Buyuk-Tcheckmèdjèh
3. Boue, ibid. : « Un pont ancien plat de cinquante-deux arches, parce qu'il y a un pc.it marécage derrière la ligne de sable du rivage et que les vagues de la mer dépassent cette dernière dans les gros temps. »
4. Id., ibid. On gravit une plateforme sèche, et c'est de la qu'on a « la première vue de la ville aux mille minarets ».
Pont1,, nous nous reposâmes un instant dans un superbe et délicieux caravansérail placé sur une colline et construit en guise de château; et l'empereur lui-même y loge quand il fait ce chemin en allant à Andrinople.
C'est là qu'Oram-bey, grand drogman du Seigneur turc-', vint recevoir l'illustrissime seigneur ambassadeur et lui dit que les tchaouchs de la Porte étaient venus à sa rencontre avec un superbe appareil; mais ayant entendu dire que Son Excellence s'en venait par mer, ils s'en étaient déjà retournés.
Ayant donc remonté à cheval, nous cheminâmes avec un incroyable contentement vers les murs de Constantinople. A mi-route nous rencontrâmes le Magnifique de Présault3 avec sa troupe. Et tous de compagnie nous arrivâmes vers les dix heures du soir au faubourg de Svazari, qui est à la tête du port. Nous y laissâmes les arabagi, kirigi et quadriges, et montant en perme avec tous nos bagages
1. Kutchuk-Tchfcckmèdjèh. Ramberti l'appelle Cochiuchegneghi.
2. Badoaro, p. 354 : « Orimbey dragomanno maggiore del pascià... » C'est l'Arménien Eram-bey.
3. Lorsque M. de Noailles avait quitté Constantinople, il y avait laissé M. de Présault pour gérer l'ambassade. Il écrivait au roi le 18 nov. 1572 (Charrière, t. III, p. 315) : « Car encores que j'aye laissé là le sr de Présault dict Milan, l'ung de vos valets de chambre... » Et à Catherine : « Je y ay laissé le sp de Présault dict Milan, qui est vostre créature, ayant esté donné de votre main à Mgr le duc, et depuis marié par votre faveur. Il m'a accompagné en toutes les charges et légations que j'ay eues depuis vingt ans en ça, avec ample communication et des affaires et du labeur d'icelles. Il y a unze ans que feu Monsieur le card. de Tournon le vous nomma pour l'envoier où il est à présent, en la place de feu Dolu. »
nous allâmes aux vignes de Péra', à celle de l'illustrissime seigneur ambassadeur, et contemplant ce bel et merveilleux site, qui dépasse les plus beaux, nous rendîmes grâce au Dieu tout-puissant de ce que nous étions arrivés sains et saufs après un si grand voyage. Ht il nous parut que c'était à très juste titre que Constantin avait transféré le siège impérial dans cette ville si délicieuse et si commode, digne sûrement, par son excellence et sa beauté naturelle, de l'empire du monde entier.
Nous montâmes aux faubourgs de Péra, et nous cheminâmes à pied sur une colline peu ardue jusqu'aux vignes de Péra où loge M. l'Ambassadeur. Nous y fûmes reçus avec grandes allégresses et fêtes, et trouvant les tables préparées nous commençâmes, avec des vins de prix et des viandes délicates, à nous restaurer de notre long jeûne et des privations de la route. Lorsqu'on eut enlevé la table, nous nous promenâmes dans le jardin, et nous regardions avec une grande admiration et un grand
i. Ramberti, f" 129 v° : « GiarJini et vigne assai belle et ben tenute, quelle specialmente de Christiani ». Nicolay, p. 77. — La penna (pèrèmè) est un bateau long et pesant, qui sert au batelage entre Constantinople et les localités voisines (Jal). Ramberti, ibid. : « et vi si passa con alcune barchette che chiamano perme ». — Depuis Raguse, le voyage de Canaye avait duré 46 jours. Zeno déclare que, de Spalato, il est impossible de gagner Constantinople en moins de 37 ou 38 jours; à cause des relais et des arrêts de douane il a mis en réalité 50 jours. Mais (p. 221) : « Da Ragusi in 23 giorni si faria il camino ; et chi va con diligentia per la strada di Ragusi, in 20 giornate vanno ; ma li Vallachi [oulakj del Signor estremamentc in 15 giorni correno. »
plaisir tantôt le sérail du Grand Seigneur placé en face de notre maison, tantôt le merveilleux port, alors couvert de vaisseaux innombrables, tantôt le Bosphore, Scutari, Chalcédoine et le golfe de Nicomédie, et tantôt l'île des Princes et plus loin le mont Olympe.
Et nous ramenant en pensée les pauvres villages, les pays sales et incultes que pendant quarante-six jours de suite, nous avions parcourus avec les plus grands efforts, nous étions, à la vue de toutes ces choses, à la fois si émerveillés et si étonnés, qu'il nous semblait être arrivés en quelque nouveau paradis, tant nous plaisait la beauté des vertes et fécondes collines sur les flancs desquelles Constantinople doucement s'étend. Cette terre, grâce à la seule et bienveillante nature, en dépit de la cruauté turque, cause l'admiration de quiconque la voit et examine en détail tous ses précieux avantages'.
1. Même impression chez Ramberti, 1. c. : « Ne parve esser usciti dell' inferno, perche tutto il paese che si cavalca da Rhagusi sino a poche giornate di Costantinopoli è per la maggior paite incolto, horrido », etc.