancre et pris nostre route, s’apparoissoit une fumée fort espesse procedant d’une haute montaigne laquelle voyés baptisée du nom d’Aethna

1. Thevet désigne dans ce passage, comme dans’ celui de la page 289, ligne 3, François de Belleforest qui a publié en 1575, une traduction de la Cosmographie de Munster qu’il a enrichie de nombreuses additions.

2. I] faut lire Melik el-Mansour au lieu de Melech Nazer. La ville de Saint-Jean-d'Acre fut prise par Melik el-Achraf Salah Eddin Khalil, fils de Melik el-Mansour Seïf Eddin Aboul Ma’aly Qelaoun, qui régna de 1290 à 1298.

d'autant que l’une et l’autre jettent ces flammes ensoulphrées qui ont ravy en espouvente Îles plus habiles philosophes dont on ait ouy parler pour sçavoir la raison d'un feu si terrible, pour autant que ceste isle est toute creuse au dessous et pleine d’alun, de soulphre, de feu, d'eau et autres semblables choses qui entretiennent le feu, lequel comme il ne peut estre sans soupiral, mais sort partout, de dire que ceste montaigne vomisse le feu comme le mont Gibel de Sicile, c'est s'abuser à credit, d'autant que les insulaires ne nous tesmoignent point y avoir veu vomir des embrasemens comme au mont Aethna de Sicile, ains que seulement on a la veüe d’une fumée, vapeur ou exhalaison soulphrée, à laquelle les insulaires rapportent l'augure de la bonnace de la mer. De fait, les mariniers qui sont à la route de ceste coste, sitost qu'ils voyent espessir les brouillats sur ceste montaigne taschent, en tant qu’il leur est possible, de gaigner port seur et se mettre à l’abrit et hors de la mercy des vents. Quant aux deux ports que vous voyés icy cottés, ils sont fort memorables : l’un pour les naufrages qui s’y font aux rochers qui le bouchent, l'autre pour estre fort propre aux mariniers qui y veulent faire aiguade à cause de la riviere de Donchi. Ceste mer n'est pas fascheuse à ceux qui la naviguent. La coste de l’isle est saine et tresbonne, où il se trouve abondance de poisson de diverses especes, grans, petis et moyens et me suis laissé dire au mesme juif susdit que, de son tems, l’on y trouva des poissons hydeux et monstrueux ayant face humaine à les contempler un peu de loin dans la mer. Chose qui n’est pas incroyable, d'autant quil s’en trouve grand nombre de la part de l’un et l'autre pol plus que nul autre endroit. Chose merveilleuse et qui tire l'homme à grande contemplation de ceste grande diversité de poissons de mer dont les uns ont la forme d'homme, entre lesquels y a masle et femelle, tous deux monstrueux : d’autres semblables aux veaux, chiens, chevaux, pourceaux et autres bestes terrestres. Il me souvient avoir veu, ayant passé la mer herbeuse

entre la Floride et l’Equateur, que incontinant que trouvasmes l'eau claire et belle, vismes deux de ces poissons ayans grosses testes rondes, le nés bien formé, le col, les yeux quasi semblables à la creature raisonnable; vray que ils n’avoient ne piés ne mains, au lieu desquels nous vismes certains ailerons assés de bonne grandeur. Ces monstres marins nous poursuyvirent presque demye journée. Estans à Rhodes, certains insulaires Rhodiens me dirent que deux mois devant que le siege des Turcs fut à leur isle, on voyoit tout auprès de terre de tels Tritons ou hommes marins. Theodore Gaza, grand personnage grec duquel je vous ai representé son pourtraict et escrit sa vie dans mon livre des Hommes illustres‘ dit que sur la coste de ceste mesme mer de laquelle je parle où est posée nostre isle de Nissarre, il vit grand nombre de poissons après une tourmente de mer, entre lesquels une Nereide de face parfaitement humaine. Pierre Gilles avec lequel j'ay demouré longues années au pays de Grece raconte dans son livre qu'il a fait des bestes que, estant à Marseille*, oüit dire que un homme digne de foy avoit veu l’un de ces poissons monstrueux parmy ceux que j'ay dit, lequel fut pris et puis presenté au roy René. Par ainsy donc, c'est une chose approuvée de tant d'autheurs et que le monde tient pour certaine ne doit estre reputée mensonge, ains tenue pour veritable.

