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Samakov, riche en minerai de fer oxydulé

2. Courrier. Ils allaient, d'après Zeno, en quinze jours de Raguse à Stamboul.

3. Il suffit de parcourir la correspondance de Nouilles pour voir que ces bruits, périodiquement répandus en Turquie par les ennemis de la France, n'étaient pas sans inspirer de sérieuses craintes à l'ambassadeur. Le meilleur moyen de démentir ces bruits, c'était de continuer son voyage : « Il

puyant sur les lettres du roi que cet oulak lui avait apportées, ne voulut pour cela renoncer à poursuivre son voyage, bien que le courrier prétendît avoir lui-même vu à Venise les réjouissances faites à cette occasion.

Et ainsi le 12 février, cheminant par des routes qui n'étaient pas trop malaisées, mais blanches de neige, nous arrivâmes à Bagno, grand bourg dans une belle plaine, au pied de très plaisantes vallées. Là nous vîmes enturquer un jeune musulman et célébrer par des cérémonies publiques la fête de sa circoncision. Tous ceux de la bande étaient vêtus d'étranges peaux d'animaux sauvages, avec le cimeterre nu à la main et de grandes ailes d'aigle sur la tête. Et après quelques paroles dites parle plus grand d'entre eux au milieu de la place et dans d'autres lieux publics, ils couraient les uns contre les autres avec des cris et des insultes (?).Le jeune musulman était seul à cheval avec un autre de ses compagnons et tenait une étoffe dans sa main droite, et levait un doigt en signe qu'il croyait un seul Dieu, comme dit Mahomet : « Allah il la la », ce qui est le fondement de sa foi1. En effet, les histoires montrent qu'il établit sa religion2 au temps où toutes les églises

se confirme par mondit retour que le roy n'entrera pas dans la ligue, ce qu'on leur avoit figuré ».

i. Sur les rites de la circoncision, voy. Postel, Condition..., p. 41.

2. Les doctrines de l'Islam commençaient à être mieux connues en Occident. Les appels à la croisade, comme le petit livre de Barthélémy

orientales étaient divisées à cause de la maudite secte d'Arius, de sorte que, les trouvant dans cette discorde, et aidé des conseils infernaux d'un prêtre arien nommé Serge, il commença d'enseigner qu'il n'y avait qu'un seul Dieu, et sur cette base grandit tellement sa criminelle doctrine que jusqu'aujourd'hui sa foi règne en plus de pays que la chrétienne.

Mais pour revenir au bourg de Bagno, je dis qu'on l'appelle ainsi parce qu'il y a des bains d'eaux chaudes. Et le fleuve Hebrus, nommé en langue slave Maritza, du nom dune très belle jeune fille qui s'y noya, prend ici son origine et va se jeter dans l'Archipel prés de Gallipoli1. Et bien qu'il soit beau et grand, pourtant la négligence des Turcs fait qu'il n'est pas navigable, en sorte que dans tout l'Empire turc il n'y a actuellement que trois fleuves qui portent barques, le Danube, le Tanaïs, le Nil.

Le 13 nous sortîmes des passages étroits etescar-

Georgiewitz (1544), qui eut un succès inouï et fut traduit dans toutes les langues, et celui de Geufîroy (1543) rendent déjà plus familière au public la notion du monothéisme musulman. Geuffroy (f° Eii) donne une analyse détaillée de l'Alcoran (de même que Belon) et, malgré tout son parti pris, cette analyse est assez exacte, et il est obligé de reconnaître aux Turcs certaines qualités : « Tout le bien qui est en eulx, si aucun en y a, c'est qu'ils sont charitables et grans fondateurs d'hospitaulx. » En 1560, Postel apporte déjà, dans l'étude de l'Islam, une préoccupation d'impartialité jusqu'à un certain point sympathique.

1. Près de Tatarbazardjik se trouve un défilé de la fille (Kiz-Derbend). Y a-t-il quelque rapport entre ce nom et l'anecdote rapportée ici ? — Voy. Ramberti, f° 127 v°.

4o VOYAGE DU LEVANT

pés des montagnes et des neiges, qui nous avaient jusqu'ici causé des peines et des frayeurs infinies; et après avoir passé un village nommé Berven1, nous entrâmes dans la grande plaine dite vulgairement de Macédoine, mais en réalité c'est la Thrace. Et nous commençâmes à trouver un air plus tempéré et moins froid, et un plus joli pays. Cheminant donc par cette très fertile plaine, nous vîmes plus de deux cents monticules non pas naturels, mais faits de main d'homme ; par là nous connûmes que c'était là le lieu où fut donnée la bataille entre Octave et Brutus; car les historiens disent que sous ces tertres les morts furent enterrés par leurs amis ou leurs serviteurs restés vivants; et plus un tertre avait de morts, plus grand il paraît à cette heure. Et il y a des gens qui veulent que dans cette même plaine ait eu lieu la rencontre entre Pompée et César; mais je crois que ce fut près de Filippopoli, vers la mer2.

