‹ Le voyage du Levant. Publié et annotéChapitre 35 sur 68 · A cette date Marcantonio Barbaro · texte numérisé non relu

A cette date Marcantonio Barbaro

3. Belon, fo 34, dit, plus exactement : « lequel nom, rendu en nostre langue, représente ce que le vulgaire appelle un beau-père. Toutefois caloiere signifie proprement bon vieillard. »

4. Id., ibii. : « Ces caloieres ne se marient jamais, combien que les prestres de Grèce le soient. Ils s'abstiennent toute leur vie de manger chair, et la pluspart du temps de poisson qui a sang... » Ils s'occupaient à

triarche s'habille et vit aussi à la caloyére. Il y en a parmi eux quelques-uns d'instruits dans la langue grecque ancienne, qu'ils appellent communément latine pour la distinguer de la vulgaire, qui est toute mêlée de mots turcs et italiens1. Et il est sûr qu'ils entendent peu de chose aux livres grecs s'ils n'étudient comme nous faisons. Us ont cependant une prononciation très douce et agréable, ce qui prouve quelle est l'influence de la nature sur le langage. Mais il n'y en a guère parmi eux qui se soucient des sciences; presque tous ne songent qu'au gain 2.

travailler la terre, à filer et à coudre pour leurs besoins, etc. Sur le patriarche, voy. plus loin.

i. Belon, f° 4 : «Tous indifféremment parlent un langage corrompu de l'antique : toutesfois leurs parolles approchent plus du bon grec que les parolles de l'italien n'approchent du latin. » Il remarque que dans les villes de Saint-Marc on parle italien et grec, grec et turc dans celles du Sultan, uniquement grec dans les villages. — Rauwolf, p. 411, juge plus sévèrement leur idiome : « Sie reden wol die griechische Sprach, aber fast so corrumpiert, und so underschidlich von der alten, als die Italianische von der Lateinischen sein mochte. »

2. Belon nous peint ainsi l'ignorance des caloyers de l'Athos à cette époque, f° 37 : « L'on trouvoit anciennement des bons livres grecs, escripts à la main, en ladicte montaigne. Car les Grecs des susdicts monastères estoient le temps passé beaucoup plus doctes qu'ils ne sont pour l'heure présente. Maintenant il n'y en ha plus nuls qui sachent rien : et seroit impossible qu'en tout le mont Athos l'on trouvast en chaque monastère plus d'un seul caloiere sçavant. » Cf. f° 4 et f° 37 : « ...depuis longtemps il n'y a eu personne de ?çavoir en toute Grèce... ». Gyllius, en énumérant les difficultés qu'il a eues à faire son livre, dit, p. 242 : « Non habitatores studiosi antiquitatis me informarunt, qui alienissimisunt abomni antiquitate, sed potius inquirentem impedierunt, ut nihil metiri, nihil- percontari libère ausus sim, non modo a Birbaris, sed ne a Graecis quidem, quibus nihil a litteris alienius... > Rauwolf, /. c. : « Also findet sich zu unseren Zeiten... nit bald in ganzen Griecheniand ain hohe Schul, auff derein solche Disci-

Péra s'est anciennement appelée Syca à cause de la beauté et de l'abondance de ses figues; puis on l'a nommée Péra ou Peraea, c'est-à-dire au delà de la mer, parce qu'il faut passer de Constantinople à Péra1. On l'a aussi appelée Galata, non pas du mot lait comme aucuns le croient, mais des Gaulois (en grec rVAixa'.), qui occupèrent assez longtemps cette ville sous la conduite de Brenn. Et bien qu'aujourd'hui Péra soit une ville à part, elle a fait autrefois partie de Constantinople; c'était la XIIIe région, dite Sycéne et ensuite Justinienne. Elle est restée sujette à îa Republique de Gênes jusqu'à ce que Mahomet Ottoman prît Constantinople en 1453 •

