VIII INTRODUCTION
en Italie, il avait vécu à Venise; V italien était alors la langue usuelle des relations avec V Orient ^ et la plupart des récits de voyage au Levant quilapu lire étaient en italien : il a voulu se prouver et montrer aux autres quil était capable de se servir^ lai aussi ^ de cette langue. On s'aperçoit bien vite d'ailleurs que, s'il écrit en italien, c'est en français quil pense. Non seulement son style est émaillé de gallicismes, mais il ne redoute pas de recourir au mot français pour rendre sa pensée, si V italien ri y arrive. Cest ainsi que, tout bravement, il traduira caloyer par biau-pére. // décrira en ces termes la façon dont on attcu:he les chevaux en Turquie : « li mettono le corde a piedi che noi chiamamo entraves » ; et, parlant des escarpolettes turques, il dira : ce corde assai grosse, dette inlinguafrancesehv^ndiWoires ».
Philippe du Fresne descendait d'une bonne Jamille parisienne^ famille de marchandise et de robe. Elle apparaît dès 14$ 5^ dans la personne de Séverin Canaye\ Au début du XV r sicck, ks Canaye sont de riches marchands et industriels, apparentés aux Gobelin. Us passent pour avoir, les premiers, introduit en France la fabrication des tapis
T. Voy. la Ckesnaye- Desbois, où ceUe généalogie est très inexackmmt rapportée. D Hoi^ier, reg. V, p. //^, ne donne que peu de rcmcigiwnenis. de même que le P. Anselme, — Ch. PradeU Un marchand de Paris au xvi® siècle {extrait des Mémoires de l'Acadimie des sciences de Toulouse, 188^ et 1896).
INTRODUCTION ix
de haute lice. Lun des frères Canaye, Philippe, était spécialement chargé d'aller acheter des pastels dans le Lauraguais ; deux autres, Pierre et Jean, dirigeaient les maisons de teinture et de tapis établies dans les faubourgs Saint- Marcel et Saint' Nicolas; un quatrième^ Jacques, le père de notre auteur^ était avocat au Parlement; nous savons qu entre ï^y2 et 1576, il habitait la maison qui fait l'angle des rues Pierre-Sarrasin et Hautefeuille \ Ils étaient fort riches, car lorsque l'un d^eux, Philippe, fut exécuté à Toulouse en ij68, on sut qu'il laissait pour j 00,000 livres de créances et de valeurs, et l'on arrêta, à deux reprises, son agent Lecomle, pour trouver sur lui « le trésor » de Canaye.
Philippe avait été exécuté pour cause de religion. En effet tous les Canaye étaient plus ou moins suspects de peticher vers la Réforme. Dès IS}4 Jacques était dénoncé pour hérésie et n'échappait qu'à grand'peine aux poursuites. Après l'édit de janvier, Jean affecta au prêche sa belle maison du Patriarche; à la suite du tumulte de 1^62, il fut obligé de la céder aux œuvres pies de l'église Saint-Médard. Six ans après, Philippe était exécuté à Toulouse, malgré des lettres du roi qui arrivèrent trop tard. Pierre fut emprisonné à plusieurs reprises ; mis en liberté en décembre isSy, il mourut peu après. Jean s'était enfui à Cologne.
Seul des quatre frères, Jacques put traverser, à peu près
I. Sans doute la maison ancienne qui subsiste encore à f angle sud de ces deux rues.