‹ Le voyage de mon fils au CongoChapitre 33 sur 68 · S ÉTAIENT STCPÉKAITS 13 E NOS GANT · texte numérisé non relu

S ÉTAIENT STCPÉKAITS 13 E NOS GANT

le domestique d'un voyageur quelconque. Mais où l'enthousiasme esta son comble, c'est lorsque j'approche une montre de l'oreille de l'un d'entre eux. Tous, à tour de rôle, veulent en écouter le « tic tac », comme ils disent. Les femmes elles-mêmes veulent l'entendre ; mais, plus pratiques que leur progéniture, elles nous demandent des miroirs. Je crois que pour elles c'est Tobjet de traite qui a le plus de valeur et qui pourrait servir de monnaie d'échange dans toute l'Afrique occidentale intérieure.

Le village de Loumi est situé sur une berge abrupte oîi les étrangers ont peine à accoster, et lorsque les indigènes veulent en défendre l'accès, rien ne leur est plus facile, puisqu'ils ont ajouté à cet obstacle naturel une forte palissade en haut de cette berge. Quoiqu'ils soient de la race bondjio, leur commerce avec les blancs est plus important que celui des villages rencontrés jusqu'ici, par la raison que la plupart des bateaux y font escale. Cependant les femmes ou quelques-unes d'entre elles nous regardent d'un œil étrange ou même se cachent le visage à notre approche, ne voulant probablement pas profaner leurs regards à la vue d'êtres aussi laids que nous. J'avoue avoir été très flatté de cette opinion du beau sexe noir à notre égard. Les habitants veulent à toute force nous retenir et nous demander de passer la nuit dans leur village; mais le bois est, paraît-il, suffisant aujourd'hui, et, malgré toutes leurs supplications et promesses, nous repartons au milieu des « acclamations d'une foule en délire » (style journaliste).

La chaleur est très forte à midi et demi, heure de notre départ de Loumi. Le soleil tape dur, l'atmosphère est lourde; tout fait prévoir un orage pour tantôt. Cependant, lorsque nous arrivons au village de Bondoungou, sur la rive française, à trois heures et quelques minutes, il n'a pas encore éclaté. Les habitants sont moins braves et font une tête michair, mi-poisson, en nous voyant débarquer. Ils viennent cependant nous dire bonjour; mais ils veulent absolument faire l'échange du sang. Julien et Pottier se sacrifient et font cet échange. iMoi, je regarde celte cérémonie. L'oi)érateur, comme je vous l'ai dit. fait une légère incision cutanée en pinçant légèrement la peau, et met ensuite une sorte de terre glaise et de poussier de bois sur les deux plaies que les deux non-

veaux amis se froUent Tune contre l'autre avec frénésie. Puis, après deux ou trois gestes bizarres exécutés sur le blanc et l'indigène, tout est terminé, et l'assistance pousse des clameurs variées, en intercalant un nombre considérable de « malamou » et des « hou », des « ha » de toute sorte. J'ai préféré regarder et demander aux autres leur impression. J'ai toujours bien le temps de me faire faire au bras cette petite piqûre qui n'a rien de bien agréable. La cicatrice marque assez bien, et tous les chefs en ont sur les bras une collection, qui s'ajoute à leurs tatouages pour former leurs vêtements, réduits ici à bien peu de chose. Je crois que j'aurai chaque jour quelque chose de neuf à vous raconter au point de vue de la cuisine qu'on peut faire avec un homme. Les indigènes voyant un de nos soldats malades, et ayant l'air de dormir, nous ont proposé de l'acheter pour le manger, disant qu'il serait excellent! Jugez de l'effet produit par cette demande au moins indiscrète adressée aux camarades de cet homme ! Ils se sont bien tordus de rire pendant plusieurs minutes. L'orage que nous craignions s'est heureusement réduit à des éclairs et du tonnerre dans le lointain.

24 octobre. — Le bateau, toujours à cause du bois, n'est pas paré (terme de marine) à la première heure, et, comme dans la chanson, je me promène en attendant. Je m'arrête au milieu d'un groupe de sauvages, et je les regarde, appuyé contre un arbre. Plusieurs s'approchent de moi et me débitent des discours auxquels je ne comprends pas naturellement un traître mot. Finalement, ils s'enhardissent et commencent à me tâtcr avec curiosité. Un attroupement se fait autour de moi : les uns me tripotent les mains et les regardent avec attention; d'autres, plus hardis, déboulonnent les manches de ma chemise et passent leurs mains le long de mes bras; quelques-uns, plus audacieux encore, me passent la main dans le dos. Je me laissais faire tranquillement, et cela m'amusait. D'un conmmn accord, cet examen passé, ils me firent com- })rendre par gestes, en se passant la main sur le ventre, que je devais être excellent à manger. Cette perspective ne m'a pas du tout séduit, et, bien qu'ils m'aient vivement engagé à rester, je suis remonté sur le bateau, qui filait à iiuit heures (|LiiiiZ('. Co qui m'a stupéfié, c'est la tranquillité

avec laquelle ils ra"onl raconté tout cola, en nie faisant même toutes sortes do protestations amicales.

Après une navigation assez rapide, de trois heures environ, nous stoppons de onze heures à une heure quarante-cinq pour ramasser du bois mort, et nous repartons. A trois heures quinze, nous nous arrêtons

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