Le 1 3 mars,le fils du clarissime bayle vénitien partit comme oulak"2 pour Venise, pour porter les nouvelles de la paix. M. l'Ambassadeur envoya aussi pour la même raison, le 17, M. de Marillac à la cour par la route de Vienne3; d'après ce que nous apprîmes plus

plina zu finden, wie bey den alten gewesen : so gar ist die begùrd bey ihnen waszu lehrnen, und ihre Kinder zu underweisen, erloschen... » En présence de ces témoignages, il paraît difficile d'accepter, du moins au bénéfice des caloyers du xvi° siècle, les apologies tentées par Montfaucon et par Egger (Histoire de l'Hellénisme, p. 97). Lui-môme, Théodose Zygomalas, dans une lettre à Crusius (Turcograecia, p. 93-94), confesse l'ignorance de ses compatriotes et l'impossibilité où l'on se trouve de faire ses études en Grèce.

1. Gyllius, p. 219 : « XIII* regio est Syccna. Stephanus ait urbem Sycas contra Novam Romam esse sitas, appellatas suaaetatejustinianas ». L'étymologie du nom de Péra est donnée par tous les voyageurs.

2. Courrier. Ce fils s'appelait Francesco (Alberi, vol. III, p. xvn).

3. M. de Marillac passait par la route de Vienne pour pouvoir conférer

tard, il courut grand péril de la vie sur les limites de la Hongrie, si bien que M. l'Ambassadeur obtint qu'on déplacerait le sandjak de cette province et qu'on en mettrait un autre.

Peu de jours après nous voulûmes voir en détail toutes les rives du Bosphore et l'embouchure de la mer Noire. Mais, pour ne pas être trop long dans mon récit de la beauté de ce merveilleux canal, déjà décrit par tant et tant de gens, je me contenterai dédire en peu de mots ce que fut le voyage que j'y fis en compagnie de quatre ou cinq amis très chers.

Nous montâmes dans une barque de trois rames par bord, comme c'est l'usage, avec un janissaire de M. l'Ambassadeur pour notre sûreté et un drogman grec, et, en allant vers la mer Noire,nousnenous écartâmes pas du rivage de l'Europe ; portés par le courant, nous eûmes en peu de temps traversé tout le Bosphore, qui a un peu moins de 18 milles de long, et nous arrivâmes aux Roches Cyanées, qui sont à l'entrée du canal1.

Poussés par une ardente curiosité, nous montâmes sur la cime de celle qui est prés de la côte d'Europe, non sans grande fatigue, car ce n'est qu'un rocher: on dirait qu'en courant contre un autre il s'est tout

au passage avec M. de Valence, ambassadeur en Pologne, et l'avertir des intentions cachées de la Porte sur la Pologne.

1. On peut, pour tout ce qui va suivre, se reporter au t. II deBanduri, Imperium orientale, qui contient (pi. 3) un « Anaplus Bosphori Thracii ex indagatiombus P. Gyllii delineatus a G. Sansonio » et un autre Anaplus (pi. 4) dû à M. de Combes.

fracassé, comme l'écrivent les poètes ; c'est pour cela qu'on les appelle xuoveat, et roches, parce qu'elles ne sont pas assez grandes pour qu'on les puisse appeler îles.

La Cyanée d'Europe est tellement usée parle perpétuel assaut des vagues qu'elle semble taillée en plusieurs rochers que quelque catastrophe aurait fait tomber les uns sur les autres; aussi est-il dangereux d'y monter, ce que nous fîmes cependant et, en nous aidant des pieds et des mains, nous arrivâmes au sommet1.

Tout en haut nous trouvâmes une colonne de marbre très blanc, de hauteur médiocre, posée de telle façon sur sa base qu'on croirait qu'un coup de poing pourrait la renverser, et pourtant elle tient ferme depuis tant de siècles. La base est également de marbre blanc, entourée d'une sculpture en forme de vigne ; elle me paraît trop haute en proportion de la colonne. On lit une inscription en lettres romaines tout usées par l'âge avec le nom de Caius César, ce qui prouve la fausseté de l'opinion de ceux qui disent que cette colonne fut élevée par Pompée comme un trophée de ses guerres contre Mithridate, roi du Pont, c'est-à-dire de la grande mer-.

i. « Juxta Ancyreum (promontorium) existunt Cyaneae Asiatkae, juxtaque Panium Cyaneae Europeae... Cyaneae nihil aliud sunt quam ut dicuntur petrae. » (Gyllius, T>e Bosporo Thracio, p. 172). — Smith, verbo Bosportis, n° 18. Kuàvsai veut simplement dire : bleues.