1. Les vrais pourtraïcts el vies des hommes illustres grecs, latins et payens recueilliz de leurs tableaux, livres, médailles antiques et modernes, Paris, 1584, fo 36 ro.

2. Ex Æliani historia ber Petrum Gyllium latini facti, itemque ex Porphyrio, Heliodoro, Appiano, tum eodem Gyllio luculentis accessionibus aucti libri XVI. De vi et natura animalium. Ejusdem Gyllit liber unus de gallicis et latinis nominibus piscium. Lyon, 1535.

Ceste isle ne cede en excellence à aucunes des isles, soit de la mer Mediterranée, soit de l'Océan, et pourtant a esté, de tout tems, grandement prisée. Elle a eu plusieurs noms, aucuns l’ont appellée Acamantis, maïs Philonides la nomma Cerastis à cause qu'elle est fort corrue, c’est à dire qu’il y a un grand nombre de promontoires ainsy que par cy après nous verrons. D'autres la nomment Cryptos et Colymnia, Xenagoras, Amathusia du nom d’un des quartiers de l'isle, Aspelia et Macaria à cause de l'heur, fertilité et bonté du terroir. Aussy elle a esté appellée Aerose à cause qu'elle est fort abondante en ærain ou cuyvre, lequel à cause de cela, on veut avoir esté nommée Cuprum. Joint aussy que pour ceste occasion, vous voyez que les alchimistes approprient le cuivre à Cypris. Voire qu'il a pleu à aucuns de dire que l'or de Cypre n’estoit rien autre que le cuivre dont elle abondoit, voyans l’alliage qui estoit entre ce metal et l’or et l’argent. Mais en ma Cosmographie, je vous ay monstré que l'or de Cypre estoit reel et non imaginaire, attendu que les rois de Cypre estoient curieux d’amasser thresors, vaisselle et joyaux d’un or le plus exquis qui se pouvoit trouver. Pline, en son Histoire naturelle, escrit qu’autresfois, ceste isle a commandé à neuf royaumes qui dependoient et ressortissoient d’elle, les rois de laquelle durerent, s’il est question de croire à l’histoire de Cypre et à celle des Armeniens, huit cens soixante sept ans. Le principal et premier estoit celuy d'Accamante qui portoit le nom de la ville principale ainsy nommée que quelques-uns ont voulu appeller Cruzocco. Le deuxiesme royaume fut celuy de Paphe, le troisiesme Curi ou Episcopia. La quatriesme estoit nommé Amathonda, le six et septiesme Lapitho, le huitiesme estoit des plus petis et fut nommé Solia et le neufiesme, qui est tout le

dernier n’est toutesfois des moindres, estoitceluy d’Astrenitus. Pline dresse liste de quinze villes asçavoir de Bapho la neuve, Bapho la vieille, Limiso, Cetinum, Corinæœ, Famagosta, Amato, Lapito, Solus, Ramasso, Epidarus, Chitro, Arsinoe, Carpassia et Solgi, outre trois villes qui estoient hors de ce nom du tems de Pline, asçavoir Cyniria, Maurium et Idalium. Si est ce que l'histoire des Cypriots nous en rapporte bien davantage qui veut que, sous ces royaumes, il y ait eu plus de mille, bourgades la plus part ruynées ou bien à present quatre cens soixante sept, sans compter autres plusieurs petis hameaux qui sont à certaines petites isles qui avoisinent notre Cypre, laquelle, vers l’oüest, regarde la mer de Satalie où est le promontoire Acæmœæ à soixante quatre degrés dix minutes de longitude, trente cinq degrés trente minutes de latitude, duquel costé est le mont Olympe non loin duquel est bastye la ville de Bafo nommée jadis Papho. Vers la part du sud, elle a la mer d'Egypte et de Surie au promontoire nommé Zephirie, à soixante quatre degrés quarante cinq minutes de longitude, trente quatre degrés cinquante minutes de latitude. Et de ce costé est la ville de Limeçon, jadis Limisse qui à present n’est qu’un gros village, ayant esté ruynée ainsy que je vous ay touché en ma Cosmographie. Vers l'orient, Cypre est terminée aussy de la mer de Surie au promontoire de S. André, dict des anciens Clydes, à soixante sept degrés trente minutes de longitude, trente cinq degrés cinquante minutes de latitude. Tirant la coste au nord, elle confine avec le destroit de Caramanie, regardant la ville d'Antiochette qui gist en la Cilicie, non trop csloignée du mont Taurus, celle que quelques uns ont pris pour Antioche. En somme, vers les parties orientales, le païs se nommoit jadis Salaminie, vers les occidentales Paphie, aux meridionales Amathusie et vers les septentrionales Lapithie, du nom des villes qui estoient chefs des provinces èsquelles l'isle estoit distribuée. Elle peut avoir de circuit quelques cent cinquante lieües, quatre vingts de long et presque autant de

