‹ Le voyage du LevantChapitre 7 sur 32 · XIV INTRODUCTION · texte numérisé non relu

XIV INTRODUCTION

rame, et sûr de nétre jamais désavoué, il en prenait à son aise avec ses fonctions, et ne s'astreignait pas à une servile obéissance. Il négocie comme il V entend, il traite comme il juge convenable de le faire, il renonce spontanément au projet d'établissement de Monsieur en Alger; d^ accord avec un autre prélat diplomate, Jean de Manluc, il entame l'affaire de Pologne. Tuis, sans avoir reçu ni V ordre ni V autorisation de quitter son poste, il prend sur lui d'abandonner Constantinople, simplement parce qu'Une veut pas rester en Orient plus longtemps. Il est vrai qu'il revenait en France sur un succès j rapportant dans sa valise une lettre par laquelle le Turc s'engageait à mettre tous les ans à la disposition du Roi très chrétien une flotte de deux cents galères, et à lui céder les pays que cette flotte pourrait conquérir sur l'Espagnol. Il n'en restait pas moins que de Noailles avait quitté son poste avec un véritable sans gène. Il regretta cette incartade lorsqu'en arrivant à Raguse il apprit la nouvelle de la Saint-Barthélémy. Ce n est pas qu'il s' apitoyé un seul instant sur les victimesj et, bien qu'il ne soit pas avec les persécuteurs, il entend profiter de la persécution et réclame sa part dans les biens des huguenots. Cest un politique réaliste qui apporte au maniement des affaires de l'État le même sens pratique qu'aux siennes propres. Ixl Saint-Barthélémy est pour lui une faute, du moins au regard de la politique orientale. Le roi, pense-t-il, vient de donner des gages au catholicisme. Les Espagnols en prennent avantage pour répandre le bruit qu'il renonce à la politique traditionnelle de la France en Orient, qu'il va se joindre à la Ligue. Il faut démentir ces rumeurs, il faut prouver aux

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Turcs que la Frmtce n abandonne pas ses alliés; et un seul homme possède asse:^ de prestige à Constantinople pour y pouvoir faire accepter cette interprétation hardie des faits, c'est Noailles lui-même. Il est trop avisé, trop soucieux^ disons-le aussi, de maintenir la grandeur française, pour ne pas le sentir^ et c'est pourquoi il attend à Raguse des instructions nouvelles. Il craint que le roi ne commette la grosse faute de se rapprocher de l'Espagne, et déjà il élabore tout un plan de négociations pour tirer parti même de cette fautCj si elle venait à être commise.

Mais la cour ne changea rien à sa politique étrangère. Le roi, la reine, le duc d'Anjou écrivirent à l'ambassadeur à la fois pour lui témoigner leur mécontentement de ce qu'il avait inopinément quitté Constantinople, et pour lui donner des ifistructions nouvelles : réconcilier le Turc et Venise, travailler à î élection de Pologne, tel était le thème des négociations qui allaient s'ouvrir. Ce plan ne pouvait qu'être très agréable au négociateur. Mais il fallait d^abord traverser toute la Turquie, au comr de l'hiver.

Noailles partit de Raguse le 14 janvier isyj- Du Fresne raccompagna pendant tout ce voyage. Il arriva aux Vignes de Fera le 28 février et resta à Constantinople jusqu'au 9 juin. A cette date il cessa défaire partie de la suite de l'ambassadeur et, par l'Archipel, la côte deMorée et les iles Ioniennes, il regagna Venise, où il débarqua le 20 octobre, après un peu plus d'un an d^ahsence, et de là repassa les monts^.

I. Il ne retourna plus en Italie avant £y être envoyé comme ambassadeur, car il écrivait à M. de Beaumont, le 2/ janvier 1601

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