COFFEET DU XIV^ SIÈCLE
En bois de châtaignier, provenant de la collection de M. de Gérante
(D’après nature)
néanmoins d’une manière assez appréciable ; malheureusement nous n’en possédons plus qu’un nombre très restreint d’exemplaires. Celui-ci, qui appartenait à un roi, était d’une richesse et d’un travail admirables : tous n’étaient pas si beaux, loin s’en faut mais, hâtons-nous d’ajouter aussi que tous étaient ornés de ciselures portant la marque du bon goût des artistes de ce temps. Le coffret de Saint-Louis appartient aujourd’hui au musée du Louvre.
Dans un des chapitres précédents, nous avons parlé des moyens de locomotion usités sous les Mérovingiens. Nous avons eu l’occasion de décrire ces chars grossiers, à peu près analogues aux tombereaux que l’on emploie aujourd’hui dans quelques campagnes retirées, mais encore alourdis par les épais disques de bois qui leur servaient de roues. Ces chars, chantés par Boileau et qu’il nous décrit, attelés de bœufs qui :
. d’un pas tranquille et lent
Promenaient, dans Paris, le monarque indolent.
ces chars, disons-nous, s’étaient petit à petit perfectionnés. Aux roues pleines, on avait substitué les roues rayonnées sur un moyeu central, semblables à celles dont nous nous servons aujourd’hui. Néanmoins, de l’examen de la fameuse tapisserie de Bayeux, dont nous parlerons plus loin, et d’une miniature extraite d’un vieux missel (anc. fonds
lit
Saint-Germain, n"37) nous concluons à une légère différence ; au lieu d’être ronds ou méplats comme auj ourd’hui, les rayons de roues affectaient la forme de fuseaux à filer, c’est-à-dire qu’ils présentaient un épais renflement au milieu de leur longueur sans doute pour obvier à une rupture redoutée du rayon. Plus tard, cette crainte disparaît car nous voyons le rayon de roue se composer purement et simplement d’une pièce de bois du même calibre d’un de ses bouts à l’autre.
Jusque sous le règne de Saint Louis, les voitures ne firent aucun progrès dans la forme de leur caisse. C’étaient de véritables charettes, non suspendues, montées sur quatres roues, auxquelles on attelait un ou plusieurs chevaux montés de postillons. Après son règne on commence à voir poindre une tendance à plus de confortable mais seulement dans l’aménagement intérieur de la caisse et non dans la construction. Pendant de longues années encore, en France, la voiture demeurera à l’état rudimentaire.
Nous avons précisément relaté l’existence d’un service "“de voitures publiques sous le règne de Childebert ; cette institution acquit depuis une telle faveur qu’au XIIP siècle il fallut promulguer des lois somptuaires pour interdire ce genre de locomotion aux classes moyennes. Les femmes nobles et les prêtres voyageaient dans des chariots qui étaient tous à quatres roues égales de diamètre, avec brancards ou timons, avec attelages
accouplés OU en flèche. La carcasse de ces voitures, si nous pouvons nous exprimer ainsi, était il est vrai fort simple de forme, mais le goût du temps la recouvrait de peintures, de dorures, d’étoffes posées sur des cercles assemblés en dôme au-dessus du véhicule. A l’intérieur, des banquettes surchargées de coussins garnis de fanfreluches, de glands ou de crépines, permettaient aux voyageurs de s’asseoir. On entrait dans ces chars par derrière en s’aidant soit d’une borne, soit d’un escabeau. L’entrée se fermait ensuite par des chaînes ou par une barre d’appui. (Voir page 123)
Jusqu’à la fin du XV° siècle, le coffre reposa sur deux essieux, sans ressorts ni courroies et comme ils étaient fixes et parallèles, il fallait s’y prendre de très loin pour tourner ; ce qui, avec l’état des routes et des chemins en ces temps reculés, n’était pas toujours facile. Il était à peu près impossible d’exécuter cette manœuvre à moins de 80 degrés ; tourner plus court c’eût été exposer les voyageurs à un désagréable pêle-mêle avec leurs coussins et leurs couvertures, dans la boue des fondrières. Comme on le peut penser, la lenteur des chariots du moyen âge était extrême; il fallait des journées entières pour accomplir le plus simple trajet. A cette époque, aller de Paris à Saint-Germain était un lointain voyage. Ne vit-on pas, bien plus tard, sous Louis XIV, la Cour mettre deux jours pour aller du Louvre à Fontainebleau?
Quelle que fût la naïveté de leur construction, il
est certain que les voitures des XIII* et XIV* siècles étaient fort richement décorées. Dans le Roman de la Rose, l’un des auteurs, Jehan de Meung, surnommé Clopinel, qui vivait vers 1320, décrit ainsi le char de Vénus :
Bians fu li chars à quatre roës,
D’or et de pelles estelés
En leu de chevaux atelés
Ot es limons huit colombiaus
Pris en son colombier moult biaus (i).
Au XIV® siècle, Eustache Deschamps, dans son Miroër dti Mariaige, énumérant toutes les charges qui incombent au mari pour le mesnage soustenir avecque les pompes et gratis bobans des femmes, fait dire à l’une d’elles :
Et si me fault bien, s’il voust plest,
Quand je chevaucheray par rue,
Que j’aye ou cloque (2) ou sambue (3)
Hacquenée belle et ambiant Et selle de riche semblant,
A las et à pendans de soye;
Et se chevauchier ne povoye.
Quant li tems est très comme burre,
Il me fauldrait avouer un curre (4)
A cheannes, bien ordonné,
1. Le Roman de la Rose, édit, de M. Méon (Paris, 1814), t, III, p. 8j