large. Calcul qui ne se rapporte entierement à celuy que se sont forgés quelques-uns, qui veulent qu’elle ait de tour cinq cens cinquante milles. Sa longueur se prend dès le promontoire Clide, ores nommé cap de Bon André, jusques au promontoire Orepan. Et sa largeur est considerée du promontoire Fruti à present dict cap de la Gatte ou Gavatte jusques à celuy de Comachi qui est vers le nord. Au reste du cap de S. André qui est le cap du levant de Cypre, au cap de Gloriate par nord oüest y a trente lieües et est ceste coste comme un gouffre. Sur le cap est une montaigne qu'on appelle Malvesin qui ressemble à un fort chasteau, au dessous de laquelle est ce cap entre lequel et celuy de S. André est la ville de Famagoste qui se regarde avec le cap de la Griegue au quart de nord nord oûest, six lieües.

L'isle n’est gueres aisée à aborder, n'y ayant port duquel il faille faire compte que celuy de Famagoste. Mais de lieux pour surgir, toute la coste qui regarde le midy en est bordée et pleine, comme au contraire celle de septentrion en est despourveüe et desgarnie, tant pour le mal-aise et incommodité de son assiette que pour les vents qui ordinairement y soufflent : joint que les grands vaisseaux demandent lieux plus larges que ceste coste n’a point d’espace. À la bouche du port de Famagoste, quand les eaux sont pleines, y a neuf pieds d’eau, et avec la mer basse, il n’y a que six, et dans le port yen a vingt; auprès de la tour de la chaine faut donner les provis et jetter le plomb et puis l’ancre à l'endroit du molle. De Famagoste à la Constance, quart de nord nord oûüest, trois lieües. Du cap de la Griegue au cap de Gavate entre oùüest et sud oûest, trente trois lieües. Au cap de S. George quart d'ouest vers sud oüest, sept lieües. Du cap S. George à celuy de Salline entre oüest et sud oüest, huit lieües. Sur le cap de Salline à l'oüest, presque huit lieües en terre est la montaigne de la Croix, laquelle est fort pointue. Du cap de Salines à Limeçon quart d'oüest vers sud oüest, voltant le gouffre, il y a treize

lieües. Sur ceste ville de Limeçon y a une montaigne à trois lieües qu’on nomme Dragadosse qui est la plus haute montaigne de Chipre. De Limeçon au cap de Gavate par sud, on compte trois lieües. De Gavate au cap Blanc, y a douze lieües. Entre ces deux promontoires est le gouffre de la Piscopie. Du cap Blanc à Baffo quart d’oüest vers nord oüest, on compte huit lieües. Il y a une petite isle près de terre à un trait d'harquebuse en laquelle on peut demourer avec les oùüests, esloignée une lieüe de Baffo et auprès de ceste isle, y a deux escueils petis et bas. Sur le cap oüest de la ville, au quart de sud oùest vers oûest, y a une seiche à demy mille en mer. Du cap de Baffo à celui de Sainct Epiphane par nord oüest, on compte dix lieües.

