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Les qapidjy sont les portiers

3. Marcantonio Barbaro, qui fut bayle de 1567 a 1573, représenta Venise à Constaniinople pendant la guerre de Chypre et pendant la guerre de Lépante. Cette circonstance donne une valeur toute spéciale à sa très exacte et très intéressante relation, qui a été réimprimée par Alberi, sér. III, vol. I, p. 299-346. Il avait pour frère l'élu d'Aquilée, et il eut pour fils deux patriarches de cette ville.

été enfermé et tenu prisonnier dans sa maison, sous la garde très étroite d'un tchaouch de la Porte, fut délivré à cause de la conclusion de la paix, dont on entendit parler le 7 mars, à la grande joie de tous les Pérotes et marchands chrétiens1.

Dans ce mois chacun se munissait de vêtements à la turque pour aller chez le Grand Seigneur, et le 8 de mars on porta chez le magnifique de Présault les cadeaux que le Grand Seigneur a coutume de donner aux agents quand ils partent de Constantinople. 11 eut du brocart et d'autres draps mêlés d'or et de soie pour douze habits turcs, et en plus 30,000 aspres, deux aiguières d'argent et deux assiettes très légères et de peu de valeur. Mais tout le temps qu'il était resté h. son poste d'agent, il recevait chaque jour quatre écus du Grand Seigneur, sans la provision

1. Cette paix était préparée depuis longtemps, et l'on avait craint un instant qu'elle se signât sans l'intervention de la France. Le 7 février 1573, M. du Ferrier écrivait de Venise : « Ces seigneurs sont aujourd'hui en plus grand bransle de rompre la ligue ». Il a su « que, depuis le parlement de M. d'Acqs de Constantinople, leur bayle estoit plusieurs lois entré en propos de paix avec le premier bassa... J'ay fait entendre ce dessus aud. sr d'Acqs, qui n'endurera pas, s'il peut, que led. appointement se fasse sans votre intervention ». Au fond Vénitiens et Turcs considéraient comme plus solide une paix placée sous la garantie de la France. Enfin le 8 mars, Noailles put écrire au roi : « Sire, quand V. M. aura entendu que la paix de Venise a esté conclue huit jours après mon arrivée icy, elle cognoisira que mon retour estoit nécessaire par deçà... » Il affirme que le seul nom du Roi très chrétien a épargné pour le moins 100,000 écus aux Vénitiens, qui étaient sur le point de rompre lors de sa venue. Cette paix, qui sera ratifiée après l'arrivée de Badoaro, forçait les vainqueurs de Lépante à renoncer à toutes prétentions sur Chypre, a tripler le tribut de Zante, à payer 300,000 ducats d'indemnité, etc.

de bois, de fourrage et d'avoine pour plus de trente chevaux. En sorte que ces ambassadeurs à Constantinople, s'ils ont à souffrir du long voyage et du séjour chez un peuple barbare, aussi en retirentils des gains et profits considérables.

Le 9 mars nous baisâmes les mains au Grand Seigneur1. Comme nous fûmes reçus en grand apparat et grande pompe, et que cette faveur n'est pas accordée à tous ceux qui vont à Constantinople, je conterai par le menu comment la chose se passa. M. l'Ambassadeur avait revêtu un habit de drap d'or de grand prix, et il avait aux mains, au cou et au bonnet des anneaux, colliers et bijoux d'une beauté etd'une valeurinestimables, ce qui n'ajoutait pas peu de majesté à sa prestance et à sa gravité naturelles. Tous les gentilshommes de sa suite et nous autres étions fort bien habillés cà la turque, avec les bonnets couverts de velours. Et dans cet attirail nous traversâmes Constantinople et, passant parle port, tous les vaisseaux français qui y étaient nous saluèrent avec leur artillerie et déployèrent les fleurs de lis aux

1 . Il existe, dans la littérature orientale du xvi° siècle, plusieurs récits de cette cérémonie du baise-mains. L'une des plus complètes est celle de Postel, p. 20-24, à laquelle nous ferons des emprunts. Il est exact de dire, comme le fait ici du Fresne, qu'on déploya en faveur de Noailles un apparat exceptionnellement brillant. Déjà, d'après Noailles lui-même, la réception de 1572 avait été fort belle. En 1573 , l'ambassadeur vénitien Badoaro devait être reçu par le sultan le 15 octobre, mais on ne voulait pas lui offrir le banquet; il dut insister pour obtenir d'être reçu, le Ie' novembre, avec la pompe requise.

