NOUS RENCONTRONS UNE R A N D E D HIPPOPOTAMES
millier de cases, à peu près pareilles, construiles on bambou et recouvortos de chaume. Nous quittons pou api'ès la ri\i' ib' l'Ktat indé})endanC pourallorà travers los îles rejoindre celle du Congo français: mais la navigation n'est pas très facile, et plusieurs fois nous manquons d'échouer sur les bancs de sable. Le sondeur qui est à l'avant et qui sonde avec une perche de 3'". 50 environ, accuse plusieurs fois 2", 50, 2 mètres et même parfois l^.oO et r'.20 do fond. Comme nous calons environ i"'.t0. il osl des endroils où nous passons jusie el (pii nous obligent même à faire (b'uii-lour.
Au milieu dos îles, nous renconlrons pbisicur'^ fois des baiules do
vingt ou Ironie liippopotamos. quo nous saluons do coups do fusil ol do carabino: mais commo. la [)lupart du lomps, ils sont à quatre ou cinq cents mètres, ils semblent se préoccuper fort pou de noire artillerie, ol, après avoir plongé quelques secondes, ils réapparaissent une dizaine de mètres plus loin.
Vers deux heures, nous sommes obligés de stopper. Les foui-neaux do la machine réclament à grands cris leur nourriture, c'est-à-dire du bois. On s'arrête donc dans une petite îb? aux trois quarts inondée. On coupe ra})idoment quelques Aieux troncs d'arbres secs, et à trois houi'os et demie on se remet en marche. Xous apercevons la rive française, à quinze cents mètres : mais nous en sommes séparés par une suite d'îles, de sorte qu'à cinq heures et demie nous sofumes forcés d'aborder et d'atterrir dans une ile.
Je descends un des premiers à terre, et je m'aperçois avec terreur que l'Ile est infestée de moustiques de toutes taillos; en revenant au bateau, j'en étais littéralement couvert. Le présage n'était pas bon, et nous ne devions pas nous attendre à passer une bonne nuit. Dos le soir, les bataillons serrés de ces sales petits animaux ont commencé à nous livrer des assauts terribles, et pendant tout le repas on voyait tout le monde en train de se gratter les jambes ou de se donner des gifles, pour écraser ces ennemis insupportables. Après le dîner, nous essayons de faire un tour dans la Duchesse Anne; mais nous sommes emportés par le courant et nous sommes obligés d'appeler des pagayeurs de renfort, pour nous donner la remorque et nous ramener au port, ou plutôt au vapeur.
Je ne veux pas parler de la nuit, étant de celles qu"on peut marquer d'un crayon noir et dont le souvenir nous restera longtemps cuisant. Les moustiquaires ne servent à rien devant des invasions pareilles , auprès desquelles celle des Perses en Grèce n"est qu'une simple promonade, une visite amicale. Tous les hommes et Pottier passent la nuit debout près de grands feux. Moi, je dors un peu; mais le lendemain ({uelle figure! A'ie! aïe! Pour un peu, je croirais quo Ton s'est trompé, et que ce n'est pas moi quo Sliman a réveillé.
Nous voilà au 4 octobre, et je pense quo vous avez déjà peut-être sorti les chiens, et que la première curée de l'année de chasse 1892-93 a fait
retentir les futaies des forrts de Rambouillet. Nous voyous ici de rik'lles futaies, mais la vial)ilité laisse à désirer, et je crois qu'on aurait du mal à suivre une chasse à courre, même à pied.
Nous quittons l'île inhospitalière qui nous a emmoustiqurs loute la nuit, et où l'on n'a [ui faire que très peu de bois, et nous reprenons notre navigation au travers des îles, vers six heures du matin. Trois petits quarts d'heure après, nous sommes à court de bois de chauffage, et dans un endroit qui parait propice on ftiit halte. Quelques moustiques veulent encore revenir nous rendre leurs visites intéressées et peu intéressantes. Ce n'est vraiment plus de jeu. Au moment où nous sommes partis, ce matin, le Congo était couvert en entier d'un brouillard assez épais qui s'est dissipé quelque temps après. On ramasse du bois en quantité suffisante, et vers neuf heures quinze nous nous remettons de nouveau en route, toujours au milieu de ces îles à demi submergées, et dont quelques-unes sont extrêmement boisées. D'autres, au contraire, sont de vastes marécages, repaires des hippopotames, des crocodiles et d'animaux bien plus féroces, nommés moustiques, qui décidément n'ont été inventés que pour faire enrager les malheureux mortels.
Vers une heure, on aperçoit deux énormes cornes qui traversent le bras du lleuve sur lequel nous naviguons. De loin, on aurait pu croire deux bois de cerf... « Un cerf à l'eau! » crie je ne sais plus qui. Nous nous précipitons aux fusils, et le bateau se rapproche rapidement de l'animal qui cherchait à atteindre la rive. C'était une splendide anlilopecheval. Un peu de mousqueterie la salue, on se rapproche, une balle lui traverse le cou, une autre lui casse une corne. Moi, j'enrageais, ne trouvant pas mon escopette. Eh bien! malgré ses blessures, Tantilope parvient à gagner la berge et, bonsoir! s'enfonce au milieu des fourrés, à notre grand désespoir, car nous comptions tous faire un excellent dîner avec cet animal, dont la chair est, paraît-il, excellente.
Cette émotion calmée , nous repartons et sommes bientôt dans le delta de l'Alima, à son confluent avec le Congo. Vers deux heures et demie, stoppage quotidien dans une des îles, à quelque distance de l'embouchure de l'Alima, où nous établissons le camp et passons la nuit. Je mets « nous passons la nuit », mais Dieu sait comment! Jusque vers dix
heures et demie les moustiques se taisaient, etje les croyais en train de jouer relâche, lorsque le temps s'est tout à coup mis k Forage, et les petits bon. . . où. ..où... se sont mis à recommencer, et, malgré la meilleure volonté du monde, le sommeil n'est pas venu. J'ai voulu combattre les moustiques, mais impossible; j'ai dû leur abandonner le champ de bataille, c'est-à-dire mon lit, ayant les mains, les pieds, les jambes et la
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