‹ Le voyage de mon fils au CongoChapitre 47 sur 68 · EXPÉDITION CONTRE LES BOUBOUS · texte numérisé non relu

EXPÉDITION CONTRE LES BOUBOUS

4 février.

Réveil ù trois heures et demie. Départ vers cinq heures et quart. Débarquement à cinq heures et demie au deuxième marché et prise du village enlevé par deux feux de salve de Juchereau. Une légère brume gène les opérations. On établit dans le village un poste d'une douzaine d'hommes commandés par un Sénégalais. Le brouillard se lève, et nous marchons en bataille sur le village de Palza, que nous devons rencontrer dabord. Le guide qui nous conduit est un des rares hommes échappés au massacre de M. de Poumayrac. Il est resté depuis aux Abiras, dans l'espoir de retourner le venger. C'est un Yakoma, allié des Nzakkaras. Nous traversons une légère brousse, puis quelques buissons dans une ligne de thalweg; nous arrivons bientôt au village de Palza, qui se trouve sur un plateau. On s'empare immédiatement de la droite du village (droite, étant donnée notre marche), et nous avons alors aperçu d'assez loin quelques Boubous qu'on disperse par quelques feux de salve. Le village de Palza s'étend à notre gauche ; nous l'enfilons également, en mettant le feu aux cases successivement. Nous pouvons remarquer en même temps la propreté du village, balayé le matin même. Des champs de patates, des plantations de manioc, beaucoup de palmiers et de bana niers. Le village de Palza est brûlé, sans que nous apercevions de Boubous; mais nous les entendons dans la brousse i)Ousser leurs aou-aou.

Arrivés au village de Banga, nous mettons le feu aux premières cases. Le village s'étend dans l'intérieur. La chaleur commençant, nous entamons le mouvement de retraite vers les pirogues. Les Boubous saisissent l'occasion pour nous entourer ou plutôt l'essayer. Ils s'approchent jusqu'à une cinquantaine de mètres de nous ; mais les dégâts que nos feux de salve ou à volonté font sur eux les effrayent un peu, et

ils s'écartent, se contentant de harceler les flancs de l'arrière -garde. Cette dernière est la plus inquiétée et reçoit des flèches et deux couteaux. Curieuse manière de lancer les couteaux par les Boubous. Un Sénégalais de l'arrière-garde est légèrement blessé par une flèche, et un Banzyri plus grièvement dans le dos.

Nous arrivons à la rivière à environ trois kilomètres en aval du marché brûlé, et remontons le long de l'eau sans attendre les Boubous; tout à coup on entend le poste resté au village brûlé tirer des coups de feu. Le guide yakoma manque de tomber dans un trou. Retour au poste à dix heures et demie: celui-ci n'axait repoussé qu'une légère attaque. En face de nous sur l'autre rive se trouve un millier de Nzakkaras, hommes, femmes et enfants, venus pourvoir si nous sortons réellement du pays boubou. Quelques braves ont cependant traversé le fleuve. Nous nous rembarquons et allons bivouaquer chez eux.

Nous avons fait dans la journée nos quatorze kilomètres. Nous avons eu affaire à sept ou huit cents Boubous. Nous en avons tué une trentaine, blessé au moins autant. Aussi ce soir-là les Boubous se taisent-ils. La rive droite reste silencieuse. Soirée tranquille.

Dimanche 5 février.

Repos au village yakoma. Journée chaude. Charrier a la dysenterie. Nous concertons notre plan de campagne pour le lendemain. Les indigènes racontent des choses extraordinaires sur les projets de résistance de nos ennemis. Les Boubous sont toujours silencieux.

Dans l'après-midi, je vais visiter le village de Bagou. D'abord, arrêt au poste français. ])Our prendre une consommation qui consiste en un exceiiriit verre (keau de source. Puis je vais voir M. Bagou, homme très poilu, avec uih> moustache effilée et une biirl»e on collier. 11 porte un chapeau orné d'nne dragonne d'ofliciei'. un v(>slon bleu qu'il (iéixmlonnr de Icmps à antre pour se rah'aîchir. un pantalon. C'est un gentleman. A côté de sa case, il a son sérail composé d(> trois cases entourées d'nne palissade de feuillage avec un(> petite [)orte.

