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La flotte armée par Venise contre le Turc

dines ou autres provisions. Le matin suivant, voyant que le vent ne nous était pas favorable, je me fis porter en barque avec mon très cher cousin M. Perrot ' jusqu'à Zara, laquelle, pour petite qu'elle soit, est pourtant la principale cité de Saint Marc en Esclavonie ; elle est très forte, et par sa situation, car elle a la mer de trois côtés, et par l'artifice des Vénitiens, qui l'ont complètement enceinte de mer et de murailles, bastions, terrasses, fossés et boulevards inexpugnables, et la garnissent de vivres, munitions et soldats, de manière à pouvoir supporter un siège s'il en était besoin : attendu que la domination du golfe de Venise est entre les mains du maître de Zara2.

Le pays d'alentour est bon et fertile, mais peu cultivé à cause des courses ordinaires des Turcs, avec lesquels on en vient journellement aux mains en es-

i. Ce Perrot est très probablemeut un membre de la famille de Miles Perrot, conseiller au Parlement, dont le fils aîné mourut ministre à Genève en 1608. Nous avons sans doute affaire ici au troisième fils, Cyprien, ou au quatrième, Nicolas, qui tous deux furent conseillers au Parlement ; ou bien encore à leur cousin François Perrot, sieur de Mézières, qui vécut longtemps à Venise. Il y avait un Perrot à Venise avec M. de Noailles en 1557. — Perrot d'Ablancourt descendait de la famille de Miles Perrot.

2. Ramberti, p. 122: « ... Z. è citta antichissima e principale di Schiavonia overo Illyrio alla marina, è grande assai e bella. Lontana allei circa miglia disdotto pur alla marina vi è Zara vecchia, chiamata da Ptolomeo Jader, che è tutta rovinata ». Sur cette ville, voy. Schefer, p. 6, n. La carte de Soffiano indique Jadera par 43°44' ; elle correspond ainsi à peu près à la Zara vecchia de Kiepert, qui est située très au s. de Zara, près de Sebenico. Voy. les cartes de Zara et Sebenico de P. Forlani, 1560 (B. N., «éog. B1797, c. i)3) et de Martino Rota, 1,70 (ibid., 151).

carmouches et rencontres. Le seigneur Sforza Pallavicino était gouverneur à Zara. Hors des murs de la ville, sur le bord de la mer, est une source très abondante où tous les navires et galères viennent prendre de l'eau.

Le 21, nous passâmes Mortara, château fameux par ses bons vins \ et de toute la nuit nous ne trouvâmes le fond, mais nous marchâmes avec bon vent, et vers la minuit nous découvrîmes une barque d'Uscoques 2 qui s'en venait droit sur nous ; mais lorsqu'ils entendirent que nous commencions à les saluer d'arquebusades, ils se retirèrent sans plus attendre. Ces Uscoques sont pirates esclavons qui, étant très nombreux, ont élu un chef parmi eux et courent à travers le golfe comme corsaires, volant tous les bateaux qu'ils rencontrent et qui leur sont inférieurs. Ils sont surtout ennemis des Ragusans, qui en ont tué je ne sais combien avec un de leurs plus signalés capitaines. Et quand il leur tombe entre les mains des Juifs, nonobstant toutes les lettres de Saint Marc ils leur volent leurs marchandises et les font esclaves.

i. Ramberti, p. 112 : « Mortara è villagio assai ameno nel quale vengono olivari assai et vini dolcissimi. » La carte de Martino Rota porte cette note : « Qui si fa quel bon vin do Morter ».

2. De Noailles (Charrière, t, I, p. 631) : « Et oultre s'est trouvé en grand danger d'estre pris desEscoques, qui sont escumeurs de mer, faisans infinis maulx en ceste coste de la Dahnacye ». Presque tous les récits de voyage les mentionnent. D'après Reclus, ce sont des Serbes chassés de la Bosnie par les Ottomans, et qui conservent encore leurs mœurs barbares. Voy. leur histoire par Amelot de la Houssaye.

Puis chargés de butin ils se retirent sur les terres du duc Ferdinand1.

Le 22, le vent nous laissa à la bouche de Narenta d'où nous nous fîmes remorquer le 23 , et après avoir passé ainsi le cap Cumeno, nous entrâmes dans le canal de Curzola, laissant à bâbord Sabioncello, presqu'île des Ragusans, où il y a des vins excellents. L'île de Curzola est à Saint Marc, elle est stérile et la ville est pauvre et petite 2. Nous y restâmes toute la journée du 24, parce que tous nos mariniers embrassaient leurs parents et leurs femmes.

