‹ Le voyage de mon fils au CongoChapitre 6 sur 68 · LES GANDINS DE CONACRI · texte numérisé non relu

LES GANDINS DE CONACRI

Toute différente est la ville où nous nous sommes arrêtés. Si c'est une ville, on peut dire qu'elle n'est encore qu'au biberon; mais, grâce à sa disposition, elle peut servir d'entrepôt au commerce de toutes les rivières du Sud, et commence déjà — elle est fondée depuis cinq ans — à faire du tort à Sierra-Leone. Il n'y a encore que vingt à trente habitants blancs, mais pas mal de noirs, quelques-uns habillés à la dernière mode de Paris; d'autres, au contraire, n'ayant pour vêtement que la ceinture traditionnelle.

Mais combien différente est la végétation de Conacri de celle de Dakar! Autant Dakar est desséché, autant Conacri est vert et gai. Des

cocotiers, des manguiers, des bananiers, des palmiers, un tas d'arbres immenses et à végétation luxuriante dominent une sorte de broussaille verte et épaisse, que Ion défriche déjà'avec rapidité pour créer des jardins où viennent toutes sortes de légumes. L'avantage de Conacri est d'être situé dans une île où la température est beaucoup plus douce — quoique encore très suffisamment chaude — et où le chmat est assez sain, beaucoup plus que dans le reste du Sénégal.

Nous n'avons encore aucune nouvelle de France, sinon que le 1" mai (1892) s'est passé tranquillement. Mais nous espérons recevoir des lettres à Boma par le bateau qui a dû partir d'Anvers le 6 mai. Quand cette lettre vous parviendra, il y aura déjà quelque temps que nous serons arrivés. Dès que nous passerons à Kolonou (Dahomey), je vous enverrai les derniers renseignements. En attendant, voici un épisode qu'on nous a raconté, l'autre jour.

Le Stamboul — c'est le bateau de la Compagnie Fraissinet qui revient vers la France — passant en vue des côtes du Dahomey, aperçut... deux blancs, faits prisonniers par le roi Belianzin. Aussitôt le commandant fit stopper, fit tirer le canon à blanc, et envoya quelques hommes du bord, armés de fusils de chasse, qui mirent en fuite les gardes noirs et délivrèrent les deux blancs. {Si non e vero...!) Pourquoi n'envoie-t-on pas une bonne trou[»e? En quinze jours ça serait fini, au lieu de traîner par petits paquets, ce qui coûtera beaucoup plus d'hommes, d'argent et de temps, et cela, de l'avis de tous les gens qui y sont actuellement.

LA VEGETATKl.N A COXAClil

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