6o VOYAGE DU LEVANT

antennes et aux mâts, pour faire honneur et révérence à M. l'Ambassadeur. Le rivage était plein de tant de monde, et les murailles et les maisons voisines chargées jusque sur les toits de tant de spectateurs, que de ma vie je n'ai vu tant de gens à la fois. Nous y montâmes à cheval; et tous les tchaouchs de la Porte, vêtus de leurs habits les plus précieux, montés sur de très beaux chevaux couverts de superbes pierreries et d'or, et avec un nombre infini d'hommes de la domesticité du Grand Seigneur, se mirent à cheminer en bel ordre vers le sérail avec une pompe merveilleuse ; derrière eux étaient les janissaires de la maison de M. l'Ambassadeur, avec tous ceux qui par son entremise étaient devenus spacchi1, lesquels gardaient sa personne avec les tchaouchs qui l'avaient conduit à Constantinople; ensuite venaient trois drogmans de France, toujours à côté de l'Ambassadeur pour le servir à l'occasion. Ensuite l'Illustrissime seigneur marchait seul sur un cheval très richement caparaçonné, derrière lui le magnifique de Présault et à côté de celui-ci M. de

i. Les spacchi ou spai sont, suivant la définition de Rambe.ti, « soldati a cavallo compartiti al servitio parte del Beglierbei et parte di tutti gli sangiacchi di Grecia... Sono questi spacchi tutti schiavi del Src et figluoli de schiavi et de spacchi ». Chacun d'eux est pourvu d'un timar valant au moins ioo ducats par an. Ramberti évalue ltur nombre à 30,000 en 1534. En 1573, d'après Barbaro, il y avait en Hurope 80,000 spai pourvus d'un timar, et 50,000 en Asie, plus 15,000 spai délia Farta, payés comptant par le trésor ou cazuà. C'est vraisemblablement dans ce dernier corps qu'entraient les protégés de l'ambassadeur, choisis parmi les spacoglans.

Germigny ', envoyé de Sa Majesté, et ainsi tous les autres, deux à deux, allant au pas, nous entrâmes dans la première cour du sérail, longue de 700 pas et large de 200 \

1. L'histoire de ce personnage se trouve dans L'illustre OrbanJah ou histoire ancienne cl moderne... de Chalon-sur-Saône... [par Léonard Bertaud et Pierre Cusset], Lyon et Chalon, 1662, 2 vol. in-40. Jacques de Germigny, sieur de Germolles, chevalier du roi, conseiller et maître d'hôtel ordinaire de sa maison, était bumili sed honesto génère natus. Protégé par les cardinaux de Bourbon et d'Armagnac, il fut nommé ambassadeur en Turquie en 1576, mais, à cause des troubles de France, il ne partit pour Constantinople qu'en 1579 : ^ avait pour mission de défendre les droits de la France contre les tentatives des trafiquants chrétiens des autres nations, d'offrir ses services à Venise et à Raguse, et de faire rétablir dans ses États le prince de Valachie. Il fut reçu par le vizir le 1 5 septembre 1579 et parle sultan le 20. Rappelé en 1583, il mena une vie de piété et de dévotion et exclut de son héritage ceux de ses neveux qui appartiendraient à la R. P. R. Il n'eut pas d'enfants de son mariage avec Jeanne Boullette, mais il laissa un frère François. Il mourut le 14 janvier 1586, léguant « des tapis cayrins et persiens, des épées turques, une pièce de serauge de Constantinople », etc. L'illustre Orhandale contient, outre Y Éloge de M. de G., son testament, son épitaphe, un Recueil de pièces choisies extraites sur les originaux de la negoliation de M. de G., et un Discours sur l'alliance qu'a le Roy de France avec le Grand Seigneur et l'utilité qu'elle apporte à la chrétienté. Mais, chose curieuse, les auteurs du livre ne paraissent même pas soupçonner qu'il ait fait un premier séjour en Turquie en 1573 > sur ce point il convient de recourir à de Noailles. M. de Germigny, porteur des lettres du roi datées du 30 novembre 1572, joignit l'ambassadeur à Fotscha, le 20 janvier 1573 (voy- P- 2^> "•)•