Le 25 nous passâmes la Giuliana3, détroit très dangereux, par un greco très furieux, et nous restâmes à Porto-Palazzo4 qui, tout entouré de montagnes

1. L'archiduc Ferdinand, fils de Ferdinand Ier, comte deTyrol et d'Alsace (1529-1594). Mais du Fresne fait sans doute ici confusion avec son jeune frère Charles, qui était duc de Styrie et d'Istrie.

2. Ramberti, qui avait suivi à peu près la même route, parle ainsi de Curzola et de Sabioncello, p. 123 : « Curzola è isola diDalmatia, detta da' antichi Curcura Melana, overo Corcyra negra, benche altri dicano che da Ptolomeo si chiamù Curicta... » Suit une description du canal, « da una parte del quale è l'isola che pertiene alla Signoria de Vinegia, dall' altra parte vi è Sabioncello, che pertiene a Rhagusei ». Le 10 oct. 1573, du Fresne passa de nouveau par Curzola ; il en donne, à cette date, une description détaillée. Voy. plus loin. — Sur Curzola, voy. une note de M. Schefer, p. 8.

3. Porto-Giuliano, entre Spalato et les îles de Curzola et Sabioncello,

4. Ou Spalato. Du Cange (Hist. Byiantina, p. 339) discute ainsi les diverses théories émises sur l'origine de cette ville : « Spalatum Dalmatiae urbem celeberrimam. .. ex Salonae ab Attila eversae ruinis conditam existimantpleriquescriptorum... Sed praeter quam.quodprocerto haberi débet, Salonam ac Spalatum una ac simul post Attilae tempora perstitisse, auctor est idem Constantinus (le Porphyrogénèie) Spalatum a Diocletiano Imp. conditum fuisse, quam quidem urbem magnifiais Palatiis, quorum rudera

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stériles, est très sûr et très vaste. A la tête du port se voient les ruines du palais d'un roi de ces pays, qui se plaisait beaucoup à pêcher et à étudier la nature et les espèces des poissons.

Dans ce port nous restâmes quatre jours à cause des vents contraires, et sans la faveur que nous fit l'abbé de Santa-Maria de Meleda, à trois milles de ce palais1, nous étions pour mourir de faim. Mais il

sua adhuc aetate super erant, ut et nostra (renvoie à G. Spon, Itin., t. I , p. 103) adornaverit, ex quo Spalatum voce ex Latina Palatium detortafuerit appellatum... » Il nous apprend que Spalato était une république, gouvernée par des podestats et des comtes élus. A la suite d'une révolution, en 1388, les nobles furent expulsés, et la ville passa sous la domination de Ladislas de Hongrie, qui la vendit au Bosniaque Hervoia avec les quatre îles de Brazza, Lésina, Curzola et Lissa. En 1420 Spalato devint terre de Saint Marc, sans perdre sa constitution. « Le roi de ces pays » dont parle du Fresne n'est autre que Dioclétien. Sur Spalato et sur Santa Maria de Meleda, voy. Banduri, Imperium orient., p. 83 et 121. — Spon qui visita Spalato en 1675 en donne la description suivante, p. 98 : « Ce n'était qu'un palais de l'Empereur Diocletian, natif de Salone, qui n'est éloignée de Spalato que d'une lieue... » et il donne une planche qui représente le palais, p. 103. Il reproduit la légende de l'empereur amateur de poissons : « Manger de ces petites truites de Salone, dont l'empereur Dioclétien étoit si friand, que de peur d'en manquer il avoit fait un conduit exprès qui les amenoit dans son palais ». — Luigi Hauser (Spalato ed i monum. romani, suppl. au Bulkt. ai ^Archeol. e Storia T)alinata, 1878) établit qu'à l'époque des invasions les habitants de Salone, après s'être tout d'abord réfugiés dans les îles, revinrent sur le littoral chercher un asile dans le palais. Ce palais, construit après 305, avait la forme d'un carré long, c'est-à-dire la forme d'un camp, avec quatre portes garnies de tours ; les murs extérieurs devinrent ceux de la cité, qui plus tard déborda hors de cette enceinte. Les deux temples de Jupiter et d'Esculape ont été conservés; le premier, qui est un édifice à coupole, servit de cathédrale. Quant au conduit dont parle Spon, c'est un aqueduc (voy. dans le Hulletino des inscriptions trouvées à Spalato ou Spalatro.)