Nous le laissons bientôt en grantle con\ersation a\ec .M. Liotard et

Jioiis allcuis \oii- le laiii-laiii. adiiiicci- les danses de iXzakkaïas (|ai icssoinblL'nt jj.euucoup à une gigue uiigluise et se rajipru^lienl des danses eiii'0[téennes. Ce (iiii ii'eiiipèclie pas quelques danseurs de se lixrer à ties easaliers seuls plus on uioius exeeulri(|ues. au milieu du cercle loiiné par les autres. Dans ce cercle se lieunenl aussi les musiciens. Leurs instrumenls sont le iaui-lani, la duuhie cloche à deux stuis, le piano nzakkara c'esl-à-elire le x^lopliom". (Juel(|uefois on y joint des llùles, des castagneltes et des sabliers.

Les marchandises que préfèrent les jXzakLaras souL les fusils, les ca[)sules. la poudi'c, et pour les chefs les >ieu\ hahils. [tantalons, vestons de couleur bleue. Vers quatre heures et demie, relour au Aillage yalvoma par la route, vrais sentiers de noirs, eu tire-houchon. traversant des bois d(" haute futaie. encond)rés de lianes et cou[»és par d aulres sentiers. A la saison des pluies, tout cela doit être inondé.

6 jecrier.

Réveil à quatre heures, endjarquemenl à cin([ heures et demie, pour descendre la rivière et débar({uer au premier marché ])oubou. Pendant le trajet, on entend les sentinelles ennemies pousser leurs cris d'alarme le long de la rivière. Les Boubous croient que nous descendrons jusqu'au point où M. de Poumayrac a été tué. Us y ont fait, dit-on, des travaux de défense.

Arrivés au })reniier marché, nous débarcpions sans encoudjre. Les dispositions de combat sont les mêmes (pie la veille. On laisse nn poste sous les ordres d'un Sénégalais pour surveiller les }»irogues. On monte sur le plateau et on arrive au village banzi qu'on conmience aussitôt à incendier. A la première salve exécutée par les hommes de Riollot, un Houhou 1ond)e. Ou le décapite immédiatement. Arrivée de sept ou huit cents auxiliaires nzakliaras qui se suivent en longue lile, la lance à la main et en assez bon ordre. Ceux qui ont des fusils cherchent à imiter nos soldats. Quelques-uns esquissent un semblant d'alignement, el lim d'entre eux commande : « Feu! » Pas mal de cabris et de poules succombent sous leur fer. Nous continuons notre promenade militaire en

hrùlaiit le village, sans apercevoir les Boubous. Au moment du retour, on les voit de fort loin et on leur envoie quelques feux de salve à sept ou huit cents mètres. Les auxiliaires nzakkaras massacrent quelques femmes et quelques enfants, et font trois prisonniers, qu'ils amènent à i\l. Liotard.

Nous revenons à la rivière. Notre petit poste a été attaqué. ^lais il a repoussé l'ennemi et lui a tué cinq hommes.

Rembarquement à dix heures et demie par une grosse chaleur. Spectacle très pittoresque offert par les traversées successives des Nzaldcaras, qui, après avoir déchargé une dernière fois leurs fusils, sautent légèrement dans les pirogues et retournent rapidement vers la rive opposée, sans ouhher toutefois les corps des hommes et des femmes qu'ils ont tués. Rentrée au hivouac à une heure et demie. Dans la soirée, les Nzakkaras se livrent à un grand festin anthropophagique que nous n'avons pas les moyens d'empêcher. Ils font griller les corps de leurs ennemis, enlèvent la peau, envoient leurs enfants laver les tripes à la rivière, mettent ensuite les morceaux de viande dans leur marmite, en y ajoutant des épices, et s'en régalent.

Arrivée hizarre de Bagou, qui amène aux populations émues les femmes de son père.

Trois coups de feu pendant la nuit.

7 février.

