VOYAGE
Bien que ce soit chose honorable et belle de visiter beaucoup de pays et, grâce à la connaissance des langues étrangères et à l'expérience des affaires du monde, se rendre digne de les gouverner et manier : cependant on risque parfois plus de dommage à être trop longtemps hors de sa patrie que de honte à rester toujours au logis.
Aussi, considérant en moi-même le temps depuis lequel j'étais absent de ma patrie, je résolus de me contenter de mes voyages dAllemagne et d'Italie ' fort heureusement accomplis et, pour m'avancer dans l'étude des lois, de m'en aller à l'Académie de Va-
i. Voyez L'Introduction,
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lence1, puis de là à Paris, sans consumer plus d'années en des pérégrinations longues, fastidieuses et sans gloire. C'est pourquoi, comme j'étais même invité à le faire par le commandement de monsieur mon père2, j'étais déjà sur le point de quitter Venise, où depuis plusieurs mois je jouissais de la vie la plus tranquille et la plus douce du monde, quand j'appris que la France était toute bouleversée, et que m'arriva la nouvelle de l'épouvantable tragédie du 24 août. Ces déplorables événements me firent changer de propos, si bien que je décidai de rester à Venise jusqu'à ce que j'eusse reçu d'autres lettres de monsieur mon père, lequel me fit avertir, quelques jours plus tard, de ne pas bouger avant qu'il m'écrivît de nouveau.
Sur ces entrefaites arriva M. Massiot3, secrétaire
1. Voy. Fournier, Statuts des Universités franc., t. III, p. 361-412. Créée en 1452 par le dauphin Louis, confirmée par une bulle de Pie II (1459)1 l'Université de Valence possédait deux Facultés, une de décret et une de droit canon. Le recueil de M. Fournier ne contient pas sur cette Université de documents postérieurs à 1495.