DIFFICULTES DE RECRUTER DES PORTEURS. LES NOIRS VOLEURS
Manjanga-Nord, Congo français, le 19 juillet 1892.
Ce n'est décidément pas facile de recruter des porteurs, et on ne peut avancer qu'avec une lenteur désespérante. Quand on pense que nous devions être ici pour cinq ou six jours, grand maximum, et que nous y serons probablement quinze au minimum, et dans un pays où le portage est relativement facile et où le recrutement des porteurs s'opère régulièrement! D'après tout ce que je vois, il ne nous sera guère possible d'être aux Falls avant la mi-septembre au plus tût, et je ne crois pas que nous puissions en partir avant les premiers jours de 1893.
Il y aura des modifications imprévues, mais je crois rester dans les grandes lignes, d'après ce que j'ai vu en posant ces délais. 11 est vrai que la température et les conditions climatériques changeant à mesure que nous avançons, il est impossible de prévoir quelque chose de fixe à quelques mois près.
Nous sommes allés, hier, A^oir un village nègre, où le chef nous a reçus; c'est un gaillard extraordinairement solide, qui, paraît-il, a porté une fois trois charges d'ici à Matadi. Trois charges représentent environ quatre-vingt-dix kilogrammes, et c'est rudement lourd, étant données surtout les grimpettes de la route, telles que vous pouvez vous en convaincre, en jetant les yeux sur la lettre que j'ai écrite à ma sœur. Notre
départ n'est pas encore fixé à Theure où j'ajoute ces lignes (20 juillet, onze heures et demie du matin), mais je ne crois pas qu"il s'effectue dans plus de deux ou trois jours, ce qui nous fera ici un séjour très respectal)le et très clier, vu que les vivres coûtent horriblement et que les nuirs ont [tour le vol une inclination encore plus marquée que celle des Juifs d'Orient, ce qui est invraiseudjlable.