2. Badoaro, p. 3^6 : « Nel primo ingresso che facemmo, che fu in un gran cortile scoperto con tutti porticati all'intorno in un modo assai vago, vedemmo un corpo di giannizeri in numéro di quattro mila con si bell'ordine posti, e si ben vestiti alla corte e comandati, che in verità dariano da pensare a gran forze... » Voy. la description détaillée du sérail dans Gyllius, p. 29 : « Duae Palatinae areae, undique clausac : prima patet in passuum longitudinem circiter septingentorum, in latitudinem vero ducentorum (ce sont les mesures données par du Fresne), quant subsequitur altéra interior a prima mûris et foribus divisa, quadrata... »

Arrivés à une autre porte, gardée par les capigi, couverte d'épées, poignards et coutelas fichés dans la muraille, nous descendîmes de cheval, nous laissâmes nos montures aux mains des serviteurs, et nous entrâmes dans la seconde cour dudit sérail. A main droite était assis le janissaire-aga1, tout prés de la porte, et à côté de lui quelques-uns des plus grands de la Porte. M. l'Ambassadeur les salua de la tête et eux se levèrent et lui firent révérence. Et à un moment donné en firent autant les janissaires, solacchi2 et autres hommes d'armes, se tenant tout droits et sans armes le long du mur de ladite cour, de sorte qu'à voir s'incliner ensemble tant de turbans, il me semblait voir un vaste champ d'épis mûrs s'abaisser doucement au souffle léger du zéphire.

M. l'Ambassadeur fut conduit par le drogman du Grand Seigneur dans la salle du Divan de tous les pachas3, où il fut courtoisement reçu par Méhémet, premier vizir, et par tous les autres avec le beylerbey de la Grèce, qui se trouva là4. Nous le laissâmes

i. Capitaine des janîssaircs.

2. Ou solaqlar. Ce sont les gardes du corps du sultan. Voy. sur ce corps Ramberti, f° 138 : « Staffieri del sigrc... liquali caminano intorno la persona del sig™ ogni voha ch'egli esce » ; et Nicolay, p. 9$, et la fig. 99.

3. Gyllius, l. c. « In angulo septentriones conspicienti forum judiciale est, quod Turci Divanum appellant ». Badoaro : « In questo luogo da un canto, passato il mezzo, alla sinistra vi è una salotta in forma di loggia, nella quale... fanno il loro divano ».

4. Badoaro : « Nel luogo dove fanno consiglio, mangiammo con tutti li pascià... » Garzoni, p. 377, remarque aussi que les dignitaires mangent sur « una tavola rotonda d'argento ».

donc en cette compagnie et nous fûmes conduits par un capigi-bachy sous un portique de la cour; et, y trouvant fort bien à dîner, chacun se mit par terre à son aise, les jambes en croix à la façon des tailleurs1.

Le portique était long et plein de viandes d'un bout à l'autre; la nappe était blanche et les napperons peints à la mode cairine ou persane. Nous ne bûmes pas de vin, mais du sorbet "très sucré et parfumé dans des vases de porcelaine. On ne nous servit pas à la chrétienne; car on ne porta rien d'autre sur la table que ce qu'on y avait mis tout d'abord. Il y avait du riz, du millet et beaucoup d'autres légumes, puis des pâtisseries de plusieurs sortes, et quatre ou cinq poules par plat et du pain très blanc3. Mais comme nous avions l'esprit à autre chose qu'à manger, toutes

1. Badoaro : « Li nostri gentiluomini cou il resto délia famiglia mangiarono sotto uno di que' porticati all'usanza de' Turchi, si nel sedere corne nelle vivande ».

2. Spon, 1. 1, p. 268, écrit ce qui suit sur le sorbet : « Celuy du menu peuple est fait avec de l'eau jettée sur du raisin de Damas pilé ; et le sorbet des riches est cuit avec le sucre et le jus de citron, à quoy l'on ajoute un peu de musc ». Du Fresne décrit ici un sorbet de la seconde espèce.

