‹ Le voyage depuis les temps les plus reculés jusqu'à nos joursChapitre 11 sur 29 · TIB. CÆSAR E · texte numérisé non relu

TIB. CÆSAR E

AUG. lOV I. OPTVM

MAXSVMO.

NAVTAE. PARISIAC.

PVBLICE. POSIERV

Ces sculptures présentent divers sujets, grossièrement taillés sur les quatre faces de neuf pierres cubiques hautes d’un mètre environ, et parmi lesquels on remarque principalement : trois soldats barbus (avec le mot evrises) portant des boucliers allongés et un grand cercle qui paraît être un torques; divers personnages à la figure mutilée; un Jupiter, un Vulcain armé d’un marteau et d’un objet qu’il vient de forger; un Esus, tenant un couperet et travaillant le bois; enfin, ce qui nous intéresse le plus au point de vue du voyage, deux cavaliers, habillés à la romaine, avec la cotte à lames d’airain à demi recouverte d’un péplum ,

tenant de la main gauche une lance et appuyant la droite sur une tête de cheval, bridée d’une façon presque identique à celle de nos montures d’aujourd’hui.

Il est donc certain que, sous Tibère, les Romains harnachaient déjà leurs bêtes d’une manière savante et commode. Néanmoins il y a peu de sculptures qui nous présentent (à cette époque) le cheval préparé pour le voyage. Nous en prenons pour témoin le bas-relief, supérieurement conservé, du sarcophage de la vigna Ammendola, représentant un cavalier romain combattant un Gaulois. Le cheval, agenouillé et le front appuyé au sol, cherche péniblement à se relever. Son maître le monte à nu, sans bride ni mors, sans la moindre apparence de selle.

Sous Néron, le luxe des moyens de transport, aussi bien que leurs perfectionnements fut inouï. Lorsque Claudius Néron, qui pour ces sortes d’expéditions se faisait appeler Œnobarbus, revint à Rome après avoir vaincu tous ses concurrents aux jeux de Corinthe, il montait un char tout constellé de pierres précieuses, doublé intérieurement de pourpre et attelé d’un quadrige de chevaux blancs. Il était précédé de cinq cents cavaliers aux montures ferrées d’argent, dont les fers étaient, à dessein, si mal attachés, qu’ils roulaient de loin en loin sur le sol pour la plus grande joie de la plèbe qui formait la haie sur la voie Appia. On se servait aussi, sous son règne, de litières magnifiquement

décorées, incrustées d’ivoire et d’or et portées par six ou huit esclaves, la poitrine ornée de plaques d’or ou d’argent poli, en forme de croissant, les bras et les jambes entourés d’anneaux du même métal. Voulait-on descendre? Un esclave apportait un petit escalier de bois recouvert d’un tapis brodé et que l’on accrochait à deux anneaux ménagés à cet effet.

Les chars couverts dont se servaient lesflamines chez les Romains, ne différaient des autre que par la capote placée au-dessus. Quant aux véhicules qui paraissaient dans les spectacles du cirque, car, avec le temps, la mode des courses de chars était passée d’Olympia à Rome, ils étaient très légers, ouverts par derrière, le devant relevé en demi cercle presque jusqu’à hauteur d’appui. Quatre chevaux vigoureux attelés de front à un de ces chars, l’entraînaient avec une rapidité merveilleuse, qui n’était pas exempte de dangers; le mouvement des roues étant très rapide, en tournant, pour peu qu’on manquât de prendre le tour au bout de la carrière, le char heurtait la borne et volait en éclats. On se rappelle l’ode d’Horace à Mécène, dont les premiers vers constatent en quel honneur étaient, au commencement du siècle d’Auguste, les courses en chars :

Suiit qnos curriculo pulverem Olympicum Collegisse juvat, metaque fervidis Evilata rôtis, polmaque nobilis Terrarum dominos evehit ad deos.

On se servitégalement du char dans les triomphes.

Cet usage fut, dit-on, introduit par Tarquin l’Ancien, d’aucuns prétendent, par Romulus. Le char de triomphe était doré, haut sur roues, et de forme ronde; le triomphateur tenait lui-même les rênes des chevaux.

Les Romains avaient dix-huit espèces de chars qui avaient chacun une dénomination particulière et une différence marquée, voici leurs noms :

1° Le char simple ou carrus; 2° le char à deux chevaux nommé biga; 3“ le quadrige ou char à quatre chevaux; 4° le petoritum, char à quatre roues; 5° le carpentum ou char léger; 6° la rheda, qui était une variété du carpentum, tous deux à quatre roues ; 7“ le cisium ; 8° le biroium et 9" le synoris, qui formaient trois espèces différentes de petits chars à deux roues ; 10° le carruca, grand char en usage à la campagne; 11° le sarracum, char solide, grossièrement établi pour le transports des fardeaux pesants; 12° le planstrum, char dont on se servait aux champs ; 13° Varcina, petit char ; 14° Vepichedium et 15“ Varcera, chars couverts; 16° le covinus, char emprunté aux Celtes et qu’on munissait de faulx, quand il était employé pour la guerre; 17® le theusa, char plat sur lequel on portait les statues des dieux ; et 18® le cantherium ou cantherinum, char de forme particulière consacré à Bacchus. Aucun de ces chars n’était suspendu.

Sous les Consuls, ainsi que nous l’avons dit plus haut, les chars dont on se servait, soit pour le triomphe, soit pour les grandes cérémonies, étaient

dorés. Sous les empereurs ils étaient d’ivoire ou même d’or. On les arrosait de sang pour leur donner un aspect martial; certains guerriers, même, les ornaient des têtes ou des dépouilles des vaincus. Ne vit-on pas Turnus attacher à son char les têtes d’Amicus et de Diorès, ses deux frères, et César traîner Vercingétorix derrière le sien?

Pour le transport des denrées, les Romains usaient de chariots à peu près analogues à ceux dont nos maraîchers se servent aujourd’hui. Un curieux bas-relief, trouvé à Dijon, nous montre un chariot rectangulaire, dont la partie inférieure est en bois et la moitié supérieure construite en osier tressé, à la façon des paniers usités encore aujourd’hui en carrosserie, pour les voitures légères; Les roues sont à sept rayons et la sculpture permet de supposer qu’un brancard-flèche devait servir à la traction. Une chambrière se trouve au milieu du dessous de la voiture, placée verticalement, tandis qu’un personnage vêtu à la romaine, monté dans le véhicule a l’air d’inviter à jeter un coup d’œil sur son étalage roulant.

Une seconde sculpture, trouvée dans la même ville, représente un chariot attelé de deux chevaux, porteurs tous les deux, d’un collier d’attelage. La voiture a la forme d’un cuveau à lessive et est également tissçe en osier. Le marchand, monté dans sa charette, mesure à l’aide d’un boisseau, les denrées qu’il a apportées, tandis qu’un second personnage s’éloigne en emportant sur son

épaule la marchandise qu’il vient d’acheter. Cette sculpture, en assez bon état, est surmontée de cette inscription :

NAVTA. ARARICUS

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