D'iceluy au premier cap de S. André, en voltant la terre du costé de l’est, vers nord oüest, quatre vingts lieües. Aux escueils de Baffo y a bon reduict. Donne les provis à l’escueil de l’est, car là y a une fondriere dangereuse et là pourrés demeurer seurement avec les vents à l’oüest, sud et sud oüest. Du cap S. Epiphane à Papadole, quart de nord est vers le nord, quarante huit lieües. À Stalimure, quart de nord nord est, quarante trois lieües. À Candelor, par le nord, trente quatre lieües. Aux Quinlindoines, sçavoir à l'isle qui est au sud oüest quart de nord oüest vers oùest, cinquante trois lieües. Au Chasteau rouge, entre nord et nord oùüest, quatre vingts six lieües. A la Christiane quart d’oüest vers sud oüest, cent quarante sept lieües. A Ripe Albe, en Barbarie, entre sud et sud oüest, cent cinquante lieües. À Alexandrie, quart de sud vers sud oüest, cent trente trois lieües. Du cap de Gavate à Tortose, quart d’est vers sud est, soixante treize lieües. A Gibelet, quart de sud est vers l’est, soixante dix lieües. A Acre, quart de sud est vers l’est, soixante et dix sept licües. À Gasarie, par sud est, quatre vingts trois lieües. À Damiate, cent trente sept lieües. À Alexandrie, entre sud et sud oüest, cent trente trois lieües. Au cap de la Raxe par sud oüest, cent soixante dix lieües. Au

cap de Luque, quart de sud oïücest vers oùüest, quatre vingts

lieües. Au cap Ressalen quart de sud oüest vers oüest, deux .

cent vingt trois lieües. Au Goze de Candie, quart d'oüest vers sud oüest, cent soixante dix sept lieües. Du cap Blanc à Damiate par sud, cent treize lieües. Du cap de Salines à Alexandrie, quart de sud oùüest vers le sud, cent cinquante trois lieües. Du cap de la Greigue au cap de Gloriate, quart de nord est vers l’est, quarante deux lieües. À Tortose par l’est, quarante deux lieües. À Barut par sud est, cinquante lieües. A Suri, quart de sud est vers le sud, soixante lieües. Du cap S. André à Damiate, quart de sud vers sud oüest, cent cinquante lieües. À Acre, entre sud et sud est, soixante quatorze lieües. A Suri, quart de sud vers sud est, soixante quatre lieües. À Barut, entre sud et sud est et la fosse de Lucan, quatre vingt sept lieües. À Tripoli, par sud est, quarante lieües. À Tortose, quart de sud est vers l’est, vingt huit lieües. Au cap Raselgansir par l’est, trente lieües. Au port de Pellhea, sçavoir à la Jasse par nord est, quarante lieües. A Courcho, quart de nord, nord oüest, trente trois lieües. À Lenc de Bagasse, quart de nord oüest vers le nord, trente lieües. A Papadole entre oüest et nord oüest, quarante trois lieües. A Stalimure quart d'oüest vers nord oüûest, soixante lieües. Aux Cheledoines, par oüest touchant un peu au nord oüest, cent lieües. Voilà quant à la route de ceste isle.

Maintenant il faut que nous venions à la particuliere description d'icelle. Commençans donc à la partie occidentale ; pour venir à l'est s'offre le promontoire Acamas, lequel est faict en forme de deux tetins de femme, regardant en Asie le pays de Cilicie dicte Trachée, et auquel avoisinent deux isles dictes Carpasies. Puis, au sein est Bapho la nouvelle, esloignée par terre de l'ancienne Papho quelques deux lieües. Après, est le promontoire Zephirie ayant un abri et retraite pour les vaisseaux et navires, sous lequel fut la ville Maryée que depuis on nomma Arsinoë. À Papho, le pape Pie,