2. Thevet, p. 79 : sur « une montagne ruineuse, exposée aux flots et tormentes de mer... vîmes un très antique trophée... savoir est une colonne

Descendus de la colonne, nous visitâmes le phare qui est tout auprès' ; c'est une tour octogone faite, à ce qu'on peut juger, par les chrétiens et non par les Turcs; les Grecs l'appellent aujourd'hui ?«pcov ; dans la partie la plus élevée est une grande lanterne de verre où chaque jour on allume une lumière pour le grand profit des navigateurs qui, en venant de Trébizonde ou de CafTa, redoutent merveilleusement l'étroite embouchure de ce canal; et s'ils ne sont très expérimentés, le courant qui est très rapide les porte contre le rocher, si bien que souvent, après une longue et heureuse navigation, ils font misérablement naufrage presque dans le port.

de marbre blanc, de quinze piez de hauteur et huit de grosseur », avec cette inscription : CAESAR TANTVS ERAT QVOD NVLLVS MAIOR IN ORBE; une figure représente le rocher et la colonne. — Gyllius, De Bosporo, p. 180 : « In petrae seeundae vertice, ubi etiamnum extat columna marmorea, cujus basis, in qua inscriptio continens nomen C. Caesaris incisa litteris latinis extsa est temporis vetustate... » L'opinion qui attribuait cette colonne A Pompée survivait encore lors du voyage deM.de Beauveau, qui écrit en 1604, p. 53 : « Une petite isle de roche, qui est au bout du canal, deux milles dans la mer Noire, toute déserte, mais remarquable pour une colonne de marbre blanc, mise au sommet d'icelle par Pompée le Grand, après qu'il eust deffaict Mandates ». Spon reproduit ainsi l'inscription delà colonne dite de Pompée (dont il donne une figure,

pi 230) : CAESARI I AVGVSTO I E-CLANNIDIVS I LFCLA-

FRONTO. Cette lecture est assez voisine de celle du C. I. L., III, 1,

P. 732 = C C/ESARI AVGVSTO I FC- LANNIDIVS I LFCLA-

FRONTO ; C. Cacsar est identifié avec Caligulaparles éditeurs du Corpus. 1. Gyllius, De Bosporo, p. 170. Sur l'une des pointes du Panium est « turris octo^ona, in culmine habens lucernam omnibus noctibus lucentem navigantibus, undique clausam vitreis fenestellis, plumbo non gypso compactis, quod ostendit non Turcorum sed Christianorum opus esse ». C'est le point dit Roumili Fenerkeui.

Après être remontés en barque, nous bordâmes le grand courant qui suit le littoral asiatique, et nous vîmes les restes du temple de Diane, que jusqu'à ce jour on appelle chez les Grecs [epôv l. Nous arrivâmes à l'endroitoù Darius fit un pont de vaisseaux et de barques liés ensemble pour passer en Europe; cet endroit n'a pas plus d'un mille de large. Nous vîmes ensuite les effrayantes tours de la mer Noire sur la côte d'Europe.2, élevées d'abord par Mahomet II, qui, projetant l'entreprise de Constantinople, construisit à la barbe de l'empereur grec cette forteresse pour y retirer ses gens qu'il envoyait sans cesse piller et courir le pays autour de Constantinople. Aujourd'hui on y tient les esclaves d'importance, avec de grands poids de fer aux pieds et sur le corps, sans autre lumière que des chandelles allumées; et ils ne se peuvent jamais racheter pour de l'argent. L'an passé, le roi a retiré de cette misère le sieur Alessandro Malatesta3, pris dans la guerre de Venise; on y avait envoyé tout exprés M. de Germigny. Et, cette année, M. l'Ambassadeur, n'ayant pu délivrer aucun

i. Hiéron avait un temple de Zeus et non d'Artémis.

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