‹ Le voyage du Levant. Publié et annotéChapitre 3 sur 68 · Voy. plus loin · texte numérisé non relu

Voy. plus loin

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qui n'étaient animés d'aucun fanatisme religieux, dont l'intelligence était élargie par la connaissance de l 'antiquité et la fréquentation des beaux esprits, grands seigneurs et hommes d'État plutôt que princes de l'Église. Il avait été, à l'ambassade de Londres, le successeur de son frère Antoine. Il fut ambassadeur à Venise en i)5y. En i$yi, il remplaça M. deGrandchamp à Constantinople\ D'après Charrier e, la correspondance qu'il entretint dès lors avec sa cour est « l'une des plus remarquables que présente notre diplomatie au XVI* siècle, autant par la grandeur des événements qu'elle retrace que par l'importance personnelle et le talent du négociateur. » Politique audacieux, il essaya d'abord de détacher les Vénitiens de la Ligue qui allait triompher à Lépante. La victoire du iy octobre ne lui permit pas de réussir. Il put du moins, de concert avec du Ferrier, jeter les premiers germes de dissentiment entre Venise et la Ligue, faire pressentir aux Vénitiens que la France leur accorderait ses bons offices le jour où ils voudraient se réconcilier avec les Turcs. H voyait de haut et de loin : l'on célébrait encore sur la Pia^ia la victoire des armées chrétiennes, que déjà il annonçait et préparait la signature prochaine de la paix entre la Sérénissime République et le Grand Seigneur, dont il voulait faire les obligés delà France.

Voilà l'homme sous qui du Fresne allait faire son apprentissage. François de Noailles ne se considérait pas connue un serviteur ordinaire de la royauté. Grand seigneur dans

i. Charrière, Négociations de la France dans le Levant, /. III, p. i6r.

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l'âme, et sûr de n'être jamais désavoué, il en prenait à son aise avec ses fonctions, et ne s'astreignait pas à une servile obéissance. Il négocie comme il V entend, il traite comme il juge convenable de le faire, il renonce spontanément au projet d'établissement de Monsieur en Alger; d'accord avec un autre prélat diplomate, Jean de Monluc, il entame l'affaire de Pologne. Tuis, sans avoir reçu ni l'ordre ni l'autorisation de quitter son poste, il prend sur lui d'abandonner Constantinople, simplement parce qu'Une veut pas rester eu Orient plus longtemps. Il est vrai qu'il revenait en France sur un succès, rapportant dans sa valise une lettre par laquelle le Turc s'engageait à mettre tous les ans à la disposition du Roi très chrétien une flotte de deux cents galères, et à lui céder les pays que cette flotte pourrait conquérir sur l'Espagnol. Il n'en restait pas moins que de Noailles avait quitté son poste avec un véritable sans gêne. Il regretta cette incartade lorsquen arrivant à Raguse il apprit la nouvelle de la Saint-Barthélémy. Ce n'est pas qu'il s' apitoyé un seul instant sur les victimes, et, bien qu'il ne soit pas avec les persécuteurs, il entend profiter de la persécution et réclame sa part dans les biens des huguenots. C'est un politique réaliste qui apporte au maniement des affaires de l'État le même sens pratique qu'aux siennes propres. La Saint-Barthélémy est pour lui une faute, du moins au regard de la politique orientale. Le roi, pense-t-il, vient de donner des gages au catholicisme. Les Espagnols en prennent avantage pour répandre le bruit qu'il renonce à la politique traditionnelle de la France en Orient, qu'il va se joindre à la Ligue. Il faut démentir ces rumeurs, il faut prouver aux

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Turcs que la France n'abandonne pas ses alliés; et un seul homme possède asse^ de prestige à Constantinople pour y pouvoir faire accepter cette interprétation hardie des faits, c'est Noailles lui-même. Il est trop avisé, trop soucieux, disons-le aussi, de maintenir la grandeur française, pour ne pas le sentir, et c'est pourquoi il attend à Raguse des instructions nouvelles. Il craint que le roi ne commette la grosse faute de se rapprocher de T Espagne, et déjà il élabore tout un plan de négociations pour tirer parti même de cette faute, si elle venait à être commise.

Mais la cour ne changea rien à sa politique étrangère. Le roi, la reine, le duc d'Anjou écrivirent à l'ambassadeur à la fois pour lui témoigner leur mécontentement de ce qu'il avait inopinément quitté Constantinople, et pour lui donner des instructions nouvelles : réconcilier le Turc et Venise, travailler à l'élection de Pologne, tel était le thème des négociations qui allaient s'ouvrir. Ce plan ne pouvait qu'être très agréable au négociateur. Mais il fallait d'abord traverser toute la Turquie, au cœur de l'hiver.

Noailles partit de Raguse le 14 janvier 15 yj. Du Fresne l'accompagna pendant tout ce voyage. Il arriva aux Vignes de Fera le 28 février et resta à Constantinople jusqu'au <) juin. A cette date il cessa de faire partie de la suite de l'ambassadeur et, par l'Archipel, la côte de Morte et les îles Ioniennes, il regagna Venise, où il débarqua le 20 octobre, après un peu plus d'un an d'absence, et de là repassa les monts ' .

r. Il ne retourna plus en Italie avant d'y être envoyé comme ambassadeur , car il écrivait à M. de Beaumont, le 2; janvier 1601

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Nous reviendrons plus loin sur ce voyage lui-même. Nous voudrions d'abord résumer ce qu'on sait de la vie de Canaye à partir de ce moment.

Aussitôt après son retour en France, il dut terminer ses études de droit. Il vint à Paris après la mort de Charles IX et entra au barreau. En 15 jy, il sollicita un office de conseiller au Grand Conseil : mais on fit de longues difficultés avant de sceller les lettres de provision d'un calviniste; il fallut que le roi intervint directement en sa faveur, et que le jeune avocat fit certifier par une commission sa science juridique* .

Il était dès lors en relations avec le roi de Navarre. En 1584, nous le trouvons à Pau, d'où Henri l'envoie à M. de Scorbiac, conseiller en la Chambre de l'Edit à Albr. Par commission délivrée à Montauban, le 14 janvier 1586, il le nomme son procureur général avec charge d'emprunter en son nom en France, Allemagne, Angleterre et

(Lettres, t. I, p. 116) : « J'ay estéesbahy du changement que fay trouvé au bout de trente ans que je viens revoir ce climat. . »

1. Ce fait est attesté par une lettre de Philippe Canaye, adressée à Pierre du Lac, avocat à Toulouse, de Paris, le 11 octobre iyjy {publiée par Pradel, ouvr. cité, 2e partie); il lui annonce qu'il a reçu un certificat signé de quatorze des plus anciens maîtres des requêtes, et qu'il a enfin pu prêter serment . Ces choses sont plus explicitement exposées dans la Déclaration du roi de Navarre du iy avril 1 580 (Lettr. miss., t. I, p. 292) : « ... Comme il s'y est veu par Canaye, qui a esté plus de six mois, combien qu'il Just très suffisant, avant questre receu en l' estât de conseiller au Grand Conseil, quelque rigoureux et exprès commandement que le Roy mon seigneur en fist, seulement pour le poinct qu'il est de la religion. » Regnault s'est donc trompé en mettant cette nomination en iyS).

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