I. Les distances sont vraisemblablement données en milles de Venise, qui mesurent 1,387 mètres.

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nous procura du pain, du vin et une couple de chèvres, qui nous parurent alors très savoureuses et très tendres.

Le 29 nous touchâmes à Jamsia, d'où nous partîmes avec un vent favorable le dernier jour d'octobre . Mais arrivés à la bouche du canal de l'Umbla1, que ferme le beau port deGravosa2, une telle tempête nous surprit sous la vallée de San Martin que nous ne pensâmes rien moins que nous briser sur les écueils des Pettini ou vraiment être portés par l'ouragan jusqu'en Pouille. Dans notre navire il n'y avait à cette heure que quatre matelots et un fadarino [?], et encore étaient-ils si peu d'accord que tout le jour ils criaient ensemble. Ce qui augmentait beaucoup notre effroi, c'est que nous n'entendions pas leur langue slave. Pourtant, nous trouvant en une telle nécessité, chacun se mit, non à pleurer sur nos malheurs, mais valeureusement à combattre la tempête; après avoir recommandé son âme au Dieu tout puissant, on veillait qui à la barre et qui aux écoutes, on courait qui à un poste et qui à un autre, et à force de diligence nous tenions la place d'excellents marins. Nous tra-

1. V;il d'Ombla dans Kiepert, golfe très étroit et allongé, qui est échancré au sud vers son embouchure par le port de Gravosa. Phil. de Diversis écrit en 1440, dans sa T)escriptio Ragusina, p. 23 : « Est quaedam ora, quae dicitur Umbla, per terrain tribus milliaribus, per mare vero octo distans ab urbe. Hanc distinguit quoddam canale amplum abundans piscibus et latum ac canale magnum Venetiarum ».

2. Ibid. « Gravosia... ubi tutissimus et amplissimus portus cernitur adJuctus in modum arcus... »

vaillâmes si bien qu'enfin l'on jeta l'ancre; ensuite avec des paranzanes1 nous nous approchâmes de la côte au prix d'un grand labeur qui dura jusqu'à minuit. Puis, après avoir pris une légère collation, on . s'en alla qui conter les nouvelles, qui se reposer, en remerciant Dieu de nous avoir fait éviter la mort. Tout le jour suivant, qui était le Ier novembre, nous restâmes à bord à attendre un vent qui pût nous porter jusque dans le port de la ville. Mais le 2 nous allâmes à pied à Raguse, anciennement appelée Epidaure, et en langage slave Dobronick 2. Telle fut la fin de notre navigation dans laquelle nous apprîmes fort bien quelle chose c'est que la mer; car, espérant faire ce voyage en quatre ou cinq jours, nous en restâmes dix-sept entiers, nous éprouvâmes de grandes infortunes et nous fûmes en des périls épouvantables. Et bien que de ce malheureux commencement on dût tirer un mauvais augure, pourtant, une fois échappés sains et saufs, chacun louait Dieu de toute chose.

i . Paran\a (d'après le dict. de Tommaseo e Bellini) désigne une grosse barque à longue vergue, à un seul niât et à voile latine, jaugeant une centaine de tonneaux, rapide, employée par les pêcheurs de l'Adriatique, et surtout de la Fouille. On appelle paran\ela (paran^ana doit être synonyme) une barque pareille, mais plus petite de moitié ou d'un tiers. — Jal (à paran\elà) dit seulement : bateau pêcheur, balancelle.

2. Ramberti, p. 123 : « Rhagusi è città molto nobile ed antica, detta da Pt. Epidaurus : benchè questa che ora è Rhagusi non è l'antica,ma è fatta novamente ». Voy. Banduri, qui est Ragusan lui-même, à la p. 70 de ses Animadv. in librum Constant. Porphyr. Voy. aussi plus loin. Dobronick est une abrév. pour Dobra Venedik.

