‹ Le voyage depuis les temps les plus reculés jusqu'à nos joursChapitre 14 sur 29 · L'E VOYAGE · texte numérisé non relu

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feuilles et d’anneaux d’argent. Ces tiroirs, à l’angle externe du devant, ont une charnière sur laquelle ils tournent. Cet écrin, construit pour renfermer des objets à l’usage d’une femme élégante et riche, parfums, ustensiles de toilette, etc., a un devant qui tombe verticalement, lui donnant, quand il est abattu, l’aspect d’un mignon dressoir.

La gravure de la page 103 représente un petit coffre datant de la même époque et que Violet-le- Duc, dans son dictionnaire, prétend être un des plus anciens connus. Il fait partie de la collection du prince Soltykoff. Ce rare bibelot à 0,32 centimètres de longueur, 0,19 de largeur et 0,10 de hauteur ; il est en ivoire bordé de lames de cuivre finement gravées et représentant des oiseaux se regardant deux à deux. Des rosaces assez gracieuses portent comme rayons intérieurs desfeuilles’ joliment sculptées. Le coffret est intact sauf la serrure et l’anse qui ont été refaites vers leX'V® siècle.

La gravure de la page 107 nous reproduit le fameux coffre de chêne dur de l’église de Saint-Trophime d’Arles, qu’on prétend remonter au XIF et que nous croyons dater de la fin du XII? siècle. La forme en est assez massive et la conservation dans un bien mauvais état. Les figurines, dont on distingue les silhouettes accouplées ont été mutilées et martelées par les fanatiques qui envahirent l’église pendant la guerre des Albigeois. Ce coffre a dû contenir des reliques.

Le coffret que nous donnons page iii, date du

XIV® siècle et provient de la collection de M. de Gérente. Il est de fabrication rhénane, en bois de châtaignier, avec anses et ferrures en fer. Dans sa massivelé carrée, son aspect est assez élégant ; le médaillon de gauche représente une femme à genoux, agitant une branche de fleurs dans sa main gauche et de la droite indiquant le ciel : quelque sainte, probablement. Le médaillon de droite offre aux yeux un chevreuil dressé sur ses pattes de derrière. Les pentures du couvercle sont supérieurement travaillées, agrémentées de volutes de fer chanfreiné et d’un seul morceau. L’aubronnière de la serrure affecte la forme d’un z renversé et est ciselée au burin, les clous ont été étampés à chaud et repris en ciselure. La serrurerie de ce spécimen est très intéressante.

Un autre coffre assez curieux est celui qui est représenté page 1 1 5 et qui appartint autrefois à cette famille de pillards du moyen âge, qu’on appelait les sires de Coucy. Il a la forme d’une malette et porte aux deux faces principales deux anneaux qui permettaient d’y passer des bâtons pour en faciliter le transport. Ce meuble a la face d’ouverture sur un de ses petits côtés, celui que notre gravure représente est porteur de la serrure. Il est enbois de chêne dur, recouvert de cuir rouge sur lequel sont fixées des plaques de fer, ajourées dans certains endroits et pleines dans d’autres. Il fut donné à l’église de Saint-Bertrand de Comminges, qui le conserve encore aujourd’hui dans son trésor, par le sire de

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Coucy qui mourut en i^i5' contenait ses paichemins de famille après avoir renfermé jadis la lettre et le cœur de Raoul de Coucy, légués à la dame de Fayel et rapportés en France par son écuyer Gobert,

Le dernier coffret que nous ayions à mentionner et que nous avons tenu a isoler un peu de ceux qui précèdent, est d’une importance capitale aussi bien au point de vue historique qu’à celui de la construction : c’est le coffret de Saint- Louis. (Voir page II 9) Sa date est fort ancienne, c’est un des rares objets de ce temps auquel on puisse sûrement assigner une epoque de fabrication.