Après une très longue journée nous passâmes le fleuve Hébre ou Maritza sur un pont de bois. Et

i. C'est sans doute le village de Kiz-Derbend.

2. On confondait souvent les deux champs de bataille. — Ze no, p. 212 : « Vedemo molti tumuli, che furono sepolture de i grandi Romani fatte dai suoi schiavi in quelle per il conflitto di M. Bruto et Cassio et M. Antonio etOttavio. » — Ramberti. f° 128, en parlant de la plaine de Philippes : «Et sicrede et affirma da molti, che in questa campagna seguisse il conflitto di Cesare et Pompeio : laquai cosa si corne ho dubbiosa, cosi ho per certo quello che scrive Appiano, che in questo luoco se combattesse da Ottaviano et M. Antonio contro à Bruto et Cassio... » Chesneau, p. 14, est de l'avis de du Fresne sur la position du champ de bataille.

nous nous logeâmes à Tatarbazardjik', beau et grand bourg, agréable au delà de toute expression, où Méhémet-pacha a fait un bain public somptueux et magnifique, et auprès un puits dont l'eau est conduite dans le bain : elle est tirée par un cheval au moyen de grands seaux de cuir, par l'artifice d'une roue qui fait tout marcher.

Nous arrivâmes le jour suivant de bonne heure à Filippopoli, placée dans un site très beau et très gracieux sur quatre montagnettes2, au milieu d'une très large plaine, sur le bord de l'Hèbre, que nous passâmes sur un pont de bois long de plus de trente arches3 ; près de la ville le fleuve forme une jolie petite île, pleine d'arbres très élevés, sous lesquels on entend les chants variés de myriades d oiseaux. Et à la voir de loin, cette ville ressemble exactement à un grand navire au milieu de la mer tranquille.

J'ai alors très bien considéré cette ville, et j'ai vu que Soffiano s'est fortement trompé sur sa position; car le fleuve Maritza non seulement baigne ses murailles, mais encore la coupe presque par le milieu,

i. Boue, t. I p. 69; Chesneau, p. 11 et i2.Jirecek, Heerstr., p. 121.

2. Ramberti, f° 127 v» : « Ilsito è bellissimo, a cantoalla città vi passa il fiume Marna, che è largo et bello, et da molti si crede che fusse detto dalli antichi Hebrus... » Zeno, p. 212. — Chesneau, p. 14; M. Schefer a publié une Vue de h plaine et delà ville di Pb., où sont figurés lestumuli. Boue, t. I, p. 69, décrit cette plaine, parcourue par six cours d'eau. — Ce passage de du Fresne a été imité par la Noue dans ses discours sur les Turcs.

3. Boue, /. c. : « Il faut repasser la Maritza sur un long pont de bois pour entrer à Philippopoli ».

et lui la place à une assez grande distance de l'Hèbre et presque sous le mont d'Argent ou Rhodope,dont elle est éloignée de plus de quinze journées de caravane l. Les vestiges des murailles antiques prouvent qu'elle n'a jamais été aussi grande qu'elle est aujourd'hui; elle a au moins sept milles de tour, mais toutes les maisons sont à la mode turque2, si basses et de si peu d'apparence qu'à peine pouvais-je croire ce que disait le drogman de Raguse chez qui nous logions3 : à savoir que le Grand Seigneur recevait chaque année, rien que de Filippopoli et du territoire voisin, 570 charges d'aspres4, et la charge, à ce qu'il

1. Sur la carte de Sophianos (éd. de Rome 1542) l'Hèbre est en effet figuré comme sortant du Rhodope, très à l'est de Philippopoli, et presque à la même latitude que cette ville, puis descendant en droite ligne vers Andrinople. Toute cette région est d'ailleurs très inexactement reproduite. Andrinople est très à l'ouest et au sud de Constantinople- Malgré les dires des voyageurs (Ramberti, Chesneau, etc.) qui affirmaient avoir vu la Maritza à Philippopoli, l'erreur de Sophianos est reproduite sur la carte de Luchini (1558), sur celles de Fr. Salamanca (1560) et de Bertelli (1564), même, ce qui est plus étrange, sur une réédition de la carte de Sophianos parue en 1636. Pourtant, sur la carte de J. Castaldo, dont la date doit être à peu près contemporaine de celle du Sophianos de Rome, la Maritza est fort bien dessinée comme un fleuve qui coule d'abord de l'ouest à l'est, passe par Tatarbazardjik et Philippopoli, et se dirige vers le sud près d' Andrinople. La mappemonde de Mercator, de 1569 (Jomard, n° 77) place également Philippopoli sur le fleuve.

2. Ramberti, f. 127 v° : « Si vedeno anchora molto bene le vestigia délie mura... Ma hora è distrutta, et in casali di paglia, tavole et creta ridotta alla Turchesca ». — Zeno, 212 : « nel quale si vede le muraglie délie vestigie antiche ».