Mais trouvant l'Illustrissime Monseigneur de Dax revenu de Constantinople contre toutes prévisions humaines l, nous nous mîmes à hésiter fortement sur ce que nous avions à faire. Cependant, attendant que Son Excellence se résolût à retourner au Levant

1. M. de Noailles était parti de France croyant que sa mission ne durerait qu'un ou deux ans. Déjà en juillet 1572, il se plaignait de l'état précaire de sa santé, et faisait remarquer au roi qu'il était absent depuis plus d'un an. A la fin de septembre, il s'était convaincu qne la tentative que l'on avait faite pour acquérir la possession d'Alger ne pouvait décidément réussir; il avait amorcé les négociations relatives à la Pologne; enfin il avait obtenu la fameuse capitulation qui mettait annuellement deux cents galères ottomanes à a disposition du roi Très chrétien. Dans ces circonstances il ne crut pas que sa présence à Constantinople fût encore indispensable, et il était assez grand seigneur pour se permettre de revenir en France sans en avoir reçu l'ordre de sa cour. Il convient d'ajouter que le bruit courait en Orient que la France allait entrer dans la ligue et rompre avec le Turc : si cette nouvelle s'était confirmée, l'ambassadeur du roi à Constantinople aurait couru grand risque de perdre la liberté, peut-être la vie, et l'évêque de Dax n'aspirait point au martyre. Il laissa la gérance de l'ambassade à M. de Présault et se dirigea sur Raguse, dans l'intention de passer à Venise. Il fut obligé de rester à Gravosa, parce qu'il venait de régions infestées par la peste ; les Ragusans consentirent seulement à réduire sa quarantaine à vingt-cinq jours. C'est à Gravosa qu'il apprit la nouvelle de la Saint-Barthélémy. Cet événement pouvait exercer une influence sérieuse, et fâcheuse, sur notre situation dans le Levant : on paraissait abandonner la politique deColigny, et se rapprocher de l'Espagne; plus que jamais la France semblait sur le point d'adhérer à la Ligue, et les Espagnols faisaient secrètement savoir aux Turcs que le roi allait être trop occupé au dedans pour avoir une politique indépendante au dehors. L'évêque, comme son collègue du Ferrier, regrette que l'événement du 24 août se soit produit : ce qui ne l'empêche pas, en homme avisé, de réclamer pour lui et les siens les dépouilles de quelques huguenots, notamment de Téligny. Mais en présence d'une situation aussi grave que nouvelle, il ne crut pas pouvoir poursuivre son voyage de retour; il envoya M. de Montagnac en France et attendit des instructions. C'est pourquoi du Fresne et ses amis le trouvèrent à Gravosa le 2 novembre.

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ou à poursuivre son voyage, nous nous logeâmes dans une hôtellerie, laquelle je dois plutôt comparer à un caravansérail turc qu'à une maison chrétienne. Après y être restés fort mal à notre aise tout le jour, nous allâmes à Saporto en nous promenant par la ville, comme font les Ragusans, privés de tout autre passetemps.

Raguse est placée au pied d'une très haute montagne, partie en plaine, partie en colline, baignée de trois côtés par la mer; par deux portes seulement on peut en sortir, la troisième est celle du port'. La ville n'est pas grande, mais assez populeuse et riche, et moyennant douze mille ducats de tribut elle se tient en bons termes avec leTunr.Lesgentilshommes

i . Cette description est à rapprocher de celle que donne Ramberti, /. c. : « Rhagusi novo èbenissimohabitato, posto in bellissimo sito soprail mare, ma perù è nel continente di Dalmatia ». Tout ce chapitre de Ramberti est traduit dans Nicolay, p. 176 et suiv.

2. lbid. : <c Sono tributarii al sig. Turco et ogni anno gli mandano dui oratori con il censo loro, che è di ducati dodici mila » . M. de Beauveau écrira en 1604 (Relation journalière... p. 5) : « Elle se maintient en liberté en payant annuellement quatorze mille escus au G. S..., en récompense de quoy tous les citoyens traffiquent librement par tout l'Empire des Ottomans exempts de toutes gabelles ». En effet, du Fresne rencontra plusieurs fois des Ragusans en plein pays turc. La prospérité de Raguse était alors encore augmentée par la guerre, qui supprimait la concurrence vénitienne. — Les Ragusans s'étaient mis sous la protection du Turc par un traité signé en 1365 avec Mourad, le premier traité conclu entre le Grand Seigneur et un État chrétien. Mourad II (en 1430 et 42) leur accorde un nouveau traité, ce qui ne les empêche pas de visiter les p.iys encore grecs, Constantinople et la Morée; ils obtiennent des Paléologues un terrain dans la capitale pour y construire un fondaco (xôvrïa) et une église; de plus les droits d'entrée et de sortie sont réduits en leur faveur à 2 0/0 ; mémos avantages en Morée (1451. Hcyd, Connu, du Levant, t. I, p. 294).

font grande profession de marchandise, si bien qu'ils ont soixante grands navires qui s'en reviennent chaque année des voyages d'Egypte et deConstantinople et aussi de Ponent, chargés de richesses incroyables; et je ne sais si les Vénitiens en ont autant.