3. Postel, p. 20 : « Les banquets qu'on fait aux Ambassadeurs en la maison du Turc... », p. 21 : « leur fut apporté un grand plat d'argent quadruple aux communs bassins à laver de deçà, auquel y avoit six plats de pourcelaine remplis de diverses sortes et painctures, de ris avec du mouton, et des pièces de chapons et quelques pluviers, etc.. », plus, p. 23 , un « banquet... aus domestiques de l'Ambassadeur ». Garzoni ne paraît pas avoir beaucoup goûté « il banchetto loro, che era ornato di pane, riso, castrato, e qualche gallina per disgrazia, c sorbetto per bere in boccali di stagno .. ».

ces viandes furent données à ceux qui étaient dans la cour, on leva les nappes et les tapis restèrent tendus au-dessous. [Nous regardions] avec grand plai-

T" sir et plus grande admiration ce nombre effrayant de janissaires et d'autres soldats se tenant tous le long

L- du mur de cette cour, les mains jointes devant eux à la manière des moines, dans un tel silence qu'il nous semblait voir non des hommes, mais des sta- \j tues '. Et ils restèrent immobiles de la sorte plus de sept heures, sans que jamais aucun fît mine de parler ou de bouger. Certes il est presque impossible de concevoir cette discipline et cette obéissance quand on ne l'a pas vue. Leurs habits, pourtant si différents des nôtres, ne nous paraissaient pas si étranges que ce silence, qui me fit croire à ce qu'autrefois j'avais lu dans l'histoire de Rhodes" : quand le sultan So-

i. Garzoni, quelques mois plus tard, a vu dans cette même cour trois mill^ janissaires, des spai, des tchaouchs, « ordinati tutti uno ad uno vicino al muro, che rendevano vista maraviglioja, tanto più non si udendo fra tanta gente pure un minimo strepito di voce ». Ce spectacle parait étrange et grandiose à tous les voyageurs chrétiens, habitués à la turbulence des bandes européennes au xvi° siècle. Il avait déjà très vivement, frappé Poste!, qui écrit, p. 24 : « La court qu'on faisoit là estoit de tous venants à nous regarder au visage, et d'un millier d'avanturiers, soulacs, capitaines, janissaires, qui durant trois ou quatre heures, et plus que fusmes là assistans, à l'entour de la cour ou parc du sérail où nous estions, sans jamais bouger de place ne décroiser les mains... Laquelle assemblée se fait toutefois que quelque Ambassade ou grant personnage cstrangcr va vers le Sgr. : et en lad. patience vraiementse congnoistla grand, obédience qu'ont lesd. Turcs à leur Prince... »

2. Ce fait n'est pas rapporté dans La grande et mervefl'euse et Ires cruelle oppugnalion de la noble cité de Rhodes... par Jacques, bastard de Bourbon ;

liman entra dans la ville avec toute son armée, après un très cruel siège de six mois ininterrompus, on n'entendit pas une seule parole, si bien qu'on aurait cru voir autant de frères de l'Observance.

M. l'Ambassadeur et les magnifiques de Présault et Germigny dînèrent sur une table d'argent, avec Méhémet et Piali ', premier et second pachas ; les autres ensuite, Achmet", ZaP et Mustafa-pacha 4, avec

il parle au contraire (f° E, vi) des pillages et des violences auxquels se livrèrent les janissaires, au mépris des ordres donnés par le sultan.

1. Nous avons déjà parlé de Mehemed (p. 54). Nous reviendrons plus loin sur son rôle politique. — Piali avait été trouvé par les chiens de Suleyman, nu, dans un fossé, pendant une campagne en Hongrie. Nommé capitan général de mer, il dispersa la flotte chrétienne à Djerbah (1560); il prit part à l'expédition de Malte (1565) et épousa une fille de Sultan Sélim. Il avait, en 1573, de cinquante à cinquante et un ans. Garzoni, p. 407, et Badoaro, p. 365 : « Ha di timaro 25,000 zecchini, e vive onoratamente con buona somma di schiavi. . . È tenuto buon marinaro e valente soldato ». Il était peu aimé de Mehemed, et poussait généralement à la guerre.