3. Zeno : « In quai città sono allogiati alcuni mercanti Ragusei... »

4. Geuffroy, f° B : « Ce sont petites pièces d'argent cornues, plus quarrées que rondes, cinquante desquelles vallent ung ducat » (Alberi dit : un

disait, monte à 2,000 écus. A faire le compte détaillé, du vin seulement le Grand Seigneur reçoit 150 charges d'aspres par an; du riz 190, et pourtant le riz ne se moissonne que tous les cinq ans1; des mines de fer 70, de l'or qu'on trouve dans l'Hèbre 70, et des tributs et autres taxes 40 charges. Et bien que cela paraisse bien extraordinaire, pourtant comme je l'ai entendu d'un homme très au courant des affaires turques, je le croirai, vu que Venise toute seule ne paye pas moins à Saint-Marc. Hors de Filibé, le Grand Seigneur possède un grand haras de chevaux2, à cause des bons pâturages de ce pays. A cinq milles de cette ville on voit d'importants vestiges d'antiquité, et de nombreux bains naturels très efficaces pour beaucoup de maladies. Sur un des rochers de Filibé on voit comme l'image de la Madone avec le Christ dans ses bras, le tout naturel; et les Grecs qui y vivent l'adorent à des époques déterminées. Nous y restâmes un jour pour nous reposer, et de là nous allâmes à Caianix, pauvre ville chrétienne dans un beau site.

Le 17 février nous fûmes à Jocbuec, village chré-

60e d'écu). Thevet, p. 57 : « L'aspre revenant à un carolus de notre monnoyé »; et Rauwolf, p. 42 : « Aspern, die bey uns in 2 Kreutzer thun ».

1 . Zeno, p. 2 1 2 : « La campagna di Ph. , la quai è bassa, dove li corre un fiume nominato Mariza, il quale fa più rami et adacqua tutta questa campagna, la quale è tutta seminata di risi... » Le riz y avait été importé d'Egypte par les Turcs au xve siècle (Jirecek).

2. Zeno, p. 221 : « le stalle de gamboli del Signore et de cavalli molto grande » .

tien dans un lieu désert parmi des bois et de grandes forêts, et le matin suivant nous rencontrâmes en chemin un sandjak avec des tambours et des flûtes qui résonnaient fort bien, accompagné d'un bon nombre de cavaliers férocement vêtus de peaux de loups et de tigres, avec des chapeaux à la morlaque, faits de ces mêmes peaux de bêtes, dont les mufles leur servaient de masques (?), et sur la tête de grandes ailes d'aigle éployées comme pour voler.

Nous arrivâmes au pont de Mustafa-pacha, fait de belles pierres, long de vingt arches, et sur lequel nous passâmes encore une fois l'Hèbre1. Il y avait à côté un commode et grand caravansérail, tout bâti de très longues pierres et couvert de plomb, et il est si grand qu'on y peut aisément installer environ sept cents chevaux, sans parler des galeries tout autour pour les hommes ; et au dehors il y a encore des chambres à coucher pour l'été. La Rossa2, femme de sultan Soliman et mère du Sélim actuel, a fait à ses frais cette hôtellerie et une mosquée à côté; et voici l'ordre qui y règne : si nombreux qu'y arrivent Turcs ou chrétiens, pendant trois jours on leur donne

i. Djefaïr-Moustapha-Pacha (Boue, t. I, p. 39) a un pont en pierre de dix-neuf arches sur la Maritza. Ramberti, f° 129 : « Il ponte di Mostaffa Bassa, che è sopra il fiume Mariza, et è di volti XX, molto bello et largo, tutto di marmo, et con una pietra nel mezo dorata : nella quale sono intagliate lettere di colore azzuro turchesche... ». Chesneau, p. i4;Jirecek, Heerstr., p. 131.

2. Sur la célèbre sultane Khasseki, je renverrai aux notes de M. Schefer et à l'ouvrage de de Hammer.

à manger du riz fromenté ' et quatre pains avec quelque morceau de viande bouillie 2.

Certains veulent que là commence la Thrace, à présent appelée Romanie. Et ce qui me paraît bien digne d'étonnement, c'est que nous fîmes tout ce voyage en cette saison sans pluie, neige ou vent trop désagréable, mais en arrivant à ce pont Mustafa nous fûmes touchés par la pluie le mieux du monde.

De là à Andrinople, seconde ville de l'Empire turc, grande et commerçante, pleine de Grecs et de Juifs, située entre des collines riches en vins très fins3. Trois fleuves y passent : l'Hébre, le Lim et le Thuns, qui se joignent ensemble dans la ville et ensuite se séparent une autre fois; c'est pourquoi la route est empierrée, baignée des deux côtés par ces fleuves, et presque entièrement faite en forme de pont sur une longueur d'un peu moins d'un mille4. Ces fleuves causent de grands dommages à la ville; et peu de temps avant notre arrivée ils avaient sub-

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