Réveil à quatre heures, on traverse la rivière et on débarque en face, un peu avant le jour. On prend immédiatement le sentier qui meneau village de Palza. On détaclie un poste qui doit aller nous attendre au deuxième marché houbou. Une demi-heure de marche rapide nous amène aux cases de Palza, dont quelques-unes n'avaient pas flambé. Nous complétons la razzia. Mais les cabris et les poules ont été enlevés par les Boubous, devenus plus prudents. Nous prenons ensuite par le nord et nous passons en debors du village de Baiiga, dont la plus grande partie llambe. Là, nous commençons à apercevoir les Boubous et à leur envoyer quelques feux de salve. Suivant leur lactique, dès que nous

commençons à battre en retraite, ils cherchent à nous harceler et à empêcher notre mouvement. Quand nous retraversons Fextrémité du village, ils s'approchent même assez près de nous. Mais nous sommes en plaine, on forme le carré, et les Boubous tombent en grand nombre sous nos salves, qui se succèdent rapidement. Dans un fond plein de palmiers et situé dans un village que les Sénégalais couvrent de feu et où Ton entend beaucoup de cris de guerre, un Nzakkara, voulant, avec quelques-uns de ses camarades, enlever un cadavre boubou, reçoit un coup de zagaie et bat en retraite.

Le retour aux pirogues s'efPectue en assez bon ordre ; mais les Boubous, poussant leurs cris de guerre, s'approchent encore assez près, quoique moins audacieux que les premiers jours. Après la traversée assez dangereuse d'un petit bois, où deux hommes de Tarrière-garde sont légèrement blessés par les flèches, on atteint les pirogues vers dix heures et demie et on se rembarque. On peut estimer ce jour-là les pertes des Boubous à cent hommes tués ou morts de leurs blessures, plus une cinquantaine de blessés. Un Nzakkara a été assez grièvement blessé par une flèche. Le chef du village boubou de Banga a été tué. Les ennemis se sont enfuis au loin dans la brousse.

Nous avons fait environ quinze kilomètres. Effet moral considérable sur les populations avoisinantes pour lesquelles les Boubous étaient invincibles. Les fils de Bangassou nous ont accompagnés tout le temps. Journée moins chaude, temps couvert, orage pendant la nuit.

8 février.

Journée de repos au village )akonia. Dans l'après-midi, Julien et M. Liotard vont au village de Bagou et font un cours dhisloire à Bagou et au jeune Barouka. Ce dernier est un des flls de Bangassou, âgé d'environ quinze à seize ans, paraissant assez intefligent et envoyé par son l)ère pour demeurer avec nous et nous demander de venir faire un poste eliez lui. Il serait possible d'amener en Europe Bangassou et peut-être plus facflement un ou deux de ses fils.

Le départ définitif est fixé à demain. Julien est très soufl'rant.

'Jfc

Dépaii \('rs six Iumii'cs. Sl(i|i[ir ù S('[)l liciiics cl deiiiic aii-dcssoLis du premier iiiarclir l)(iid)()ii. On doil allci' au ^illai^■(' yalvOina de l>aiiz}ri. à quelcjUL'S kiltmirlius dans les (('nés (»ù les lioulxjiis uid, [tarail-il, envoyé Iciiis l'ciunies cl leurs calnis. Ou Iruvcrse successi^euleul des ])ois et des marigots. On aperçoit des endroits où ont dû coucher les indigèni's; mais, comme noire marche est éventée, nous n'apercevons (pi'un iiuligéne, [uohahlement une senlinelle. qui reçoit une vingtaine de halles à ([uel([ues mètres. Marche [)énihle. Arrivée au \illage de Bair/Aii. Les indigènes se sont sauvés, sans songer à se défendre, hien ([ue leur village soit fortilié et enlouie de marigots. On le l)rùle, ainsi (pie plusieurs autres cases qu'un renconli-e.

11 est onze heures et demie. On marche encore quelque temps sans rien voir. Julien a un peu de hèvre céréhrale Le tirailleur Ben-Aïssa laisse maladroitement partir son fusil et se hlesse grièvement à l'aisselle. Nos auxiliaires confectionnent un lu'ancard et le portent.