deuxiesme du nom, crea un siege d’evesque. Loin de ceste cy est l’ancienne Papho de laquelle on voit les seules ruynes, ce qui est advenu plus de terre trembles qui ont esté en ceste isle. Ayant passé ceste ancienne masure, vous venés au promontoire Drepan, avoisiné d’un autre nommé Phrurye d'où avant estoient jettés en la mer ceux qui touchoient l'autel d’Apollon. Au dessous d'iceluy fut la cité Curie que maintenant on appelle Piscopie, où le petit torrent Lyce va s’escouler vers la mer, venant des montaignes voisines, et de là estoit voisin le promontoire presqu insulaire de Curye, faict en forme ronde, auquel estoit le temple de Venus Actée ou Ascrée. L'autre lict du torrent Lyce vient à la cité ancienne d’Amathuse qu’ores on nomme Limecçon. Puis, après on voit le lieu où s'engoulphe en mer le fleuve Titie, lequel tendant à l’est, lavoit, le temps passé, la ville de Cithie, qui est hors de cognoissance, comme aussi sont Dadex et Theon. En ceste coste australe vous avés le lac de Salines où on tire le sel,et ceux du pays le cuisent un peu esloigné de la mer, et là, vous voyés une infinité de casals à cause que par cecosté la mer est aisée et la terre abordable tels que sont Lerica, assis sur l’engoulfement du fleuve Tenus entrant en mer, Masote, Peraschim, le cap de Chiti où estoit la cité Cithie : puis v est Chilachori, la pointe des Salines, le village nommé S. Lazare, Pile S. Georse et tout cecy est en la region appellée Amathusie. Puis vous paraissent les Clides et les islettes de Figere, Elstilari et escueil Roux : et là on double du sud à l’est vers le lieu où le petit fleuve Pedice entre en la mer, et là avés le promontoire Pedalium dict de la Griegue, puis le grand port et le plus beau de toute l'isle, asçavoir celuy de Tarnasse ou Famagoste, à l’entrée duquel vous voyés l’isle de S'° Catherine entourée de quelques autres islettes. Le long de la coste du port de Tamasse sont les casals de Comodora, Dirigine et Pigadie. Puis passant outre, voyés le port et promontoire de Constance et puis les ruines de la ville appelée anciennement Salamine et de laquelle S. Epiphanye fut evesque. Passant sur la plus

grande extremité de l’isle, vous voyés trois islettes qui sont encore nommées Clydes où est la face de Chypre regardant le pavs Syrien et où on dit que jadis elle se separa du continent par un terre tremble. Passant puis après Carpassie qui est sur un promontoire appelé jadis Sarpedon, on voit le lieu où fut jadis la cité de Golge, colonie des Sicyoniens. Soudain, s’offre la coste des Acheens, mais avant, il faut passer le promontoire qui maintenant est celuy de S. André et les islettes qui l’avoisinent et lesquelles sont nommées Morime, Pendare et Scordilli. Lors vous venés à laisser l’est et doublés vers le nord, y voyans l’ancienne ville Aphrodisium, puis la ville que jadis on nommoit Macarie et à present les Salines. Après, Ceraunie que maintenant on appelle Cerines, assise sur un goulphe de mer, ayant un port pour surgir, mais non gueres asseuré pour les vaisseaux. Vous venés après au cap de Cornachiti, jadis promontoire Cromiate qui regarde le pays de Carmanie où jadis fut avec un port et grand goulphe la cité de Soloë. Ce cap estant passé, vous courés cette coste septentrionale sans trouver ny villes, ny villages le long de la mer, jusqu’à ce que venés à Pentaie, Salie, Lette, Turlin, puis au cap d’Alexandrette appellé jadis Callinuse promontoire. De ce cap se faict un grand goulphe regardant au sud et prenant son pli vers l’oüest, sans qu’y voyés casal ny bourgade, jusqu’au recoin d’iceluy que voyés S. Helie, Muti, Cruchin et l'isle qu'on nomme Fontaine amoureuse et une autre dicte le Vieillard marin, et de là vous allés au cap S. Epiphanie auquel nous avons commencé la description de ceste isle.

Quant aux singularités et rarités de l'isle ensemble des seigneurs qui l'ont commandée, finalement par quels moyens le Turc l’a grippée, j’en ay (à mon advis) discouru si au long dans ma Cosmographie, que ce ne seroïit qu’icy charger le papier de redites, si je vouloie me mettre à dire ce qui seroit requis'.

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