‹ Le voyage depuis les temps les plus reculés jusqu'à nos joursChapitre 25 sur 29 · T,E VOYAGE · texte numérisé non relu

T,E VOYAGE

« résolut d’y aller, et, ayant plusieurs fois baysé la « reyne, luy dict adieu, et, entre autres choses « qu’on a remarquées, il luy dict ; Je ne feray « qu’aller et venir, et seray icy à ceste heure « mesme

« Comme il fust en bas de la montée ou son car- « rosse l’attendoit, M. de Praslin, son capitaine « des gardes, le voulust suivre. Il luy dict :• Allez- « vous-en, je ne veulx personne : Allez faire vos « affaires. Ainsi, n’ayant autour de luy que quel- « ques gentilshommes et des valets de pied, il « monta en carrosse, se mit au fond, à sa main « gauche, et fist mettre M. d’Espernon à sa main « droicte; auprès de luy, à la portière, estoient

M. de Montbazon, M. de la Force; à la portière « du costé de M. d’Espernon, estoient M. le maré- 'I chai de Lavardin, M. de Créqui ; au devant M. le « marquis de Mirabeau et M. le Premier Ecuyer ».

« Comme il fust à la Croix du Tirouër, on luy -K demanda où il vouloit aller. Il commanda qu’on « allast vers Sainct Innocent. Estant arrivé à la « rüe de la Ferronnerie, qui est à la fin de celle « Sainct Honnoré, pour aller à celle de Sainct « Denys, devant la Salamandre, il se rencontra « une charrette qui obligea le carrosse du roy à « s’approcher plus près des boutiques de quin- « caillerie, qui sont du costé de Sainct-Innocent, « et mesme d’aller un peu plus bellement, sans « s'arrester toutesfois, combien qu’un qui s’est " hasté d’en faire imprimer le discours l’ait escript

« de ceste façon. Ce fast là qu’un abominable assas- « sin, qui s’estoit rangé contre la boutique, qui est « celle du Cœur couronné percé d’une flèche, se « jeta sur le roy et lui donna coup sur coup deux « coups de couteau dans le costé gauche : l’un pre- « nant entre l’aisselle et le testin, va en montant « sans faire autre chose que glisser; l’autre prend « contre la cinquième et sixième coste, et, en des- « Cendant en bas, coupe une grosse artère, de « celles qu’ils appellent veineuses. Le roy, par « malheur, et comme pour tenter davantage ce « monstre, avait la main gauche sur l’épaule de « M. de Montbazon, et de l’autre s’appuyoit sur « M. d’Espernon auquel il parloit. Il jeta quelques « petits cris et fist quelques mouvements. M. de « Montbazon luy ayant demandé : — Qu’est-ce, <r. Sire? Il luy respondit : — Ce n’est rien, ce n’est " rien, par deux fois; mais la dernière, il le dict « si bas, qu’on ne le put entendre. Voilà les der- « nières paroles qu’il dict depuis qu’il fut blessé. « Tout aussitost le carrosse tourna vers le Louvre. « Comme il fut au pied de la montée où il estoit « monté en carosse, qui est celle de la chambre de « la reyne, on luy donna du vin. Pensez que quel- « qu’un estoit déjà courru devant porter ceste nou- « velle. Le sieur de Cérisy, lieutenant de la Com- « pagnie de M. de Praslin, luy ayant soulevé la « teste, il fist quelques mouvements des yeux, puis « les referma aussitost. sans les plus rouvrir. Il fust « porté en haut par M. de Montbazon, le comte de

« Curson en Quercy, et mis sur le lict de son ca- « binet, et, sur les deux heures, porté sur le lict de « sa chambre, où il fut tout le lendemain et le « dimanche. Un chacun alloit luy donner de l’eau « bénite. Je ne vous dis rien des pleurs delà reyne, « cela se doit imaginer. Pour le peuple de Paris, « je crois qu’il ne pleura jamais tant qu’à ceste <' occasion. » (Malherbe, Lettre du 19 mai 1610.)

Les carrosses, depuis que Mademoiselle Favereau avait ameuté après le sien le petit peuple et les enfants du quartier Saint-Antoine, avaient fait déjà des progrès sensibles. Sans atteindre à la magnificence de celui d’un roi, ils avaient su, néanmoins, se parer d’une manière fort agréable chez les grands seigneurs. Nous suivrons plus loin leurs lents perr fectionnements chez les classes aristocratiques, le moment est venu de nous occuper des moyens de voyage de la bourgeoisie, de la petite noblesse et du peuple.