Julien a pris les devants et marche sur Touramha. En route, les Vakomas massacrent une vieille femme, prétendant qu'elle les insultait. Voilà ]>ien la hravoure des noirs du Congo, à l'exception des Boubous, qui se sont bravement comportés. Nous trouvons un petit village yakoma dont les habitants se sont sauvés. Nous le respectons.

A une heure et demie, on envoie chercher des pirogues chez Tourandja, et, à trois heures, nous débarquons à son village situé entre les rivières Bandou et Oubanglii. 11 est désert. Nous campons dans les cases et nous l'eposous. a[irès une journée très faliganle el moins fécondi^ (mi résultais (pie les aulres.

Les Sénégalais ont monlré [dus de lenueetde résislance à la fatigin^ (jne les Ai-al)es. el surloul beaucoup plus d'eulrain. Julien a\oue ([u'il s est Iroiupé siu' la Videur res[)ective des deux trou[)es.

Nuil IraïKpiille. troublée seulement parles réclamations des Vakomas, au\([uels leurs camarades, les pagayeurs, ont dérobé bien drs choses.

RETOUR AUX ABIRAS

10 fcrncr.

Nous quiltons Tourainba à sept lioures ciiiquanle. Notre pirogue, très lourde, reste en arrière du convoi. A dix; lieures, nous passons devant IMobili et nous constatons que, pendant notre expédition, les Belges l'ont brûlé.

Un indigène se détacbe de la rive et nous apprend que les Yakoraas des Abiras veulent nous apporter des vivres. En effet, deux heures et demie plus tard, nous rencontrons des pirogues avec des drapeaux qui viennent jeter du manioc dans notre pirogue; leurs équipages nous saluent, poussent des cris et des chants en Tbonneur du retour de M. Liotard.

A deux heures quarante-cinq, nous accostons au premier village yakoma, et, après une marche interrompue par une bolée de vin de bananes, nous arrivons à quatre heures et demie au poste des Abiras.

Tout le monde est fatigué. Julien est malade. Pottier a une fièvre légère, ainsi que Riollot. Un de nos tirailleurs est mort pendant notre absence: un fusil a été volé. Repos de bonne heure.

Température lourde toute la journée.

11 frrrier.

Repos et contre-coup des fatigues. Tout le monde a mal quelque part. Julien : diarrbée et fièvre, suite de dysenterie. Pottier : embarras gastrique et fièvre. Riollot : fièvre. M. Fraisse : hèvre et mal au foie. M. Jncbereau : fièvre et rendennuitde l)ile. M. Liotard : b'gèrr indisposition. M. de Kerraoul : fort(^ gastralgie. Moi : fièvre et diarrhée. Joli tableau !

Le soir, orage et tornade assez violents vers sept heures et demie.

12 février.

Légère fièvre. Tout le monde est énervé. Dans la soirée, Julien a un accès de folie furieuse qui se calme vers dix heures.

13 février.

Tout le monde souffrant. On nous apporte la tête de l'infortuné M. de Poumayrac. (Envoyé détails par lettres.)

14 février. (Mardi gras!)

Comme la veille. On nous annonce le décès de M. Delcommun, directeur de la Société anonyme belge, et le départ de M. Dolisie pour la France.

15 février.

J'ai la dysenterie. Clôture du courrier pour la France. La température se relève, et le thermomètre marque des minima de 23 degrés. Le temps est toujours beau et sec.

Notre victoire sur les Boubous a produit une bonne im^tression sur les Nzakkaras.

Julien est toujours très malade et sombre. Un nuage considérable de criquets passe au-dessus de la rivière et ne s'arrête heureusement pas ici.

16 février.

Dysenterie. Diète forcée. Maladie bien ennuyeuse. Julien malade de corps et d'esprit. Départ de MM. Angier et de Kerraoul })ar courrit>r extradirect et rapide.

17 février.

Encore la dysenterie. Julien demande à retourner en Europe. J'ai un

AltMKS CONGOLAISES.

:oi.le(;tio\ di: duc d lzès

léger moiivomeiit de déeouragement. Adieu les grands projets! 11 est certain pourtant que dans les conditions où il était et où il nous mettait, son départ était nécessaire. Comme le climat africain avarie les hommes et les caractères!