2. Ahmed était un Esclavon, surnommé Hercule à cause de la force dont il faisait preuve dans sa jeunesse, quand il était au sérail. C'était un ivrogne et un débauché, qui prenait peu de part aux affaires. Il avait quarante-cinq ans et était marié à une fille de Sélim. C'était le favori du sultan, qui lui écrivait souvent en vers. Il était d'ailleurs quelque peu son parent, car son père était fils d'une fille de Sultan Bayézid. Il résidait ordinairement à Scutari, et le sultan allait l'y voir pour passer avec lui trois ou quatre jours de suite à s'enivrer. Il était en mauvais termes avec Mehemed, qui avait même réussi à le faire révoquer, mais la sultane sa belle-mère obtint sa rentrée en charge. Garzoni (p. 404) lui accorde la louange d'être charitable, « e si diletta tenere schiavi cristiani, ai quali il più délie volte suol donar la libertà per amor di Dio ».

3. Appelé aussi Tal ou Tas, était de race germanique. Il avait épousé une soeur de Sélim, veuve de Rustem- pacha. Il restait généralement neutre dans les querelles entre les autres vizirs.

4. Lala Mustafa était né à Cattaro. D'abord spahi, puis retuchengir, il fut

le beylerbey de la Grèce ', à une autre table, mais dans le même lieu. On ne portait jamais sur la table plus d'un grand plat de porcelaine à la fois, et après l'avoir levé on en portait un autre, de façon qu'ils restèrent plus d'une heure et demie à table.

Après dîner le drogman du Roi vint nous appeler par nos noms, dans Tordre où nous devions baiser la main au Grand Seigneur. Et ainsi, l'un suivant l'autre nous fûmes menés au haut de la cour, où était assis le seigneur ambassadeur avec les cinq seigneurs susdits, et après leur avoir présenté nos respects nous nous assîmes aussi pour attendre que les seigneurs pachas sortissent du divan où ils avaient dîné; au bout de peu de temps nous les vîmes passer l'un après l'autre avec deux tchaouchs du Grand Seigneur, lesquels avec des bâtons d'argent faisaient

nommé gouverneur de Sélim el de son frère Bayézid; il s'entendit avec Sélim pour pousser Bayézid à la rébellion et attirer ainsi sur lui la colère de Suleyman. Aussi était-il très aimé du nouveau sultan. Envoyé en Egypte, il y épousa la petite-fille du Soudan. A la suite d'un échec dans l'Yémen, il fut accusé de trahison par le pacha du Caire, Sinan, et le sultan le condamna à la décapitation ; arrivé à Constantinople, il réussit à se justifier pleinement, fut nommé vizir, et dirigea comme capitan-pacha la guerre de Chypre; dès lors sa faveur fut au comble. Cependant Sinan, que du Fresne ne mentionne pas ici, fut nommé sixième pacha; c'était un Bosniaque.

i. Au premier rang des beylerbeys est celui de la Grèce, qui gouvernait à l'origine (Ramberti) « tutto il paese che gode il sr Turco in Europa ». Il a le privilège de siéger « alla Porta dietro alli Bassà », et il reçoit un timar de 16,000 ducats. Après les conquêtes de Soliman, deux beylerbeys nouveaux furent créés en Europe, celui de Bude et celui de Temesvar. D'après Crusius (Turcogr . , p . 50), le beylerbey d'Europe avait sous ses ordres vingt-cinq sandjaks, celui d'Asie trente-six.

place devant eux ; et à mesure qu'ils s'approchaient le silence devenait plus grand et tous les turbans s'inclinaient à leur aspect, comme on voit s'abaisser les flots soulevés par la tempête. Ils passaient selon leur rang et saluaient le Seigneur Illustrissime, qui leur rendait le salut. Dans le lieu où nous étions assis se trouvaient des caisses pleines de robes et de morceaux d ecarlate, que le Grand Seigneur donne chaque jour à qui lui plaît.

Après quelques moments, M. l'Ambassadeur, appelé par le drogman, se leva et nous avec lui, et allant vers la chambre du Seigneur turc nous rencontrâmes le tchaouch-bachy1 avec un grand nombre de sandjaks -, %ein3 et autres seigneurs, vêtus d'étoffes si riches et si jolies que jamais je ne vis plus belle chose. M. l'Ambassadeur les salua, ils lui répondirent en s'inclinant profondément.

Alors nous entrâmes sous une galerie élevée, sous laquelle à main gauche étaient les agas, ou comme nous disons les eunuques du Grand Seigneur, environ quarante, rangés de telle manière que l'un ne nous cachait pas l'autre, et les plus jeunes étaient derrière tous les autres. Je ne sais s'ils étaient vêtus

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