Dans un autre chapitre de cet ouvrage, nous avons parlé des voitures publiques queles Romains, à l’instar de ce qu’ils faisaient en Italie, avaient établies chez nous. Au moyen-âge, ce service continua longtemps, puis il se perdit peu à peu jusqu’au jour où se fonda l’institution des coches d’eau. Sous l’influence du pouvoir royal ou de certains grands feudataires de la couronne, des canaux assez nombreux s’étaient creusés, rectifiant les cours d’eau dans leurs parties non navigables, ou les unissant entre eux. L’industrie des coches se

créa, profita de ces facilités et l’on ne tarda pas à voir glisser lentement sur nos fleuves ou nos rivières, de grands chalands suivant, paisibles, le cours de l’eau, ou les mêmes bateaux, chargés de voyageurs et de bagages, remorqués au pas lourd de vigoureux chevaux de trait, lorsqu’il fallait remonter le courant. Ce mode facile et peu fatiguant de voyager eut un grand succès auprès des gens de mœurs paisibles, dans tous les pays d’Europe où l’on put s’en servir.

Dans une collection de navires hollandais du XVII® siècle, on remarque une planche représentant un heu à voiles ; on lit en haut : « Coche de Bruxelles » et plus bas ;

« Ce petit heu flamand, qui^des vagues se joue,

« Des marchands voyageurs, épargne les travaux;

« C’est un coche flottant, dont la flèche est la proue, « Les voiles l’attelage, et les vents les chevaux.

Aux époques de misère où tous les revenus du pays passaient en frais de guerre, et où, par conséquent, les routes étaient fort négligées, peu sûres et d’ailleurs assez rares, le coche était encore le meilleur mode de transport qu’on eût à sa disposition. Plus tard, sous le règne de Henri IV, principalement, pendant cette assez longue période de paix qui succéda aux horreurs sanglantes des guerres de religion et à la résistance désespérée de la Ligue, l’industrie des coches, encouragée par

le pouvoir royal, prospéra et ne tarda pas à se transformer. Sans que pour cela les coches d’eau vinssent à disparaître, on créa, concurremment avec eux, les coches de terre, qui devinrent rapidement populaires et qui sont restés dans la mémoire de nombreuses générations, bien longtemps après qu’ils eurent disparu pour faire place aux diligences.

C’est du nom du conducteur du coche que nous appelons encore aujourd’hui le domestique qui conduit notre voiture : cocher. Manquer le coche est une expression qui signifie toujours manquer une bonne occasion ou arriver en retard. Tout le monde, du reste, n’a-t-il point encore présent à la mémoire, ce chef-d’œuvre du bonhomme fabuliste: La mouche du coche ;

« Dans un chemin montant, sable neux, malaisé,

« Et de tous côtés au soleil exposé,

« Six forts chevaux tiraient un coche ;

« Femmes, moines, vieillards, tout était descendu, L’attelage, suait, soufflait, était rendu, »

(La Fontaine.)

En quelques lignes, l’exquis poète nous décrit cette grosse voiture traînée par six chevaux, de laquelle les femmes, les moines et les vieillards entassés ont dû descendre pour pousser à la roue.

Le coche de terre était un énorme et lourd véhi-

cule d’une longueur de six ou sept mètres et large de deux ou trois. La caisse, montée sur quatre roues, était surmontée de cerceaux recouverts d’une , bâche ou d’une étoffe, pour garer les voyageurs du soleil ou de la pluie. Un rideau pouvait être relevé sur lui-même sur chacun des côtés. Les premiers attelages de coches de terre se composaient de deux chevaux en flèche ; un postillon était monté sur le premier, placé entre les brancards. Les bêtes étaient habillées comme le sont encore aujourd’hui les chevaux de nos charrettes ; c’est-à-dire que les brancards étaient pour le limonier, suspendus au collier et à une large courroie passant sous la selle. Plus tard encore les coches furent tirés par des chevaux de front, attelés à un timon et à des palonniers : c’était là et c’est encore l’attelage des diligences et de nos voitures publiques actuelles.

Tel était le moyen de locomotion des petites gens. Il en exista bientôt un autre qui fut imaginé par un grand seigneur.

En 1650, le duc de Roanez obtint de Colbert, le ' privilège d’établir dans Paris, des carrosses publics dont le prix de course serait fixé à cinq sols par personne, à condition, toutefois, qu’on n’y recevrait aucun page, soldat, laquais ni homme de métier. Bientôt, le Prévôt des marchands et les échevins consentirent à habiller les cochers de la livrée de la ville et à faire peindre les armes de Paris sur les portières ou sur la caisse du véhicule. L’entreprise vécut, tout d’abord cahin-caha, lors-

que, brusquement, un incident heureux vint faire sa fortune.