/(V [rrricr.

Je vais mieux. Julien et Riollot [)réparrnt leur départ. Les BouIjous font demander la paix à jM. Liotard. Ils nous ont rendu le crâne de Al. de Poumayrac, (jui a été emporté par M. de Kerraoul. Us rendent peu à peu ceux des Sénégalais massacrés. Grande influence de iM. Liotard sur les ?szakkaras.

19 fêcrlcr (dimanche).

Vers huit heures, Julien part pour l'Europe dans une pirogue, avec trois tirailleurs pour escorte. Tristes réflexions que me suggère ce départ. La faute que nous avons commise en engageant des Arahes.

A dix heures, Rioflot part avec six hommes pour Banghi, afin de ramener le restant des charges. Il ne sera de retour que dans un mois et demi, car les transports ne sont pas rapides dans ce pays-ci.

20 fée fier.

Aggravation de la dysenterie. Maladie très grave de M. Alhrechts, sous-gérant de la factorerie liollaudaisc des Ahiras. Commencements de travaux au camp. Organisation du jardin. Pottier travaille ferme.

21 [écrier.

La maladie suit désagréablement son cours. Diète obligatoire, sauf le lait et les œufs. M. Alhrechts est mort ce matin à quatre heures vingt-cinq d'une hématurie bilieuse, à l'âge de vingt-huit ans.

22 févriei-.

A huit heures et demie, enterrement de AI. Alhrechts, au([uel viennent

assislor deux Belges : un liciilciiant et un doclcur. C.c dernier nie donne un traitement à suivre : naphtol cl santonine. Kèves d'avenir!

23 février.

Toujours faible et dysentérique. Les journées s'écoulent, ternes. Je n'ai aucun goût pour rien faire. Quand le corps est fatigué, l'àme et le cœur son ressentent. Il ne faudrait i»as que ça continuai trop longtemps, car tout se détraquerait.

Ciel couvert toute la matinée. Le soir, léger halo lunaire assez commun dans ce pays où l'atmosphère est saturée de vapeurs d'eau. Basse pression fatigante.

24 février (vendredi).

dont l'accent porte principalement sur l'ullième et plus rarement sur la pénultième. Cela fait une sorlc de chant parlé qui s'exagère sous le coup d'une émotion quelconque.

25 février.

Nos travaux continuent au jardin, à la roule, au débroussement. Obligé de rester couché.

26 février.

Dysenterie, suite et malheureusement pas fin. Déjeuner au poste et dîner dans notre petite installation définitive au camp.

27 février.

Visite (in ilocteiir Ixdge et de (|uel(pies .\/.akkaras. dont l'un, émissaire de Bangassou, dit-on, est habillé en général anglais, avec des souliers jaunes, un pantalon, des chaussettes et une veste rouge galonnée.

^-'tS' février.

Nous avons des nom elles de Julien et de Riollot. Ils sont en bonne santé. Visite de Labassou, frère de Bangassou, chef assez important qui itpporle à M. Liotard de l)elles pointes d'ivoire. Discussion }>olitique avec ce personnage qui est impotent, ne peut marcher et va à califourchon sur les épaules d"un de ses esclaves. Il a Téléphantiasis ou la lèpre.

Mercredi 1" mars 1893.

Départ de M. Liolard pour la rivière. Descente. Une petite réquisition aux Abiras.

Mieux sensible pour moi. Le mât du pavillon est hissé. Orage menaçant.

Temps orageux presque toute la journée, couvert et assez maussade. Menaces de tornade à l'horizon.

Amélioration sensible dans mon état de dysentérique. Tempête et vent faible, le soir.

Le matin, vers six heures, léger orage, et pluie jusque vers huit bcures. Grosses averses et ^ent du nord-nord-est. Température de 17 degrés.

Toujours dans riin[)ossibilité de rien faire, même à peine la force d"aller au poste.

Vie renfermée et légèrement découragée, la guérison se faisant attendre trop longtemps et toute espèce d'exercice interdite. Régime aux œufs et au lait peu fortifiant.

