‹ Le voyage de mon fils au CongoChapitre 10 sur 68 · AU CAMPEMENT · texte numérisé non relu

AU CAMPEMENT

MATAUl. 1-K " l'UIN'CE liAl'UUUlN' ». — LE CHEMIN DE FEU.

UNE ANCIENNE CAIMTALE. — LES l'ORTEUliS. — LE CHÊNE DE STANLEY. MENU. — PHOTOCliAI'HIES.

Au camp, devant Maladi, voilée Léopold, le IG juin 1892.

Depuis que je vous ai ('crit, nous avons drlinilivement quitté la vie d'hôtel, et nous sommes installés au camp, un peu au delà de .Alatadi, à sept ou huit cents mètres. Nous ne sommes pas restés à Matadi même, parce que Ihùtel n'est pas installé, et que, du reste, Tendroit où est Matadi est très malsain.

Nous sommes campés à deux ou trois cents mètres du Congo, sur une colline assez élevée, soixante à ([uatre-vingts mètres, et dominons une partie du cours du Congo, jusipi'au « Chaudron d'enfer ». On appelle le « Chaudron d'enfer » un endroit où le Congo forme une sorte de lac, entouré de niontagiu'S assez hautes (pii se retlètent dans l'eau et lui donnent une teinte noire. Quand on y entre en bateau, par un bout, on ne voit pas la sortie et on se dirait dans un lac suisse.

Nous sommes partis de Boma, Pot lier et moi. [»our rejoindre les autres, le 13 à neuf heures du matin.

Nous nous sommes end)ar(piés sur le petit steamer de l'Etat du Congo, le Prince Baiiduiilii, et. a[u'ès inu' heureuse traversée, agrémentée d'un excelleut déjeuiu'f. nous sommes arrivés à deux heures ù

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Matadi. Lo lonj;- do la roiilo nous avons vu beaucoup do crocodilos et de singes. J'en ai lire quelques-uns, mais d'un peu loin. Le capitaine du bateau a été plus adroit que nous, et il a démoli un singe blanc.

A peine arrivé à Matadi, je suis allé voirie commandant du district, qui a été fort aimable et qui était môme descendu pour nous recevoir, mais avec lequel j'avais fait chassé-croisé. 11 est marié, et sa femme vit avec lui à Matadi et se porte h merveille. Du reste, on a remarqué que les femmes se portaient bien mieux dans ce pays-ci que les hommes, et pour une raison facile à comprendre ; c'est qu'elles ne boivent pas

LA GARE DE CHEMIN DE FEU A MATAUl.

comme les hommes, qui n'arrêtent pas ici du matin jusqu'au soir, sous un prétexte ou sous un autre.

De là, je me suis rendu au camp, qui, comme je vous le disais, est situé à la vallée de Léopold, non loin de Matadi. Matadi, qui n'a pris de l'importance que depuis le commencement du chemin de fer du Congo, comprend une centaine de maisons, dont les principales sont l'hôtel — pas encore ouvert — la gare, les ateliers du chemin de fer et quelques factoreries. Le cbemin de fer, dont la voie est posée sur cinq kilomètres et dont on ouvrira l'an prochain une première section de cinquante kilomètres, part des bords du Congo à iMatadi; il a une voie unique à écartement d'un mètre (voie étroite) et suit les rives du Congo (la rive gauche) pendant cinq kilomètres; il est placé au flanc de coteaux escarpés, avec des tournants oxlrèmomont rapides, des pentes raides.

De sorte qu'à certains moments la locomotive et les wagons du matériel qui y circulent actuellement ont lair de vouloir aller faire une petite promenade au fond du Congo.

En arrivant à Tembouchure d'une petite rivière qu'on nomme le M'poso, le chemin de fer tourne à droite et s'enfonce dans les terres; mais ce qui retarde un peu, c'est que la voie n'est pas encore placée au delà du M'poso, 011 le pont est long à construire. Quand il sera terminé, il y aura vingt kilomètres sur lesquels la machine pourra circuler, car les nivellements sont faits. Les ponts sont tous en fer, et tous les travaux d'art sont

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NOTRE CAMP A MATADI.

construits le plus économiquement possible. C'est par la voie que nous sommes arrivés au camp, en la suivant pendant douze cents mètres. En arrivant, j'ai trouvé toutes les tentes dressées et tout bien arrangé ou en train.

Nous avons été obhgés d'acheter deux tentes ici, parce que les anciennes étaient trop petites pour nous abriter tous et qu'il est presque impossible de s'installer à deux dans chacune d'elles, étant donné surtout le nombre assez considérable de bagages qui nous suivent. J'ai trouvé tout le monde en bonne santé. X... avait été un peu souffrant, mais il était complètement retapé à mon arrivée, et aujourd'hui l'état sanitaire

ne laisse lirii à drsircr. .1 ai Uoum' sinilciiiciil ([achjuc hishillc ciilrc Julien el X...; mais, grâce à mon intervenlion, elle n'a })as lardé à se calmer, el loul esl renlré dans l'ordre, du moins pour quelque temps.

L'énervemenl et la lassitude qu'on éprouve sous un tel climat ne sont point élrangers aux manifestations de susceptibilité et d'humeur dont on est témoin dans ces pays-ci, et elles ne doivent point étonner de la pari de gens d'ailleurs froids et maîtres d'eux-mêmes dans toute autre contrée. Mais, au fond, tout a a bien parmi nous, et je suis ravi de coucbei- sous la tente. Presque toutes les charges sont en route pour Léo[)oldville, el nous partirons nous-mêmes probablement lundi avec la dernière caravane qui conqu'endra soixante à quatre-vingts hommes. La roule est difticile [tendant les premiers jours, mais devient très commode dans la suite. Du reste, nous mettrons vingt-cinq jours à accomplir un trajet (pii n'en demande généralemenl (pie dix-iiuit, et nous })rendrons notre temps.

Hier, nous sommes allés à Vivi, première capitale du Congo que Stanley avait établie. Il n'y existe plus qu'une seule maison aujourd'hui, dans la<[uelle réside le cbef de posle, chargé de la réception des caravanes et de leur dé[»arl. Il nous avait invités et nous a retenus à déjeuner. \ons avons f;\it un i-ejtas vérilablenu'nl copieux et ari'osé de plusieurs \ins généreux, car les Belges ne comprennent et ne [nati([nent riios[titalité écossaise qu'à l'aide de nombreuses libations. A l'enconlre de la mode anticpie, ils les ingurgitent eux-mêmes elles font ingurgiter à leurs hùtes, au lieu de les répandre inutilement sur un sol toujours altéré.

Deux mots, en finissant, sur nos deux nouveaux compagnons. Y... est un peu jeune et un peu distrait, mais plein de bonne volonté et faisant un dur ap})rentissage. Poltier est très bon garcjon, débi'ouillard. C'est le boute-en-train du campement; il a fait quelques photographies qu'il dé\ eloppera ce soir, et, s'il est possible, je vous en enverrai dans cette lettre.

(Sons 1(1 iiiciiic ciirclDjqH'.)

Au camp, devant Maladi, vallée LeopoM, lundi :20 juin 18Ui'.

CeUc It'ltre n'est que la contiiuiiition do sa camarade (|ue j'expédie sous la, même envelo[»[>e. Xdus ne parliruiis pour I.éopoldville que samedi au plus loi. Ce retard, assez considérable, provient de la difli-

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