XII INTRODUCTION
enfin que Veniseétait son séjour de prédilection. Il y était reçu par l'ambassadeur de France, M. du Ferrier qui, de tout temps avait favorisé la Réforme et qui protégeait en terre étrangère les huguenots de France; il y avait denombreuses amitiés, et peut-être aussi des liaisons amoureuses.
Jacques Canaye, dans l'été de 1^72, envoya à son fils l'ordre de quitter Venise et d^ aller parfaire ses études de droit à l'Université de Valence. Le jeune homme allait obéir , lorsqu'il apprit ce l'épouvantable tragédie du 24 août » . Rentrer en France à cette date, détait pour un huguenot courir péril de la vie. Telle fut l'opinion de Jacques Canaye, qui lui conseilla d! ajourner son départ.
Comme T^hilippe restait à Venise, attendant les événements, il y vit arriver M. Massiot, secrétaire de M. de NoailleSy ambassadeur à Constantinople. Le secrétaire revenait de la Cour, et n'attendait qu'un bon vent pour franchir r Adriatique.
L'occasion était tentante, pour un jeune homme de vingt-deux ans, d^ aller voir ces pays du Levant qui excitaient plus que jamais la curiosité de î Europe chrétienne, et de s'initier du même coup à toutes les ruses de la diplomatie orientale^
Du Fresne résolut donc de partir pour Raguse et là il n'eut pas de peine à se faire admettre dans la suite de M. de Noailles . Un futur diplomate ne pouvait guère entrer à î école d'un meilleur maître. François de Noailles, évêque de Dax, appartenait à cette catégorie de prélats humanistes,
i. Foy. plus loin.
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qui n'étaient animés d^aucun fanatisme religieux^ dont V intelligence était élargie par la connaissance de V antiquité et la fréquentation des beaux esprits, grands seigneurs et hommes d'État plutôt que princes de r Église. Il avait été, à l'ambassade de Londres, le successeur de son frère Antoine. Il fut ambassadeur à Venise en i^^y. En ijyi^ il remplaça M. de Grandchamp à Constantinople\ D'après Charrière, la correspondance qu'il entretint dès lors avec sa cour est ce l'une des plus remarquables que présente notre diplomatie au XVI^ siècle, autant par la grandeur des événements qu'elle retrace que par Timportance personnelle et le talent du négociateur. » Politique audacieux, il essaya d'abord de détacher les Vénitiens de la Ligue qui allait triompher à Lépante. La victoire du i^ octobre ne lui permit pas de réussir.' Il put du moins, de concert avec du Ferrier^ jeter les premiers germes de dissentiment entre Venise et la Ligue, faire pressentir aux Vénitiens que la France leur accorderait ses bons offices le jour où ils voudraient se récorwilier avec les Turcs. Il voyait de haut et de loin : Von cèlerait eticore sur la Piazj^ la victoire des armées chrétiennes, que déjà il annonçait et préparait la signature prochaine de la paix entre la Sérénissime République et le Grand Seigneur, dont il voulait faire les obligés delà France.
Voilà r homme sous qui du Fresne allait faire son apprentissage. François de Noailles ne se considérait pas comme un serviteur ordinaire de la royauté. Grand seigmur dans
/. Charriérôy Négociations de la France dans le Levant, /. ///, p, i6i.