Un jour que Louis XIV se trouvait à Saint-Germain et qu’il se sentait de belle humeur, ce qui ne lui arrivait pas toujours, dit Saint-Simon, à qui nous empruntons ces lignes, il fit monter M™* de Montespan dans un carrosse de louage qui se trouvait là, puis, grimpant sur le siège du cocher, il saisit de ses mains royales les guides de cuir et exécuta avec habileté le trajet du vieux château au Palais de la reine-mère. Il n’en fallut pas davantage pour que la ville et la cour raffolâssent de ces carrosses, dont on ne put plus se passer. On ne se servit plus que de voitures pubPc,ues et le duc d’Enghien, pour mieux faire sa cour, imagina de suivre l’exemple du roi et de traverser tout; Paris en faisant l’office de cocher ; malheureusement l’équipage, qu’il menait à grande vitesse fut heurté par une grosse voiture chargée de pierres et le prince alla rouler de spn siège dans le ruisseau. Cependant ce léger échec ne nuisit en aucune façon à la vogue des carrosses; le public seul y perdit, puisque, à la suite de l’événement, le prix de la course fut élevé d’un sol par individu. Grâce à la faveur croissante qui s’attachait à ces voitures, les entrepreneurs gagnèrent cinquante mille livres de rente. Bientôt il ne leur fut plus possible de répondre aux besoins des carrosses à la course et des privilèges turent accordés aux sieurs Mause et Francini pour établir de nouveaux carrosses publics.

Ce que voyant, le duc de Roanez céda son établissement à un particulier qui en transporta le siège principal rue Saint-Antoine (ce quartier était décidément favorable aux carrosses), dans une maison à l’enseigne du Grand Saint-Fiacre.

Nicolas Sauvage, que plus tard on a surnommé Fiacre, sans doute à cause du logis où il avait établi ses remises, avait été l’entrepreneur associé du duc de Roanez avant de lui acheter son privilège. Voici en quels termes Sauvai, dans son Histoire et recherches des antiquité^ de Paris, raconte la genèse de cette entreprise :

« Il y a quelque quarante ans qu’un nommé « Nicolas Sauvage, facteur du maître des coches « d’Amiens, loua à la rue Saint-Martin, vis-à-vis « celle de Montmorency, une grande maison ap- « pelée dans quelques papiers terriers, l’hôtel Saint- « Fiacre, parce qu’à son enseigne étoit représenté « un Saint-Fiacre qui y est encore. Or cet homme, « fort entendu en fait de chevaux et de carrosses « de louage, pour les bien ménager et les faire « durer longtemps, s’avisa d’un nouveau trafic « qui fut d’entretenir à Paris des chevaux et des « carrosses, pour les louer au premier venu. D’abord « il eut bonne pratique quoiqu’il les louât bien «• cher et même, incontinent après, il eut des ca- « marades qui s’établirent en divers quartiers et « s’enrichirent. Mais parce que de la maison appe- « lée l’Hôtel Saint-Fiacre, à cause de son enseigne, « étoit venue l’invention de ces sortes de carrosses,

« non seulement le nom de fiacres fut donné aux « carrosses de louage et à leurs maîtres, mais aussi « aux cochers qui les conduisoient, et même je « pense que cette manière de gens a pris saint « Fiacre pour patron. >

Néanmoins la date de fondation de l’institution des voitures publiques à Paris, a été fort discutée, aussi bien que le lieu où se trouvait l’hôtel Saint- Fiacre, comme on va le voir.

Dans un livre du Père Labat, ouvrage peu connu, du reste (Voyage d’Espagne et d’Italie), on lit :

« Je me souviens d’avoir vu le premier carrosse

de louage qu’il y ait eu à Paris. On l’appelait le « carrosse à cinq sols par heure. Six personnes y « pouvoient être, parce qu’il y avoit des portières « qui se baissoient, comme on en voit encore au- « jourd’hui aux coches et carrosses. Et comme il « n’y avoit pas encore de lanternes dans les rues, « ce carrosse en avoit une plantée sur une verge « de fer au coin de l'impériale, à gauche du cocher. « Cette lumière et le cliquetis que faisoient ses « membres mal assemblés, le faisoient voir et en- « tendre de fort loin. Il logeoit à l’image de Saint- « Fiacre d’où il prit le nom en peu de temps, « nom qu’il a ensuite communiqué à tous ceux qui « l’ont suivi. »