Ce spécimen incomparable, témoignage encore vivant de la piété du grand roi du moyen âge, luiservait à renfermer son cilice, c’est-à-dire le vêtement rempli à l’intérieur d’un poil rude et piquant, que l’on portait sur la peau afin de souffrir par dévotion. On conserve à l’église Saint-Aspais de Melun, la haire ou chemise de crin qui servait aux austérités de Saint-Louis, et dans le trésor de Notre-Dame de Paris, les cscourgettes ou chaînettes de fer avec lesquelles il se faisait infliger la discipline par son confes.seur.

Le coffret destiné au cilice avait été donné par Philippe-le-Bel à l’abbaye de Notre-Dame-du-Lys, fondée en 1244, puis enrichie par Saint-Louis en 1248. Lors de la suppression de l’abbaye en i793> échut en partage à l’église de Dammariequi dépen-

dait de ce monastère. C’est une cassette en bois de hêtre, longue de 34 centimètres, large de 18 et haute de 15, surmontée d’un couvercle dont la saillieforme entablement, et enduite sur toutes ses faces d’un vernis vert foncé que fait briller une feuille d’argent placée dessous de manière à lui donner l’air de laque de Chine. On y compte quatre-vingt-huit pièces d’applique émaillées, gravées, ciselées ou repoussées, et une infinité de clous dorés qui ornent d’enroulements les espaces intermédiaires. Parmi ces pièces, il y a 43 écussons armoriés et coloriés en émail ; il y en avait quarante-neuf mais six ont été détachés et se sont perdus. Les armes de France et de Castille y sont figurées vingt-quatre fois ; les autres écus représentent les armes des parents ou alliés du roi ou de ceux qui lui étaient le plus chers parmi les barons, qui s’étaient croisés avec lui et qu’il avait adoptés pour frères d’armes. Ce sont les blasons de Castille, de Toulouse, de Jérusalem, de Bar, de Champagne, de Bretagne, de Flandre, de Navarre, d’Angleterre ; ceux du sire de Coucy, du comte de Dammartin, de Jean et Guillaume de Beaumont, du sire de Roye, du sire de Montmorency, de Jean de Dreux, du sire de Montfort, de Pierre de Courtenai,de Jean Mallet, sire de Graville, de Jean d’Harcourt et d’un Guillamed’Yerre.

Pour varier, vingt-quatre médaillons en cuivre travaillés de diverses manières alternent avec les blasons et représentent des sujets empruntés pour la plupart aux bestiaires et dans lesquels les yeux

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' des animaux sont figurés par des perles d’émail imitant la turquoise. Au dos de la cassette, il n’y a point d’armoiries mais des médaillons en cuivre gravé représentant des scènes qui paraissent empruntées aux légendes populaires du temps et dans lesquelles les personnages se détachent sur un fond d’azur. Quatre encoignures émaillées aux armes de Castille consolident l’assemblage des

côtés de la cassette; deux autres, aux armes de

France, retenaient le panneau du fond ; les quatre angles du couvercle sont aussi garnis de coins émaillés dans lesquels s’enchâssent de gros cabochons de cristal sertis sur des paillons de clinquant pourpre, afin de produire des reflets rosés; un énorme dragon, aux puissantes griffes, aux yeux d’émail étincelant, tient dans sa gueule le loquet ou moraillon qui s’abaisse sur le trou de la serrure, et semble en défendre l’entrée ; ses ailes émaillées aux trois couleurs, bleu, blanc et rouge, enveloppent son corps moitié de poisson, moitié de serpent, qui se termine par une queue trifurquée; les charnières se meuvent entre les dents de quatre monstres de la même espèce qui rappellent cette fiction, si fréquente chez les romanciers du moyen âge, de trésors placés sous la garde de dragons ailés. Enfin la poignée qui sert à porter la cassette est formée d’anneaux imitant le corps d’un reptile et terminée par deux têtes de serpent.

Ce coffre est un splendide type d’un genre qui, sans être commun à cette époque, se faisait

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