XXVIII INTRODUCTION
feuilles qui partit à Bâle, en iS52, avec un commentaire de Gerbel de Pforiheim ? Je pencherais plutôt vers la première hypothèse, car lorsqu'il parle de Sophianus^ il ne cite jamais son interprète. Quoi qu'il en soit, il ne veut pas que le dessin un peu fantaisiste du géographe de Corcyre lui cache la réalité des choses, et il fait à la carte de Sophianus plusieurs corrections heureuses, dont la plus importante concerne la position dePhilippopoli^.
Il n'est pas un géographe de profession; Une se préoccupe jamais de déterminer les coordonnées d'un point, et sans doute il n aurait pas su le faire. Mais son esprit délié note avec soin tous les phénomènes géographiques qu'il rencontre : il signale les catavothres dans les vallées de rHeriégovine^ il décrit avec soin les montagnes qu'il traverse, il marque, d'un trait précis, le caractère des îles de l'Archipel.
Im géographie historique et l'archéologie sont pour lui des sciences familières : il recherche à Raguse le site d'EpidaurCy à Spalato celui du palais de Dioclétien ; il visite avec soin, son Gyllius à la niain^ les monuments de Constantinople. Il fait d'ailleurs, dans ces recherches ^ preuve d'esprit critique, et il ne veut pas accepter la tradition, suivie pourtant par la plupart de ses contemporains, qui voyait dans des ruines romano-by^antines les débris de l'antique Ilion.
Mais plus emore qu'aux choses du passée c'est aux réalités actuellenunt vivantes qu'il s'intéresse.
Il nous renseigne, par exemple, sur le commerce du Levant.
i. Foy. p, 41.
INTRODUCTION xxix
Comme Venise était alors en guerre avec le Ttirc^ le commerce oriental était presque exclusivement entre les mains des Ragusans. Raguse profitait même de Vinterruption momentanée du commerce vénitien pour faire en grand le trafic par mer; la douane de Raguse était montée^ en 1S72, à 200,000 écus; Voligarchie bourgeoise de cette ville avait une flotte d'environ soixante gros navires^ qui faisaient des voyages annuels à Constantinople, à .Alexandrie et aux Échelles^; ils en revenaient chargés d'une telle quantité de marchandises que notre témoin « 7ie sait si les Vénitiens en ont autant ». Il est en effet croyable que, pendant ces quelques années, la concentration des denrées orientales fut plus considérable à Raguse qu'à Venise même. Car, en dehors des circonstances exceptionnelles qui favorisaient son commerce maritime^ Raguse était depuis longtemps le principal point de départ des routes terrestres qui traversaient la péninsule des Balkans, soit dans la direction du Danube, soit dans celle du Bosphore et de l'Archipel; le tribut annuel que la république payait aux Turcs garantissait à ses caravanes et à ses nationaux établis en Turquie les avantages traditionnels que leur conféraient de nombreux traités, signés d'abord avec les souverains chrétiens et ensuite avec les sultans^. Il y avait aussi des négociants turcs à Raguse,
i,Sur leurs anciennes relations avec . l'Egypte, voy, Heyd^ Commerce du Levant, t, /, p. 41^ et /. //, />. jj.
2. Heyd^ t, /, p. ^op. Manuel Comnièm accorde des franchises aux Ragusans, pour favoriser les ports de Dalmaîie contre Venise, Les empereurs latins confirment ces franchises {peut-être aussi ceux de Nicée et de Trébi^ide, et les tsars bulgares). Michel Paléologue et Andronic II renouvellent ces privilèges. Traités concédés par