Inauguration du pavillon de notre camp et petite revue passée le matin. Déjeuner au camp offert à MiM. Juchereau, de Brégeot, Fraisse et T rainés.

Toujours tourmenté par la dysenterie. Décidément, ce n'est pas folichon d'être à poste lixe sur l'Oubanghi. Malgré le grand nombre de vivres qu'on a dans le haut, on est ici sur un lorriloire malsain. Hélas! pourquoi ne {)eut-on avancer?

6 nian

Déjeuner du docteur Roussen au camp. Etat toujours stationnaire, c'est-à-dire peu agréable. Visite du nouvel agent de la maison hollandaise remplaçant M. Albrechts. Visites de quelques Nzakkaras assez fréquentes ces jours-ci, se disant presque tous envoyés par Bangassou pour attirer M. Liotard et lui faire former un poste dans ce dernier endroit.

Le soir, projets bizarres et un peu désespérés. Découragement.

Toujours la même vie. Dysenterie et peu d'espoir de guérison immédiate. Ht'Iour. dans la soirée, de M. Liotard qui a trouvé la rivière extrêmenicnl tranquille cl (pii. d'après les demandes des hommes de loiil le [uiNs n/.iiUvara. doil piiilir (liez Bangassou dans trois ou (piati-f jours.

9 mars.

Préparatifs de départ de .M. Liotard. Visite du docteur belge qui veut me remettre au régime du lait. Opposition violente.

Conversation avec M. Liotard, à la suite de laquelle il est convenu qu il vaut mieux pour moi retourner à Linzolo ou l^razzaville me soigner

que de traîner indéfiniment sans pouvoir rien faire. Je laisse le commandement à Potticr et confie dix hommes et un sergent à M. Liotard pour faire plus d'impression en allant chez Bangassou. M. Liotard arrête son départ au H .

Toujours le même état; incapable de faire un mouvement sans avoir envie de rendre du sang. Vie intenable, fièvre presque continuelle. Fatigue augmentant beaucoup. Traitement à la morphine. Il est évident que le changement complet d air est absolument urgent si je ne veux pas jouer le squelette dans peu de jours, perspective qui, d'ailleurs, ne me sourirait guère.

11 mars.

Départ de M. Liotard, à sept heures du matin, avec vingt Sénégalais et dix Arabes. Préparatifs de mon propre départ. Maladie maudite!

12 mars (dimanche).

Pottier est souffrant. 11 se donne un mal extraordinaire pour mes préparatifs. J'ai beaucoup souffert. Je mets en Dieu tout mon espoir, car lui seul peut me permettre d'atteindre la Mission. Je partirai demain de bonne heure.

Temps orageux. Je dis adieu à mon petit camp. Tous mes beaux ju'ojets sont écroulés. A l'imitossiblc nid n'est tenu!

13 )nan

Adieux à Potlier et au poste des Abiras. Le départ s'effectue à sept heures cinquante. 11 me cause une émotion profonde.

Temps gris et pluie, avec menaces de tornade. Je suis dans une pirogue avec M. de Brégeot. et M. Van der Handel est seul dans une autre. Les eaux sont tout à fait basses. Pas de courant.

Nous passons à trois heures devant rembouchure du Bandou et le village de Touramba. Couché à cinq heures chez Dambani. vieux chef yakoma.

Le soir, joli tableau : les pécheurs à la ligne, dans l'eau jusqu'à la ceinture, font des taches noires mouvantes sur l'eau dorée par le crépuscule.

14 mars.

Départ à sept heures. M. Van der Handel, qui fait le commerce de FiA'oire, reste en arrière. Arrivons à dix heures et demie au village de Dondouta, dont le chef est mort et où M. Liotard fait établir un sanatorium. Vin de palme en grande quantité. Nous partons à onze heures (piaraiilc-cinqpar une cbaleur désagréable. Franchissons sans encombre les rai)ides de Cétéma, d'ailleurs peu danger-enx dans cette saison, et arrivons à sept heures et demie chez Kamboua. où nous couchons dans la nirinc case (|u'en moulant.