Cependant le Père Labat, né en 1663, a évidemment confondu le fiacre avec l’omnibus, dont le premier, autre variété de la voiture publique, parut le 18 mars 1662. Tout ici, les mots carrosse à 5 sols.

impériale, prouvent cette confusion. Ce n’est pas tout, Ménage, dans son Dictionnaire étymologique, nous donne cette définition : « Fiacre, on appelle « ainsi à Paris, depuis quelques années, un carrosse < de louage a cause de l’image de Saint-Fiacre qui « pendoit pour enseigne à un logis de la rue Saint- « Antoine et où on louoit ces sortes de carrosses. » Un écrivain moderne, M. Edouard Fournier, dans ses Enseignes des rues de Paris, prend texte de la définition de Ménage pour battre en brèche celle qui est donnée dans l’historique de Sauvai. Il ne faut voir la, selon nous, qu’un ingénieux paradoxe comme M. E. Fournier sait les faire. Il a confondu évidemment l’hôtel Saint-Fiacre primitif (Montmorency) avec l’hôtel Saint-Fiacre de la rue Saint- Antoine. La coïncidence du nom de ce saint, prédestiné paraît-il à patronner les voitures de louage est singulière, mais il n’y pas d’erreur possible et nous croyons la version de Sauvai la vraie.

Il ne nous reste plus maintenant à citer que pour mémoire une mazarinade de 1652, par Nicolas Damesme, Le souper royal de Pontoise fait à MM. les Députés des six corps de marchands de cette ville de Parts, où une troisième étymologie est donnée :

« C’étoit pour avoir des carrosses, « Ou l’on attelle chevaux rosses,

« Dont les cuirs sont rapetassés,

«■ Vilains, crasseux et mal passés,

« Représentoient le simulacre « De l’ancienne voiture de Fiacre,

« Qui fut le premier du métier,

« Qui louoit carrosse au quartier « De Monsieur Saint-Thomas du Louvre, etc. >

Quoi qu’il en soit, l’idée de Nicolas Sauvage, dit Fiacre, fit fortune, et l’entreprise du duc de Roannez, placée entre ses mains, produisit encore d’assez beaux résultats pendant les premiers temps, car Fiacre eut à lutter contre une concurrence redoutable. Il y tint tête, grâce à la faveur que conservait le public aux anciennes voitures de l’image de Saint-Fiacre, tout en étendant le nom à toutes les concurrentes. Les gens de cour, surtout, furent âpres à la curée. En mai 1657, Louis XIV accorda, par lettres patentes, à son écuyer Pierre Hugon, sieur de Givry, l’autorisation d’établir, dans la ville et les faubourgs de Paris, des carrosses, calèches et chariots à deux chevaux, « pour circuler de sept heures du matin à sept heures du soir. > En 1664, M. de Givry renouvela son brevet pour voitures et calèches à deux et quatre roues, location à l’heure, à la journée, etc. La même année il -s’associa les frères Francini et fusionna son brevet avec un autre qui avait été accordé à un sieur de Sa ntour et à sa sœur Anne Piquet, fille d’honneur de la reine-mère. En mai 1661, Madame de Beauvais, la même qui passe pour avoir été la première maîtresse de Louis XIV, obtint un brevet royal

pour « exploitation de fiacres et organisation d’un service de Paris à Versailles et à Saint-Germain. » Son fils, le baron de Beauvais, hérita du droit à sa mort. En 1653, Charles Villarue obtint lui aussi un privilège et put, de la sorte, faire une active concurrence aux entreprises déjà existantes.

Les noms des véhicules employés sous la désignation de fiacres ou carrosses de louage étaient divers. On disait carrosses, fiacres, cabriolets, vinaigrettes, brouettes; ce fut sous ces multiples appellations que les voitures publiques se multiplièrent à l’infini, au point que sous le règne de Louis XV on en comptait 15,000 à Paris.

Cependant, l’organisation proprement dite des fiacres laissait beaucoup à désirer; de tous côtés des réclamations étaient adressées au pouvoir royal. Le lieutenant de police, sur l’ordre du roi, dut prendre des mesures et en 1688 paraît la première ordonnance de réglementation relative aux voitures publiques : elle fixe les lieux de stationnement.

1664. Ordonnance qui établit la course à 10 sous pour les voitures à deux places et à 40 sous pour les voitures à quatre places.

