XXII INTRODUCTION
teri, il affirme toujours que sa conversion a été produite par la grâce et que seules ces conversions-là sont valables: « Comme fay esté infirexïble à toute violence et contrainte^ ainsi je favoriseray tousjours ceux qui se résoudront pluslosl à toute autre chose qu'à se laisser violenter en leurs consciences \ »
Quoi quil en soit, la conversion de Canaye fut vite récompensée. Dès le 12 juillet 1600, par un brevet daté de Lyon, le-roi l'avait appelé « pour servir d'ordinaire en son Conseil », avec six mille livres de pension. En 1601, il le nomma ambassadeur à Venise. Cest la correspofidance relative à cette ambassade de six ans qui fut publiée après sa mort. Il montra dans ce poste les qualités d'un véritable homme d'Etat : il rétablit Vinfluence française en Italie et il eut la gloire d'apaiser le différend entre le Saint-Tère et la Sérénissime République. Le pape Taul Vlui adressa un bref de remerciment^ le 2J juin ï6oy^\
Rentré en France et au Conseil, il fut nommé commissaire du commerce et des manufactures. Au moment où se préparait la guerre de fuliers, le roi voulut ï envoyer en Allemagne, <c mais en préparant son voyage il mourut dans sa maison à T^aris en Yaage de cinquante neuf ans »,
1. Lettres et ambassade, livre I, p, 14^}, ijo, 1^2, 1J4, liv, II, p. 6, à Villeroy; liv. 111, p. //, au ctrd. (ïOssat, à propos de son propre neveu, dont on voulait brusquer la conversion ; p. ij6jà de Thou.
2. Voy, les Lettres et ambassade, et les Lett. miss., t. FUI, p. S21 (à la République, ij avril 1602); t. V,p. 404 (à Rosny, i6oi);ib\d,,p. J4S (à de Brèves, j mars 1602) et t. VI, p. 2yi, 272, t. Fil, p. 149, 348, }6o.
INTRODUCTION xxiu
le 2 y février 1610. Celte vie fort remplie avait donc été très courte, mais on peut dire que Canaye Y avait commencée de bonne heure, puisque cest à quinze ans qu'il entreprit ses voyages. Déjà, à Venise, il se plaignait delà goutte; il fut enlevé par une congestion pulmonaire consécutive à une attaque de goutte, si nous en croyons une épitaphe composée par Casauhon, qui s'était réconcilié avec son ami d'autrefois. Cette épitaphe rappelait les lointains voyages et les travaux scientifiques de T^hilippe du Frcsne : <( ... Adolescentia longinquis peregrinationibus et multiplicibus linguarum ac scientiarum disciplinis exercitatissima. »
Il fut enseveli dans l'église de Fresnes. Sa femme Renée de Courcillon, fille de René, de la maison de Dangeau en Beauce, lui avait donné trois fils, Frédéric, Casimir, Philippe, qui furent tousd'épée, et trois filles, Marie, Madeleine et Renée\ C'est à cette famille que se rattachent le fameux jésuite Jean Canaye (^1^94-1670^ et l'abbé Etienne Canaye (^1694-1782).
Ce court précis de la vie de Philippe Canaye nous a menés bien loin de son voyage au Levant.
En l'absence d'un manuscrit autographe, il ne nous
T. En dehors de celles qui sont conservées à la Bibliothèque nationale et que nous citons plus haut, le Briiish Muséum possède quarante-trois lettres de Canaye à Casaubon {plusieurs publias par Russel), et d'autres lettres se trouvent à la bibliothèque de l'Institut [Collection Godefroy],