Dé[iarl à sept bcurcs (|nin/.('. Les [tagaycurs ne marclienl i)as. Arrivons à une heure à Alobaï. Suis un peu mieux ([u liici'. Kepos.

Ki iiKirs.

Pas d'aniéiioialioii. Les '-ipides de Muljaï uni iiue légende qui rappelle celle des sirènes antiques, ils sont liantes, dit-on, par des poissons à tète humaine qui entraînent les hommes au fond et ne les laissent jamais remonter.

1? tiuus.

Fatigué de la journée d'hier, je me repose. J'ai une pirogue avec des pagayeurs sangos. Mieux sensible.

Déparia sept heures (piaraule-ciiup Temps agréable. Ue Tair el ciel couvert. IM. de Brégeot nous accompagne et ramène le chef mangari qu'il

a gardé quinze jours aux fers. Les pagayeurs sont mous, et nous n'arrivons qu'à six heures et demie chez Mangari. On nous reçoit bien. Il était temps de débarquer, car une tornade violente nous prend à sept heures avec pluie, vent, éclairs et tonnerre. Bien abrité dans une case banzyri, je n'en souffre pas.

19 mars.

Départ à sept heures. Adieux à M. de Brégeol (pii remonle à Mobaï. Couché dans un petil village banzyri.

Départ à six heures quarante-cinq. Bon temps et mieux sensible. Rencontré à huit heures M. Hanslé qui remonte à Yalcoma avec trois pirogues. A trois heures, le convoi de Kiollol qui remonte aux Abiras. Nouvelles : Julien est malade aux Ouaddas ; probabilités de trouver un vapeur à Banghi-Zongo ; les charges sont restées à Lirranga. Il faut absolument que je descende pour les faire remonter le plus vite possible.

^'olls arrivons à quatre licuros et demie au Kwango, et nous passons la nuit dans le poste de plus en plus délabré. Moustiques et menaces de tornade.

21 iiKirs.

Départ à sept heures quarante -cinq. Tenq)s agréable. iia\ii;alion lente et fatigante mais sans danger. Stoppons vers cinq heures et campons avec JM. ^'an der Ilandel sous la lente à cloison. OEufs.

Parti à sept heures et demie ; aux Ouaddas vers trois heures. Julien est parti depuis deux jours. Le vapeur Antoinelte est à Zongo. Je le rattraperai facilement. Mieux sensible. La dysenterie semble se transformer en diarrhée.

23 mars.

Départ à neuf heures. Passé heureusement la moitié des rapides les plus dangereux. Stoppé vers cinq heures au petit village du chef

24 mars.

Départ à sept heures et demie. Passage du dernier rapide. Arrivée à trois heures au poste de Banghi, bien changé à cause de la baisse des eaux et commandé par AI. Juhia, chef du poste et de la zone. Je trouve Julien très malade. Je trouve aussi le courrier apporté par \' Antoinette. Vais beaucoup mieux. Couché à la résidence.

Nous partons avec Julien en pirogue pour Zongo, oi!ise trouve V Antoinette. Temps très chaud. Stoppé à six heures et demie et passé la nuit sur un banc de .sable.

26 mars.

Départ à six heures et demie. Température fatigante et chaude. Arrivée au steamer à quatre heures. Capitaine blanc, mécanicien noir. Juhen s'installe dans la seule cabine libre. Je m'installe sur le pont.

Embarquement de quinze cents kilos d'ivoire provenant du Haut- Oubanghi et départ de Zongo à midi et quart par une très forte chaleur. Adieu au gros Allemand Hulst qui a admirablement soigné Juhen. Stoppé vers deux heures et demie, à cause d"une tornade, et définitivement à quatre heures et demie, à cause d"une autre.

Nuit froide. Mauvaise journée. Je suis repris de la dysenterie. Il pleut, des tornades nous arrêtent à chaque instant. On stoppe à quatre heures et demie en plein fleuve pour faire du bois. Tout se passe, d'ailleurs, à bord, avec ordre et silence.

Meilleure journée. Marché depuis six heures et demie jusqu'à quatre heures.

30 mars.

Descente tranquille de six heures à quatre heures. Vivons de conserves.