1672. Nouveau règlement.

1673. Nouveaux emplacements de stations.

1689. Défense aux cochers d’entraver la circulation à peine de 200 livres d’amende.

1696. Ordonnance qui fixe à 25 sous le prix de la première heure et à 20 sous le prixjdes autres.

1698. Ordonnance qui enjoint aux loueurs de carrosses, fiacres, vinaigrettes, cabriolets, etc., d’apposer sur le derrière de leurs voitures des numéros avec de grands chiffres peints en J aune et à l’huile, de manière qu’ils puissent être distingués de fort loin.

1774. Le prix est fixé à 25 sous la course et l’ordonnance enjoint sévèrement la politesse aux cochers, dont Saint-Evremond disait déjà dans une lettre écrite en 1692 :

« Les cochers sont si brutaux, ils ont la voix « si effroyable, et le claquement continuel de « leurs fouets augmente le bruit d’une manière « si horrible, qu’il semble que toutes les furies « soient en mouvement pour faire de Paris un « enfer. »

En Angleterre, les premiers cabs parurent à Londres en 1625. On en comptait 700 en 1694, 800 en 1715. Edimbourg eut des fiacres dès 1673. Les fiacres d’Angleterre ressemblaient beaucoup aux nôtres, mais il faut rem-arquer toutefois, qu’alors comme aujourd’hui, les chevaux y étaient, comme qualité, de beaucoup supérieurs à ceux que nous employions chez nous.

Nous allons, momentanément, interrompre notre étude des moyens de transport publics ou privés, usités aux XVIP et X’VllP siècles, pour étudier quelques types d’ustensiles de voyage ayant servi à cette époque. Nous reprendrons ensuite notre travail pour traiter des chaises à porteurs, des

carrosses de gala, des chaises de poste et des diligences.

Au XVIP siècle les progrès de la serrurerie et de la mécanique étaient tels'que nombre de seigneurs, médiocrement rassurés par les coffres ou les coffrets ordinaires, imaginèrent de revenir à la construction entièrement métallique, ce qui n’excluait pas, malgré cela, le goût artistique.

C’est un coffre de voyage de cette espèce, véritable coffre-fort portatif, dont nous donnons la reproduction d’après nature, page 225. Ce merveilleux objet est exposé au musée de Cluny. 11 pi wient d’un legs fait au musée par M. le baron des Mazis. Par testament en date du 25 octobre 1866, fait 1 la Métairie, commune de Saint-Marc-du- Désert, canton de Villaine-le-Jubel, et déposé chez M Leterrier, notaire à Gesvres, M. des Mazis a donné au musée des Thermes et de Cluny tous les objets précieux réunis par ses soins et se rattachant à la haute serrurerie des XV®, XVI® et XVIl® siècles, ainsi que tous les coffres et coffrets en fer damasquinés d’or et d’argent faisant partie de sa collection. Le spécimen qui nous occupe en était un des plus beaux fleurons.

C’est un coffre en fer forgé, à quatre faces et à couvercle avec coins abattus, couvert d’ornements et d’attributs en fer de haut relief, forgés et appliqués. La face principale représente une double arcature dont les piliers sont surmontés d’écureuils et d’un chien en ronde bosse ; sous les arceaux sont

des vases également en haut relief avec des fleurs et des bouquets en repoussé. Les laces latérales portent des anses mobiles rattachées par une élégante ornementation. Le couvercle est orné de rinceaux, avec motifsenhautrelief, et deC enlacés.

Ce qu’il faut surtout admirer, dans cette pièce unique, c’est la décoration en fer qui est travaillée avec une délicatesse inouïe. Les vases contiennent des roses forgées dont les feuilles et les pétales sont de purs chefs-d’œuvre, de véritables fleurs de métal. Sur la partie supérieure du couvercle, qui elle-même, est fort curieusement ouvrée, existe, au centre, un cache-entrée en forme de trèfle et qui se démasque à l’aide d’un secret. Jusque-là, rien que de très facile, l’administration -du musée connait la combinaison ^de ce cache-entrée. Pourtant depuis que le coffre est à Ciuny, il n’a jamais pu être ouvert et ne le sera probablement jamais. Voici pourquoi :

Avant sa mort, M. le baron des Mazis avait prévenu M. du Sommerard qu’il était dans l’intention de lui léguer sa collection. A la suite de cette confidence, le généreux donateur avait plusieurs fois fait fonctionner le secret du coffre et de bien d’autres encore devant le savant archéologue, dans le but de les lui indiquer. Après sa mort, les objets ayant été transportés au musée, on fit alors appel à la bonne volonté d’une personne qui avait approché de très près M. des Mazis et on la pria d’indiquer le secret qu’elle connaissait ; cette personne refusa

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