XXIV INTRODUCTION
semble pas qu'il y ait de raisons pour œntester l'authenticité du document que nous publions. Les détails que donne V auteur sur sa personne^ ses premières années^ ses parents et amis ne peuvent venir que de Canaye lui-même. Les dates qu'il indique^ les renseignements qu'il fournit sur ses compagnons de voyage, Noailles, Massiot, Montagnac, Germigny, Présault, concordent très exactement avec ceux qu'on petit extraire de la correspondance officielle de l'ambassadeur \ A quelle époque cette relation fut-elle écrite ? Elle n'a certainement pas été composée au jour le jour, car c'est un récit qui se tient d'un bout à l'autre, et jamais l'auteur ne s'y exprime au présent ^; il avait certainement noté au passage, avec leur dale précise, les faits intéressants, mais il prit la peine de fondre ses notes en un tout suivi. D'autre part, il parle toujours des événements qu'il relate comme si ceux-ci étaient récents, et il ne fait jamais allusion à des événements postérieurs. Jjorsqu'ïl s élevait contre la cruauté de Charles IX, lorsqu'il décrivait le caractère méprisable de Sélim, lorsqu'il rappelait les souhaits dont ses compagnons de voyage saluèrent î élection de Monsieur au trône de Pologne, il est indubitable que les deux premiers de ces personnages étaient encore vivants (^Charles IX meurt le jo mai ijy4,Sélim le 12 décembre iS75^ ^l Q^ ^^ troisième n était pas encore roi de France. Il est, d'autre party peu probable que Canaye eût songé à écrire son récit en italien s'il avait déjà regagné la France. Enfin, la prièremême qui
I. Charrière, Négoc. de la France dans le Levant, /. ///. 2. Sauf une fois, p, i^j ; « ... ce qui me paraît r.n très mauvais présage ».
INTRODUCTION xxv
termine le manuscrit est tout à fait d'un homme qui vient à peine d'échapper aux périls d'un long voyage. J'incline donc à penser que cette relation fut écrite à Venise niêine, peu de temps après le 20 octobre 1^73^ en un temps où la mémoire de Canaye gardait encore toutes fraîches les impressions recueillies durant les dou^e mois qui venaient de s écouler. Cette circonstance nous est une garantie de îexactitude et de la précision de ses souvenirs.
Quelle est la place de cet ouvrage dans la littérature géographique du XV r siècle ? — L'Occident éiait alors très préoccupé des choses du Levant. Ixs recherches archéologiques, l'étude des langues et des religions orientales tournaient vers Constantinople et la Grèce V attention des humanistes; des intérêts commerciaux de premier ordre appelaient Venise, Gênes, Marseille dans l'Archipel et sur la côte S Asie., Raguse dans la péninsule des Balkans ; la diplomatie surveillait de très près ce qui se passait à la cour du Grand Turc, les révolutions de palais, les dispositions des vizirs et des pachas, les progrès ou les reculs de la puissance ottomane, entrée, grâce à François L% dans le cercle des puissances européennes; les récits de captivité^ les projets de croisade entretenaient dans l'âme populaire, avec de mystérieuses terreurs et de chimériques espérances, le désir de mieux connaître ce farouche ennemi du nom chrétien. De ces projets de croisade, le dernier avait paru réussir ; la victoire de Lépante avait secoué les âmes d'un véritable enthousiasme, même dans les nations et dans les groupes oit l'on regardait comme une nécessité positive, et presque comme un dogme politique, le maintien de T alliance avec le