31 mars.

Départ à six heures et demie. On arrête à midi pour faire du bois en face d'un village sur la rive belge où l'on peut acheter deux poules et un canard. Temps très chaud. Soleil très fort. Un caïman vient effleurer le bateau.

1" avril.

Parti à six heures et demie. Une descente rapide nous amène à Lirranga à midi. Nous y retrouvons nos deux cent quarante charges qui seraient bien mieux aux Abiras. Nous couchons au poste français. Juhon ost toujours li'ès soiiffcaiii.

2 avril.

Dimanche de Pâques. Messe solennelle à la Mission. Grande amélioration dans mon clat.

3 avril.

Séjour; légère fièvre. Vers cinq heures du soir arrive le steamer de la Société anonyme belge, YArchidiichesse Stéphanie, qui a des avaries à son gouvernail et nous apporte des nouvelles des Faits. La situation de l'État belge est précaire. C'est une cigarette enflammée sur un baril de poudre. M. Demeure, un Belge, traite ses compatriotes, les officiers, de marchands d'esclaves et d'ivoire. Il nous raconte les exactions du lieutenant Lothaire à la station de Bangala, les indigèns obligés de cacher dans la brousse leur ivoire et leur caoulchouc pour les soustraire anx déprédations de l'h^lal. « Et parloiil. dit-il. c'est la même chose. In boiuirlp bommc ne i-cvicnl pas à Tl^tat belge dn C-ongo. »

•/ avril.

On répare le goiiNeriniil de [' A rdii duchesse, et \' Anloirielle repari poui les Falls. Toujours les loiiiades et les pluies.

avril.

On répare loiijoiirs le gouvenniil. héjeunei' ù bord, dîner au poste, coucher à bord.

6 (tnil.

Resté à bord, dans l'espoir de voir tiiiii' les réparations.

7 avril.

Départ à six heures. Au bout de vingt-cinq niiniiles. le gouvernail casse. Tout est à refaire. Cependant on marche à petite vapeur. Stoppé vers cinq heures et demie dans une île pour faire du bois.

8 acril.

Départ à six heures. Navigation bonne. On couche dans les îles, en face de Bolobo, vers quatre heures quarante-cinq. Chasse à l'hippopotame. J en blesse un au front sans pouvoir le retrouver. M. Demeure en tue deux. Une de ces intéressantes bêtes manque de faire chavirer la pirogue en passant dessous.

9 avril.

Temps très chaud. Navigué de six heures et demie à quatre heures. Rencontré le vapeur Oubanghi.

10 avril.

Départ à sept heures. Passé devant N'Gantchou. Rencontré le steamer Frederick de la N. A. II. V. qui redescend avec nous. Sur la navigation des agents hollandais voyageant à notre bord.

Arrivé dans le Pool à quatre heures et demie. Aperçu le vapeur le Léon XIII stationné au banc du docteur Ballay. Stoppé à quatre heures et demie aux environs, à quel([ue distance de Kimpol<o.

11 avril.

On déinarre à six heures, pour apercevoir au bout de quelques minutes Kinchassa et Brazzaville dont je revois l'église avec une vive émotion. Arrêté à la douane vers neuf heures. Revenu à Kinchassa pour déjeuner. Je ne suis pas un buveur d'absinthe, cependant un verre de la liqueur aux reflets d'émeraude fait plaisir quand on en a été privé pendant plusieurs mois. 11 y a maintenant soixante-quinze blancs à Léopoldville. A six heures nous arrivons, au milieu d'un orage menaçant, à la Mission. Coucher et mieux sensible.

12 avril.

Visite au docteur Cuneau, délégué administratif pour Brazzaville et dépendances. Mes lettres de France sont parties dans le Haut-Oubanghi. Chaleur. A huit heures, 23 degrés. Fin de la saison des pluies.

13 avril.

Je suis parti des Abiras depuis un mois. Rentrerai-je ou remonterai-je? J'ai toujours la diarrhée. Je suis certain si je remonte d'attraper encore la dysenterie. Julien est impatient de partir. Pourquoi restcrais-je ? Oui, mais Pottier ?. . .

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