Chaque mois à Raguse ils créent un comte, qui est chef de la seigneurie, et marche vêtu comme les podestats vénitiens; et quand il va à l'église il est accompagné de douze pages habillés de rouge, et de je ne sais combien de cornemuses qui sonnent jusqu'à ce qu'il arrive dans son palais, à la façon du doge de Venise. Ceux-ci sont les singes de la République de Venise1, bien qu'ils prétendent être plus anciens

1. Leur gouvernement est en effet copié de très près sur celui de Venise. Ramberti, 123 v° : « Vivono a Republica et fanno uno Présidente che sta nel palazzo, il quale dura un mese, et ha dodici corne consiglieri : li quali tutti si chiamano il conseglio picciolo. Hanno poi il consiglio di Pregadi : nel quale vi entrano delli piu vecchi circa cento et piu. Et hanno il gran conseglio : ove si vanno tutti gli nobili che passano vinti anni ». Ce qui est assez curieux, c'est que Chesneau ne fixe pas le même terme aux pouvoirs du comte, p. 9 : « Elle est gouvernée en République et, de trois en trois mois, change le duc ». Tout au contraire de Beauveau, p. 5 : « Changeant tous les mois de recteurs ». Si ce gouvernement n'a pas servi de prototype à celui de Venise, du moins est-il fort ancien, carde Diversis le décrit ainsi en 1440 : un Grand Conseil, composé des nobles (il y avait alors trente-trois familles), élit chaque mois un comte, qui ne peut être réélu avant deux ans. Avec onze autres nobles (six juges et cinq conseillers) il forme le Petit Conseil, qui siège trois jours par semaine. A ces douze s'adjoignaient alors, pour former les Pregadi, trente trois autres conseillers. De Diversis décrit la procession du comte. - Heyd. Commerce du Levant, t. I, p. 309, rappelle que Raguse eut d'abord une population exclusivement italienne, peu à peu pénétrée d'éléments slaves. Dès 1171, Venise lui impose de force pour comte un patricien vénitien, RanieriZane; mais en 1205 c'est

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que les Vénitiens. Ils caressent tout le monde et sont amis de tous les princes chrétiens, ayant le pape pour protecteur. Ils n'ont pas un grand empire, mais à l'époque de la guerre des Vénitiens avec le Turc1, leur douane est montée jusqu'à 200,000 écus, parce que tout le trafic du Levant, ne pouvant aller à Venise, s'arrêtait ici. Ces seigneurs dépensent beaucoup pour les services sanitaires, et ils font séjourner toutes les caravanes hors de la ville dans les lazarets. Par exemple Monseigneur l'ambassadeur faisait sa quarantaine dans un beau palais au port de Gravosa, qui est très grand et très sûr, et fort agréable à cause des belles collines chargées de fruits qui l'entourent. Et Raguse aurait été bien plus commodément construite en ce lieu, qui n'en est distant que de trois milles, que parmi les rochers où elle est placée comme au mépris de la nature : car on ne peut la fortifier à cause des montagnes voisines2, et le port, tout étroit

Raguse elle-même qui demande à Venise un comte, et malgré une courte réaction antivénitienne, elle resta vassale de Saint Marc pendant la durée de l'empire latin. Plus tard, rivale inquiétante de sa suzeraine, elle réclama la protection de l'empire grec, des Normands, puis des Turcs. En dehors des privilèges qu'elle obtint des Comnène, elle s'en fit accorder par les princes bosniaques, serbes et bulgares. — Depuis 1358 elle n'avait plus un comte vénitien; Venise l'avait cédée au roi de Hongrie, qui la laissait à peu près libre. — Engel, Gesch. des Freistaats Ragusa. Tafel und Thomas, Griech. original Urk. (Sitf. der Wiener <Akad. Ph.-h. Cl. VI, 511. ).

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